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à l'état de torso, par les soins de Reich à Leipzig, à qui Riedel et Weisse l'avaient proposé *. Il devait rester en cet état, « ainsi que la Vénus de Céos », sauf « s'il se trouvait trois prudes et trois critiques pour demander son achèvement » 2. Mais peut-être valait-il mieux ainsi, s'il est vrai que la fable aboutissait à des « situations insoutenables » 3.
Aussi bien l'exécution se heurtait-elle à des difficultés qui décourageaient l'inconstant auteur. Avait-il entrepris d' « ariostiser en allemand », pour ce qui est de la fantaisie, du style, de la légèreté, de la versification 4, en s'attaquant à une forme « qui effraierait tout autre qu'un vesanum poetam, possédé par la fureur de rimer5; il avait surtout cédé « au plaisir de surmonter d'innombrables difficultés, que peuvent supputer ceux qui connaissent notre langue et le mécanisme de notre métrique » 8. En transposant la stance italienne, dont Meinhard lui avait révélé la musicalité et la souplesse plastique 7, Wieland avait sans doute fait trop bon marché du sujet lui-même. Derrière le virtuose le poète s'était effacé. « Je vise à la correction, au plus haut degré de perfection auquel je puisse atteindre, parce que j'aime l'art » 8. Mais l'art ne lui était alors que l'effort par lequel l'esprit s'évadait, le « nepenthès » qui lui déversait l'oubli, partant « le bonheur de sa vie » 9. Le jour devait venir où un tel bonheur ne lui suffirait plus.
L'imagination, toutefois, s'était rassérénée dans le jeu poétique; au lieu d'une satire provoquante, le plaisir de contraindre la fantaisie la plus débridée dans la forme la plus scrupuleuse. Tandis que l'esprit s'amuse à l'enchevêtrement des motifs et aux ara-
1. Archiv. f. Litgesch., VII, p. 512, 515; A. Br., II, p. 299; D. Br., I, p. 78, 88, 8". Buchnf.r : Wieland und die Weidmannsche Buchhandlung, 1871, p. 30 ss.
Des fragments des chants III et V avaient été publiés dans la revue de Klotz ( 1 7«i8, 4 St.). La dédicace à Riedel est datée du 30 juin 1768. Le 3 déc. 1867, W. avait perdu l'espoir de terminer Idris (D. Br., I, p. 72; A. Br., II, p. 291). Le 1er juin 1768, il hésite encore à le publier (D. Br., I, p. 187, 193).