‹ C.M. Wieland, la formation et l'évolution de son esprit jusqu'en 1772Chapitre 41 sur 505 · Ch. II, v. 253 ss. (A I, p · texte numérisé non relu

Ch. II, v. 253 ss. (A I, p

vite l'ombre de sa fiancée. Il n'est pas jusqu'aux éléments qui ne participent aux alarmes de la vertu. Lors de l'attentat de Varus, la lune se voile d'horreur et le vent gémit dans les arbres 1.

La nature est-elle d'ailleurs plus que le reflet de l'âme, un décor de rêve plutôt que le cadre de la vie? A des notations délicates s'annoncent une imagination du clair-obscur, une sensibilité plus musicale que pittoresque. « C'était la nuit : l'étoile de Cypris, au-dessus de la colline, brillait d'un doux éclat, une vague clarté baignait la nature, dépouillant les objets de leurs couleurs 2. » Ou bien : « La nature sommeillait, délicatement alanguie; la plainte du rossignol retenait la lune attentive3... » A part quelques traits légers, ainsi : « L'aube éclairait la cime des tentes », ou : « Voici que le jour s'allumait au-dessus de la tête des chênes »4, le pittoresque se réduit à quelques motifs décoratifs5, à moins qu'il ne soit cherché dans la surcharge métaphorique. Au demeurant, il accuse plus de préciosité que de grandeur. C'est d'un pinceau trop délicat pour de larges touches.

Du moins Bodmer y retrouvait-il ses recettes et son goût : u C'est ainsi que j'aurais traité moi-même le sujet, si je l'avais entrepris, sauf que je n'aurais pas donné aux Allemands de cette époque des mœurs et des manières si polies 6. » Mais il n'était pas homme à se choquer des libertés prises avec le costume, pas plus que de l'idéalisme moral. Il pouvait souscrire à la déclaration de l'auteur :

La poésie épique doit tenir l'imagination en haleine, la jeter d'une impression dans une autre, la frapper par la nouveauté des objets. J'oublie alors que je suis sur terre, je me crois dans un des mondes intermédiaires d'Épicure '.

L'accent klopstockien de la facture, la versification hexamétrique lui faisait prévoir un disciple, qui pourrait prendre la place

l. Ch. M, v. 757 ss.; Ch. III, v. 165 ss. (A I, p. 175 et 183).

: Ch, III, v. 360 ss. (A I, p. 188).

; Ch. lll, ■s 148 [AI, p. 182).

'.. Ch. IV, v. 407 (A 1, p. 209); Ch. II, v. 747 (A I, p. 175).

5. Cf. Ch. I, v. 107 ss. (A I, p. 158); Ch. II, v. 600 ss. (A I, p. 171).

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