Republik VIII, H. XXIV, p
a l'université d'erfurt 433
pas donné à Laidion une jolie leçon de coquetterie, tandis que « son âme voltigeait sur les lèvres de la jeune fille »?
Pourquoi prendrait-il parti? Il sait comme Yorik combien son cœur est faible, mais « faible comme il est et si facile à duper, il est encore la source des meilleures joies, des meilleurs mouvements, des meilleurs sentiments l. » Aussi le flatte-t-il, sans s'abandonner à son impulsion, pas plus qu'il n'obéit à la pure raison. Son humour chatoyant ironise la sagesse et dément son mépris de la société. Affectant le détachement, il porte intérêt à ceux-là même qu'il raille. Comme il demande à Alexandre « d'épargner les misérables qui gémissent sous la tyrannie » 2, Diogène préconise une religion « qui ne serait pas susceptible de nuire »3. Sa lanterne éclaire le pour et le contre, tandis que lui-même ne risque pas son bonheur.
Une attitude trop nuancée, trop équivoque au gré de La Roche, qui aurait désiré une action plus vigoureuse. « La postérité n'en aura que faire, et nous n'y trouvons aucune saveur 4. » D'autres, comme Gerstenberg, y reconnaissaient trop l'accent de Sterne : « la bedaine de Yorik sur le squelette d'un cynique ». Wieland, se demandait le critique, n'allait-il pas se défaire enfin de l'imitation et se faire son propre stvle?5 Sans doute, mais le manteau de Diogène laissait si bien deviner le nu de la pensée, et il avait de plus l'avantage de déconcerter la censure, par exemple à Vienne, où elle retenait Agathon. Il piquait la curiosité, sinon en France autant que l'espérait l'auteur 6, du moins dans son pays. Le jeune Gœthe ne se sentait-il pas attiré et irrité à la fois par ce cynisme moral, par ce « sentiment mêlé que Wieland sait si délicieusement peindre, et dont il ne nous appartient pas de parler... le goûter et