D. Br., I, p. 232 s
du goût de la parodie et du sentiment dolce-amaro à la Yorik, dans lequel le monde lui apparaît comme un worky days world, qu'il voudrait parfois « pouvoir piler dans un mortier, le fondre en masse pour en faire un autre » l. Non plus, comme Idris, qu'il supplante, une expérience de virtuosité et une délectation d'artiste, ni comme Don Sylvio, le jeu facétieux de l'esprit émancipé, mais l'effet d'un ressentiment railleur, d'un scepticisme désabusé, qui se fait un jeu de ce qu'un autre prend pour sérieux et important 2 : la dernière production inspirée par le « cacodémon » biberachois. Le costume héroï-comique n'est plus, comme dans Idris, traité pour lui-même, en déguisement amusant et pittoresque; il est pris, à la façon de Don Quichotte, pour un procédé de caricature, à cause du contraste avec la vilenie des personnages qui le portent. La gloire de la geste chevaleresque jette un reflet dérisoire sur le clinquant des armes; ce qui s'attache encore de prestige à la légende, qui glorifie le courage et l'amour, sert à ridiculiser la petite vanité de la courtoisie mondaine. Il s'agit de déchirer un décor fripé, d'arracher le masque de galanterie, dont s'affuble le libertinage frivole. Le titre annonce non pas une nouvelle parodie du roman de chevalerie, mais le persiflage des mœurs contemporaines. \J Amadis de Gaule n'est pour rien dans cette bouffonnerie. Wieland l'avoue dans l'introduction : il n'a fait que feuilleter quelques volumes de la version allemande, pour le coloris et la langue. Ce n'est que plus tard qu'il découvre, dans la Bibliothèque Universelle des Romans et dans les Mélanges tirés d'une grande Bibliothèque, le résumé moderne qu'en a fait Mme de Lubert4. L'Amadis de Wieland « n'a donc rien de commun avec aucun des Amadis de la terre », pas plus qu'avec celui de Bernardo Tasso, contre qui Wieland est encore prévenu en 1771 B. Il pourrait s'appeler tout aussi bien le Nouveau Florismond ou le Nouvel Esplandian,