Ch. XII, H. XXIV, p
Il n'est pas de ceux qui bannissent les spectacles et les courtisanes :
« Mauvais signe pour un peuple, comme disait le vieux Démocrite, quand la vertu prend un air revêche; c'est l'annonce d'un démon funeste qui va fondre sur ce peuple, les ailes chargées de maux. Pauvre peuple ! Tu vas retomber dans la barbarie et la stupidité ! x » Plutôt les jeux du cirque, les histrions et les danseuses que la tartuferie et l'imposture, que tout le mal fait au nom de la vertu.
« Je te jure, Diophante, déclare-t-il au Grand Prêtre, tes divertissements sont moins innocents que l'ivresse des bacchantes! » S'il leur eût interdit sa république, Diogène ne les chasserait pas de Corinthe. Il démasque une Lysistrata qui fait la prude, mais il fleurit tous les ans la tombe d'une petite Glyceron qu'il recueillit un jour dans sa cabane. Les libertins comprendraient-ils le charme « d'une belle âme »? 2
La vérité humaine, au lieu du prestige de la richesse ou de l'État. Diogène s'est délié du contrat qui oblige ceux qui en ont besoin et en tirent avantage. Ne possédant rien, il n'a pas besoin d'être défendu. Que les riches contribuent à l'entretien d'une police qui les protège, aux charges d'une organisation qui leur garantit leurs privilèges, aussi longtemps que la foule ne prendra pas conscience de sa force et ne s'avisera pas de chasser les « frelons » ! 3 Quant à lui, il s'est démis de sa dignité de citoyen, pour n'être qu'un homme, un cosmopolite qui, où qu'il aille, ne connaît que des frères, ayant un titre égal à son assistance et à sa critique. Il n'a de patrie que le monde, de limites que celles de son esprit, avec « un grain de folie dont il ne se trouve pas plus mal » *. A la société politique, Diogène ne reconnaît, ainsi que Diderot et les philosophes, qu'il parodie dans son discours sur « L'homme dans la Lune » 5, qu'un caractère artificiel et arbitraire. Aussi peut-il