H. XI, p. 172 s
Car la forme pure ne se transfigure « que sous l'effet d'une inspiration extraordinaire », dans l'imagination d'un artiste privilégié. Un « demi- aveugle » comme Wieland ne peut que trahir leurs petits secrets.
Aussi les vénère-t-il comme dispensatrices de la joie spirituelle et du rêve consolateur. C'est à ce titre qu'elles lui étaient « très réelles » et lui faisaient « un bonheur infini » : « Elles charment mes poèmes, me donnent quelquefois de la gaieté, et plus souvent du contentement avec moi-même et mon état; elles me font préférer le plaisir de jouer avec mes enfants à tous les plaisirs du monde 1. » Renonçant à approfondir le mystère de leur charme, qui ne peut être saisi que sur la plage indécise du sentiment esthétique, il les reconnaît à leur action sur l'âme sensible qui les approche, ainsi que sur le développement moral de l'humanité. Si la poésie les fait jouer avec l'amour, à l'âge d'or de la pastorale, c'est qu'elles allument une tendre flamme. Elles donnent à la nature l'attrait « magique » de la naïveté, qui établit entre nous et elle une relation plus intime. Elles animent la statue de Pygmalion 2. De Pétrarque, Wieland a appris la « douceur ineffable par laquelle la grâce s'insinue dans le cœur; et il sait par Winckelmann qu'elle « agit dans le calme et la simplicité de l'âme, en dehors de la passion et de l'imagination »3. Que ne voudrait-il les connaître plus directement, avoir aussi la sensibilité du peintre ! 4
Du moins sait-il gré aux Grâces de l'illusion bienfaisante qui, dans le recueillement de l'esprit, ou par le sourire ravi avec lequel les sages antiques célébraient une Laïs, une Phryné, une Glycère, recrée dans le bel instant le bonheur édénique. La grâce n'est-elle pas dans l'hésitation de la conscience au seuil de la pensée, dans