‹ C.M. Wieland, la formation et l'évolution de son esprit jusqu'en 1772Chapitre 420 sur 505 · Zusatz an Vorbericht · texte numérisé non relu

Zusatz an Vorbericht

vie civilisée avec une bonhomie narquoise qui n'exclut pas l'indulgence, en exilé qui flâne dans un monde étranger l.

Libre de toute attache, il laisse aller sa pensée, de même qu'il roule son tonneau au gré de son caprice; n'ayant plus rien, il se donne le spectacle de la société dont il s'est retranché, non certes par mépris, mais par amour de soi-même. Pour mieux s'appartenir, il a renoncé à autrui; il s'est affranchi de la tradition et de toutes les conventions afin de se conserver les sens intacts et l'esprit dégagé. Raisonneur et rêveur, il n'est pourtant pas si loin de ces fous, ses semblables, qu'il morigène, qu'il ne se plaise à les observer et à les sermonner. Sa singularité, c'est cette contradiction de la raison qui refuse et du cœur qui sympathise, c'est l'humour d'une critique conciliante qui ne s'en prend au mensonge de la civilisation, au masque de la mode, que pour sauvegarder son amour de l'humanité.

Dépris de l'illusion esthétique, Wieland se soustrait de même aux servitudes de sa fonction officielle. A défaut de l'enclos de Musarion, il abrite sa rêverie dans ce dépouillement de la conscience. Son Diogène se passerait même de sa besace et de son manteau, il renoncerait à son tonneau, s'il ne lui servait d'écritoire. Il lui suffit d'un coin de terre pour s'allonger, de fruits sauvages pour se nourrir, avec les croûtons qu'il ramasse. Dépourvu de tout ce qui semble nécessaire au bonheur, il trouble la conscience de ceux qui se croient heureux par la joie limpide de son esprit. Ne possède-t-il pas, mieux que ceux qui les achètent, les vrais plaisirs de la vie?

L'amitié de la nature, tout d'abord, si précieuse à l'âme déçue et esseulée... « La voûte céleste est ma couverture, et lorsque, couché, mon regard se perd dans l'immensité, mon cœur s'ouvre à sa sérénité et à sa paix 2. » « Le chant d'un rossignol ou d'une cigale berce mon rêve; de grands buissons de roses fraîchement ouvertes se penchent sur moi. Que ce ruisseau coule délicieusement

1. D. Br., I, p. 150 s. — Hors, p. 101 : « Mon Diogène..., qui, de tout ce que j'ai écrit, sera le plus à votre goût malgré son titre. » Cf. A. Br. II, p. 329 s. : « Riedel hehauptet, es sei das Beste, was ich noch geschrieben habe, und beinahe môcht' ich's glauben. »

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