‹ C.M. Wieland, la formation et l'évolution de son esprit jusqu'en 1772Chapitre 404 sur 505 · A. Br. III, p. 106. — Gm un:". I, p. 611 s · texte numérisé non relu

A. Br. III, p. 106. — Gm un:". I, p. 611 s

enseignent la philosophie et où des bêtes parlent sur toutes choses » 1. Il voyait bien qu'il n'y ferait que vegetieren, croupieren, scludmeisterieren. Aussi bien ne se sentait-il pas la vocation d'enseigner 2. Il n'avait plus que le désir de « sortir de cette galère », pourvu que ce ne fût pas pour échouer dans une autre, à Halle par exemple, où Gleim voulait le faire aller : « Je suis tout au plus bon à faire le professeur de philosophie pratique, c'est-à-dire de morale et de droit naturel », et cela, il pouvait le faire aussi bien à Erfurt 3.

Il le faisait d'ailleurs honorablement, s'y trouvant le seul maître, il s'en flattait, a cujus ore pendet studiosa juventus 4. Il lui arrivait même de se prévaloir d'un talent pédagogique dont on est en droit de douter. « Notre jeunesse académique me marque une estime et une affection singulière... » Il est vrai qu'il s'agissait alors de se montrer en bonne lumière à Weimar. Nul doute cependant qu'il n'attirât les étudiants par sa parole diserte et par sa bonhomie narquoise, qui tranchait sur le pédantisme de ses collègues, et par ses aperçus chatoyants. Ce moraliste qui en appelait aux artistes et aux poètes, qui nourrissait ses exposés d'une science vivante du cœur, et projetait une vive ironie sur les principes dogmatiques, comment n'eût-il pas séduit de jeunes auditeurs, plus curieux de la vie qu'épris de savoir? Que ne leur apportait-il pas? L'Histoire de l'Humanité (selon Iselin), l'Esprit des Lois, la Théorie des Beaux-Arts (d'après Sulzer), la sagesse de Cicéron, le persiflage de Don Quichotte, la raillerie de Lucien... C'était fait pour stimuler l'esprit critique, éveiller le goût de l'intelligence.

Mieux que Diogène, les Contributions conservent l'allure de cette faconde digressive, sinueuse, remplie de sous-entendus à l'adresse des « sophistes ». Et les plaisants commentaires que leur auteur devait faire des comédies d'Aristophane, des Essais de Montaigne, des romans de Sterne ! Au lieu de « doctern », il s'abandonnait, comme il semble, à sa fantaisie, cherchant moins à instruire qu'à

Page 1