‹ C.M. Wieland, la formation et l'évolution de son esprit jusqu'en 1772Chapitre 349 sur 505 · L. Marinic, art. cité · texte numérisé non relu

L. Marinic, art. cité

la plus prude résistera1. » De force égale, les deux champions s'affrontent en vain dans un duel symbolique. Ils concourent à la même conquête, celle « de la plus gracieuse des sylphides », Zénide, la fille de l'enchanteur Astramonde, appelée par le sort à régner sur les esprits. Douée de toutes les perfections, il manque seulement à Zénide, par la faute d'une fée jalouse, la sensibilité. Avec un corps de Vénus et un esprit de Minerve, elle suscite des vœux qu'elle ne peut partager, paralysant la raison du plus sage, et affligeant de tourments éternels ceux qui ont eu le malheur de l'approcher. Son palais est entouré d'amants pétrifiés ou de fous mis en cage, qui fatiguent le ciel de leurs plaintes. L'idéaliste l'emportera-t-il sur son rival, et saura-t-il, mieux que lui, animer l'image de son rêve?

Hanté depuis l'enfance de sa belle chimère, dont l'éclat lui transfigure le monde (« Son souffle me paraissait animer les pierres, et je sentais davantage mon immortalité... »), Idris a trompé la surveillance des druides pour errer à sa recherche, condamné à réchauffer contre son cœur une statue inerte. Réussira-t-il, comme Pygmalion, à lui insuffler son âme, en dépit des tentations qui le détournent de la forme parfaite, des illusions qui se substituent à l'objet de son amour? Des bras d'une naïade, il tombe dans ceux d'une enjôleuse plus insinuante, qui sait se glisser, ainsi que Danaé, dans l'image même à laquelle il voudrait être fidèle, et qui est comme le talisman de sa vertu. D'épreuves en épreuves, celle-ci se trouve exposée à des subterfuges de plus en plus difficiles à déjouer.

Mais Ithyphall n'en est pas moins la dupe de ses sens. Comment triompherait-il du charme fatal qui défend la virginale beauté, lui qui est captif de l'aveugle instinct? Croyant toujours vaincre, il est lui-même toujours vaincu. Il est à la merci de ses impressions, comme Idris de son enthousiasme. L'un se débat avec son imagination, l'autre avec son tempérament. S'il réussissait à conquérir Zénide, Ithyphall n'en reviendrait pas moins à la fée qui l'a séduit par d'autres appâts 2. Il se laisse prendre par celle-ci son anneau

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