‹ C.M. Wieland, la formation et l'évolution de son esprit jusqu'en 1772Chapitre 440 sur 505 · CHAPITRE XII LE MIROIR D'OR · texte numérisé non relu

CHAPITRE XII LE MIROIR D'OR

Parmi les vérités les plus utiles à l'humanité, dont Wieland prétend s'inspirer dans son oeuvre de moraliste, il énonçait dans les Contributions celle-ci comme particulièrement importante : « Tous les maux de l'humanité ont leur origine dans deux sources principales : l'oppression et la licence; mais ceux qui découlent de la seconde disparaîtront d'eux-mêmes par l'effet du seul remède possible : une sage législation... Cependant, ajoutait-il, on attendrait vainement des mesures prises seulement contre telle ou telle forme de corruption une amélioration durable, tant qu'on ne s'attaquera pas à la racine du mal, et qu'on n'aura pas le droit de le faire; tant que la nature gémira dans les fers forgés il y a des siècles par la tyrannie de la superstition et du pouvoir arbitraire l. » C'est l'objet du Miroir d'or qu'il avait ainsi défini. A la suite du problème de la civilisation se trouvait posé celui de l'organisation de la société. Au professeur de morale, il restait à examiner l'ordre politique et religieux 2.

D'où le sentiment d'une responsabilité plus grave. S'adressant « aux Grands de la terre », l'auteur ne pouvait plus s'affubler du

1. H. XXXI, p. 92 s. [Belrachrungen ùber J. J. Rousseaus ursprûnglichen Zustand des Menschen, ch. 12.)

2. La composition se place entre fin 1770 et début 1772. En mars 1771, W. offrait déjà à Reich l'ouvrage dont les deux premières parties étaient terminées, comptant achever les deux autres pour lin mai. (Buchner, o. c, p. 44 ss.) Toutefois, elles n'étaient pas encore écrites en juill., suivant L. à Gleim (A. Br., III, p. 63). Sophie La Roche attendait le roman en i'évr. 1772, mais ne put le lire qu'en juin (L. de Sophie La Roche à W., p. 80 et 84). L'ouvrage parut en 4 vol. : Der goldne Spiegel oder die Konige von Scheschian, eine wahre Geschichte. Voir ; m i i i i ht, Vierteljhrschr. f. Lilgesch. I, p. 351 ss.; G. Breucker, Preuss. Jahrb. 1888, Bd. 62, p. 149 ss.; 0. Vogt : Der goldne Spiegel u. Wiclands politisehe Ansichten, Forsch. z. neueren Lilgesch. 26, Berlin 1904; Lakggutr, Neue lu. Blatter, 1896, II. X.

manteau loqueteux de Diogène. Il se hausse à la dignité d'une mission 1, à laquelle, il le déclare avec emphase, il se propose de consacrer le reste de sa vie. Conscient du devoir qui lui incombe, de faire servir au bien public la science du cœur humain qu'il a acquise, il se fait fort de professer des vérités dont dépend le bonheur des peuples et la fortune des princes 2. Avec ostentation il entre dans ce rôle nouveau : « Le public, qui n'est pas encore revenu de sa sotte surprise de me voir jouer tour à tour des personnages assez différents, ouvrira de grands yeux, en me voyant présenter aux grands de la terre avec une intrépidité peu ordinaire un miroir qui assurément ne les flatte pas. N'ayez pas peur cependant : je ne crains ni Bastille, ni Lôwengrube, ni feurige Ofen; si je suis persuadé que les princes et les ministres ne m'aimeront pas davantage pour ce livre-là, au moins je suis sûr, qu'ils se garderont bien de m'en faire plus mauvaise mine » 3. Était-il nécessaire d'en donner l'assurance à ses amis La Roche? Ils n'ignoraient pas qu'il s'agissait, au premier chef, de briguer la faveur de l'un ou de l'autre de ces princes, plus particulièrement de celui que Wieland tenait pour « son souverain-né », par l'hommage enveloppé dans ces « grandes et audacieuses vérités »4.

Le risque, si risque il y avait, n'était pas tel que l'éditeur eût à s'en inquiéter plus que l'auteur, qui se savait protégé par Dalberg et Groschlag8. La satire politique était, en effet, « moins caustique, et bien plus bénigne » que celle de « l'an 2440 » de

1. Selbstanzeige, dans Erfurtische Gel. Zeitungen, 4 juin 1772, A IX, p. 324. Cf. Proleg., V, p. 24.

2. Der Herausgeber an den Léser, en tête de la troisième partie de la lr" éd. A IX, p. 2 ss.

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