‹ C.M. Wieland, la formation et l'évolution de son esprit jusqu'en 1772Chapitre 434 sur 505 · II. XXXI, p. 94. lb · texte numérisé non relu

II. XXXI, p. 94. lb

a l'université d'erfurt 441

d'accuser la civilisation, il faudrait donc lui savoir gré de stimuler, par l'émulation, le progrès de la raison, même si ce progrès, pour s'accomplir, impose une association de plus en plus étroite. Les inconvénients ne doivent pas faire méconnaître les avantages qui en résulteront pour l'individu comme pour la société l.

Wieland est avec les philosophes pour attendre d'une amélioration de l'existence, d'une économie plus prospère, d'une constitution politique mieux réglée, où les intérêts particuliers se conjugueraient avec l'intérêt général, l'épanouissement de la nature humaine, dans une moralité sans contrainte et un ordre civil auquel la religion serait soumise 2. A défaut d'un gouvernement prévoyant, il compte sur la nature pour y mener. Car le remède sort du mal : les obstacles arbitraires seront au besoin emportés par une révolution 3. Dès maintenant, les circonstances ne sontelles pas données pour réaliser ce temple de l'humanité auquel sont appelés à contribuer les grands hommes de tous les pays? Si, au lieu du divorce actuel entre la religion et la philosophie, de la séparation des savants et des artistes, ne se fondait pas la fraternité universelle des esprits; si l'effort de la civilisation s'avérait chimérique, ce serait à désespérer de la nature.

On saurait alors ce qu'il faut penser de ce globe sublunaire, sur lequel se jouerait une farce tragi-comique, aussi grotesque etstupide que pourrait l'imaginer un Arlequin, un Mezzetin ou un Bernardon. Les plus fols seraient les sages, et les Socrate, Aristote, Epaminondas, Timoléon de tous les temps seraient les fous ! 4

N'en est-il pas ainsi? Wieland ne se leurre pas au point de ne pas concéder à Rousseau les funestes effets de la richesse, de la corruption esthétique et de la spéculation. Comment ne pas souhaiter le maintien de la civilisation à un certain niveau, où s'équilibreraient les aspirations subjectives et les besoins de la société, où le bonheur s'accorderait avec la raison? Mais les nations

Page 1