Fragment de Psyché, dans la dédicace à Weisse
4. Aux éloges de Gleim, Jacobi, Weisse, s'ajoutait, pour consoler Wieland de la réserve de l'Allg. d. Bibl. (XII, 2. St., p. 286 s.) la perspective d'un succès en France, auquel pourraient contribuer Huber et l'abbé Arnauld, avec qui Weisse était en relations. Musarion fut traduit par Junker en 1770, ainsi que par Mme d'Ussieux (Bibl. des Romans).
trouva relié au groupe anacréontique, où l'allégorie était en faveur1. Il reprit alors le projet d'une Psyché, qui le poursuivait depuis des années, « comme un fantôme qui vous tend les bras et qui s'évanouit quand on veut le saisir » 2. L'idée lui en avait-elle été donnée par La Fontaine ou Corneille? Comme un des symboles éternels qui flottent dans la rêverie humaine, la fable d'Apulée sollicitait en effet son imagination poétique depuis Zurich, soit par le mystère qu'elle évoque, ou par le charme plastique dont elle a été revêtue par les peintres, le Corrège, Rubens ou Coypeh Ne se prêtait-elle pas à cette « histoire naturelle de l'àme », dont il est question dans une lettre à Lavater en 1768, comme d'un projet que Wieland n'a pu réaliser depuis huit ans? 3 Partagé entre l'interprétation philosophique et l'attrait suggestif, il ne savait en effet en faire, selon l'indication donnée par Herder dans ses Fragments, un mythe tel que pouvait le concevoir le génie de l'époque, en prenant la fable « au moment où elle échappe au philosophe » : « Ce serait, ajoutait Herder, la voie, par delà les hauteurs inexplorées de la raison, vers la région de l'intuition; le sommet peut-être de la création poétique en l'état de notre culture 4. » Mais, au lieu de la « baigner dans la lumière d'Apollon », Wieland ne l'éclairait que du clair-obscur ironique du conte. La gracieuse allégorie qui, chez Apulée, devait rassurer une jeune captive, servait maintenant à un « subtil pythagoricien » pour charmer la nostalgie d'une belle prêtresse de Diane; et c'était Aspasie, retirée à Ecbatane après la mort de Cyrus. Combien il peut être délicat, en certaines circonstances, de toucher aux mystères de l'àme, le conte qui encadrait l'histoire de Psyché devait en apporter la preuve 5.
A la belle recluse, qui rêvait volontiers par les soirées d'été,
1. Cf. Colleville : La Renaissance du lyrisme dans la poésie ail. au XVIII" s., 5e partie.