‹ C.M. Wieland, la formation et l'évolution de son esprit jusqu'en 1772Chapitre 410 sur 505 · D. Br., 1, p · texte numérisé non relu

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a l'université d'erfurt 419

italien pour son Idris, chargeait Riedel de faire lever l'interdit sur Agathon, de présenter à Joseph II son Miroir aVOr. Riedel s'acquittait de son mieux de ces commissions, oubliant ses griefs 1. « Je vous répète, lui écrivait Wieland, il est, à tous égards, très important d'avoir à Vienne des protecteurs et des amis. » Et il lui recommandait de bien faire sa cour aux dames : « Prêtezvous à toutes sortes de personnes, cachez bien l'ennui qu'on vous causera quelquefois, entrez bien dans l'esprit de la nation! Je suis sûr que vous ferez votre chemin, et que le diable perdra son latin a vous en empêcher. 2 »

C'était faire bon marché du diable, en l'espèce le Père Jordan Simon, qui, pour se venger de sa déconfiture à Erfurt, montait à Vienne une cabale contre l'imprudent professeur. Prise de scrupules, Marie-Thérèse destitua Riedel, lequel eut encore à répondre d'une accusation d'impiété et de libertinage, où étaient impliqués ses anciens collègues Bahrdt, Meusel, Wieland lui-même 3, qui s'empressait de se mettre hors de cause par une belle déclaration de principes à Kaunitz 4 : il était un homme innocent et paisible, « n'ayant jamais eu d'autres torts vis-à-vis de quidam et de ses pareils, que d'avoir soutenu, quand son devoir l'exigeait, des vérités généralement reconnues par tous les chrétiens, vérités qui seront éternellement la base de la philosophie du genre humain et du bonheur des sociétés politiques, et qui n'ont jamais déplu, et ne peuvent déplaire qu'aux suppôts du fanatisme et de l'intolérance » 4. A Riedel, tombé dans les lacs de ce fanatisme, il n'oubliait pas de réclamer les trente louis avancés pour son voyage 5.

Comme Vienne se fermait, Wieland s'inquiéta d'un autre moyen pour sortir de sa petite « Tartarie », où Dalberg montrait peu d'empressement à le rejoindre, où il se croyait déjà oublié, ne touchant

1. Riedel fit parvenir à Joseph II un exemplaire du Miroir d'Or, et espérait obtenir sa souscription à Agathon. (A Ring, 19 sept. 1772; D. Br., I, p. 285 s.)

2. D. Br., I, p. 288 ss. — D'après sa correspondance avec Ring, Riedel aurait trouvé le meilleur accueil chez le baron Sperges, le chancelier von Bruckenthal, le résident saxon Petzold, le général Kettler, le comte de Pergen, beau-frère de Groschlag, et chez Kaunitz lui-même.

3. Le 10 avr. 1772, Heinse connaissait les intrigues du Père Jordan contre Riedel. L'acte d'accusation est daté du 18 juill. 1772. (Wolf, o. c, II, p. 326 s.)

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