Ckébillon : La Nuit et le Moment
comme le regrette Heinse, n'ayant pas reçu l'éducation des jeunes Grecques ou Persanes, sont obligées de cacher leur rougeur derrière l'éventail. Mais les fées ne préfèrent-elles pas, à en croire Wieland, l'audace à la timidité? 1
Que serait, sans le charme esthétique, la joie de vivre? Bannis par la chaste déesse, les « Jeux et les Ris » bâillent au sein des narcisses et des roses, et le faune bredouille s'en retourne à son outre 2. Contestable peut-être pour la morale, cette réhabilitation de la volupté aux dépens de la convention, cette irrévérence de l'esprit, qui ôte sa pudeur au beau pour émoustiller l'imagination par le charme piquant du joli, contribuaient à émanciper le goût, ainsi que Abbt ne manque pas de le reconnaître : « Que son futur biographe en cherche la raison : pour nous, il nous suffît de trouver beau ce qui est beau3. » Et G. Jacobi, dans la revue de Klotz, salue dans les Contes Comiques, une des œuvres maîtresses de la poésie allemande4, tandis que la Nouvelle Bibliothèque elle-même rendait justice à « leur naïveté et à leur enjouement ».
Wieland, cependant, s'était piqué de lutter avec l'Arioste dans le genre héroï-comique lui-même, afin de donner, dans une œuvre
1. La lrc édit. (p. 82) contenait un petit avertissement aux jeunes filles :
Ihr Mâdchen, die ihr sprode tut,
Hier solltet ihr ein wenig iiberhôren.
Irh bin euch diesmal fur kein Errôten gut.
Die Fâcher vor's Gesicht!
Doch bin ii h nicht zu scheu?
Man weiss, dass uns die Feen
Oft lieber allzufrei
Als allzusehurhtern sehen.
Die .lungen danken mir
Vielleicht noch gar dafur;
Die Weise lacht und spricht ;
Mich ârgern Marchen nicht;
Und Miss Brigitte — nun I —
Die lâsst man bôse tnn ! ■