Lettres de S. La R., p. 83 s
des princes, il se dérobe, attendant que le conseil de tutelle passe outre à l'opposition du ministre Fritsch à un engagement d'importance, qui lui semble trop dispendieux, et qu'il autorise la ducbesse à lui faire tenir « des propositions honnêtes ». D'autre part, Charles-Auguste, que Wieland a réussi à gagner, ne pourrait-il forcer la main à sa mère, en déclarant qu'il ne veut plus se laisser traiter en enfant, ni croupir dans une cour, où il ne trouve pas les ressources nécessaires à sa formation? « Il dirait à la duchesse : Je comprends bien qu'il y ait des gens qui peuvent avoir leur raison pour m'interdire les moyens d'acquérir des lumières... Mais il faudra bien s'y résoudre, parce que ce sera pour mon bien et celui de mon pays. » Charles-Auguste ne peut-il prétendre d'être écouté? « C'est lui qui est proprement le duc 1... » Wieland fait si bien, qu'il finit par imposer ses conditions, telles qu'elles pouvaient satisfaire « un philosophe dont les besoins ne sont pas si coûteux que ceux de Sénèque » : 1.000 écus de traitement per la vitam, une pension de 300 écus à sa femme, si elle restait veuve, sa pleine liberté à la majorité de Charles- Auguste, c'est-à-dire au bout de deux ans, sans oublier un « petit article », concernant le fourrage pour deux chevaux, « parce que j'aime à me promener en voiture, et que ce mouvement convient bien à ma constitution ». Encore fait-il valoir le sacrifice qu'il ferait, en se privant « de l'affection d'une certaine personne », affection essentielle à sa vie, et d'une société « dont il est aimé à l'enthousiasme », en faveur du jeune prince et de son gouverneur, bien que celui-ci lui semble digne « de partager son cœur avec les plus chers objets de sa tendresse » 2. Avec quelle habileté il manie la cajolerie et l'intimidation pour faire tomber les dernières objections ! Comme Fritsch propose, à titre de transaction, un engagement de six mois3, Wieland feint une belle indignation : « Une pareille proposition ne se fait pas à un homme tel que moi! » Il n'est pas un maître de philosophie, il est un philosophe, qui entend qu'on le prenne avec lui, « comme Philippe avec Aristote, quand il l'in-
1. Lettres à Goertz dans von Stotzingen. Cf. Seuffert, art. cité.