‹ C.M. Wieland, la formation et l'évolution de son esprit jusqu'en 1772Chapitre 385 sur 505 · H. XI, p · texte numérisé non relu

H. XI, p

6. Sur la source de Wieland, cf. PoLHEIM : Die Uberlieferung des Wielands Combabus (Euphorion XVI, 1923). Wieland a pris son sujet à la légende de la déesse de Syrie, relative à la fondation du temple d'Hierapolis consacré à

divertir Astarté, pendant le temps où elle se trouve séparée de son époux. D'avance, il a consenti à la vertu ou à sa sécurité, le sacrifice de son bonheur. En est-il plus digne d'admiration pour avoir supprimé la tentation? De son « lamentable héroïsme », il n'a que le regret des périls trop bien connus. Le libre accès, qui lui est donné auprès de la reine, tourne en dérison son platonisme obligé. N'ayant plus à lutter, il n'est plus dupe d'un mirage. L'allusion au cas de Robert d'Arbrissel, dont Bayle s'égaie avec sa gravité malicieuse, souligne l'ironie morale l. « Mettez-vous à sa place », demande Wieland aux « virtuoses », « que feriez-vous? Car qui doute que vous ne soyez des hommes? » Dans les incantations des saints, ne se mêle-t-il pas des soupirs de l'ombre, et quand l'âme se recueille, n'est-ce pas l'heure où la fée Mab place sous les yeux toutes ses séductions? Rien d'étonnant s'il arrive que l'on glisse sur un sol plein d'embûches : « L'imbécile a la ressource de louer Dieu de lui avoir donné en guise d'esprit une bonne dose de prudence 2. » La raison mystifiée ne sépare plus le bien et le mal, pas plus que le beau et le laid :

Qu'en serait-il, si le peintre et le poète n'avaient le pouvoir de transfigurer les choses par la magie de l'idéal? De quoi est fait le charme de leurs œuvres pour le spectateur sensible? Que seraient les Grâces auxquelles la nature ne peut offrir de modèles, les Galatée, Danaé, Hébé ?3

La même illusion fait l'artiste et le sage. Pas plus qu'on ne distingue dans l'émotion de l'esprit entre la réalité et le rêve, on ne sait si l'on obéit à la vertu ou à l'égoïsme. Rêver, comme

Hiera par Stratonice, l'épouse du roi d'Assyrie, Seleucus. Cette reine, ayant inspiré à son beau-fils, Antiochus, une passion coupable, dut faire réparation à Hiera en lui élevant un temple. Elle fut confiée à la garde de Combab. Le conte semble avoir été composé à Biberach, encore qu'il ne parût qu'à Erfurt, en 1""0. Dans les Werke, il porte en sous-titre : « Was ist die Tugend? ».

1. Voir la note de W., H. XI, p. 246 s. et Gruber1, II, p. 171.

2. H. XI, p. 122. W. reconnaissait que pour écrire de pareils ouvrages, il vaudrait mieux ne pas être professeur à Erfurt (Hors, p. 123) ; cf. A. Br., 11, p. 365; Hassencamp, p. 208, où il déclare au chanoine Dumeitz que son Combabus est » d'une baliverne telle qu'assurément aucun professeur en Faculté quelconque avant lui ne s'est avisé d'en composer».

3. Fragments de Endymwns Tràume, cité dans les Grâces. Cf. D.Br., I,p. 208s. Klotz l'a publié dans sa Biblioiheh, 1768, St. 7, p. 422 s.

Endymion, d'embrasser la beauté, n'est-ce pas déjà la posséder? La vie ne serait-elle plus qu'un songe, comme le proclame, avec Salomon, la sagesse des nations P1 Pourquoi chercher à séparer la raison de la chimère, la vertu de la beauté? Comme on n'en saisit jamais que des reflets, et tomme dans la conscience, ainsi que sur les flots d'un fleuve agité, se mirent les paysages les plus variés, mieux vaut se prêter à la duperie des sens. Aristippe conseille de vider le verre avant qu'il n'échappe de la main et de savourer chaque goutte comme si elle était la dernière; Caton se retient à une chimérique vertu; le poète est-il moins vrai quand il donne à l'âme le prestige du beau? « Que Démocrite, abandonnant son être physique aux Abdéritains, s'évade en esprit et s'élève jusqu'aux astres sans vie, va-t-on le chercher à l'endroit où il s'amuse, où il mange et boit comme les autres mortels ? 2 »

Relativisme et impressionnisme se combinent ainsi dans une attitude fuyante de l'esprit, encore que Wieland veuille servir « au milieu des illusions externes et internes, le perfectionnement de l'individu et le bien général », et qu'il prétende laisser à l'existence humaine sa dignité et sa valeur, sans quoi « elle serait comme celle du ver à soie »; et qu'il conserve la perspective « d'une évolution lente, mais magnifique, dans laquelle l'humanité est engagée, vers un but dont elle se rapproche éternellement sans jamais l'atteindre » 3. Était-ce assez pour le séparer de la « bande joyeuse », avec laquelle le compromettait « le triste littérateur de Gôttingen » (Kâstner), ou la « Gazette Noire » de Hambourg 4? Mais Unzer et Mauvillon, dans leur correspondance littéraire, dénonçaient de même « une poésie qui forme des épicuriens et des hommes sensibles » 6.

t. Das Leben ein Traum, eine Tràumerei bei einem schlafenden Endymion. (Hempel, XI, p. 29 ss.). D'abord sous le titre : Gedanhen bei einem schlafenden Endymion, ein Fragment, dans : Poetische Blumenlese a. d. J., 1773 (de Boie). H. XI, p. 129 ss.

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