Diogène, ch. IV, H. XXIV, p
a l'université d'erfurt 429
sur les cailloux, que ce gazon est égal et moelleux ! Je m'en voudrais de n'avoir pas choisi un endroit si plaisant! » Quoi qu'il en ait dit, Diogène se prend à la poésie de la nature *. N'est-ce pas comme un rappel d'innocence et de bonheur? « Sagesse, vertu! mots vénérables qui, dans les livres, ont si peu de sens et ne désignent que le chemin du bonheur ! 2 »
Un chemin qui se détourne des palais et des temples. Tant pis pour les riches qui préfèrent les satisfactions de la fortune! Non certes que Diogène dédaigne les agréments de la civilisation et les raffinements du luxe, mais il estime davantage les émotions simples qui n'émoussent pas la sensibilité. Comme il a renoncé aux biens qui détournent l'intérêt de la nature, il s'est affranchi de la convention dans ses goûts, il prend ses plaisirs dans son propre cœur. A l'ombre des arbres « que son père a plantés », sa fantaisie joue avec les images de la vie. Plus heureux qu'Aristippe, qui dépend du maître qu'il flatte, ou que le voluptueux qui paie sa jouissance à prix d'or, il n'a pas besoin d'un tableau pour se délecter de la vision des Grâces, ni d'une statue, pour laquelle a été gaspillée une fortune dont on eût pu faire un meilleur emploi, pour éprouver le charme d'un beau corps. Quelle délectation esthétique vaudrait le sentiment d'une bonne action?
Je vous abandonnerais volontiers vos palais, vos jardins, vos tableaux, vos statues, vos concerts, vos spectacles, vos danseuses, singes et perroquets, si je pouvais oublier les milliers de créatures de votre espèce qui ne sont pas à l'abri des intempéries, qui n'ont rien pour se couvrir, tandis que vos esclaves portent des livrées somptueuses; qui ne mangent pas à leur faim, tandis que vous gaspillez en un festin ce qui nourrirait des milliers de misérables toute une semaine ! 3
Non certes que Diogène fasse bon marché de l'art et de la morale. Il sait qu'à un degré de civilisation, l'art se substitue à la vertu, réglant les sentiments et accordant les égoïsmes.