Seuffert, Vierteljhrschr. f. Litgesch. I, p
cations de ses auteurs. N'arrivant pas à concilier la réalité et la vérité préconçue, il fait miroiter un mirage.
C'est ainsi que la fable de Y Émir chez les Enfants de la Nature l évoque une fois de plus le rêve d'une île fortunée, ou d'une Sévarambie, rêve qui apparaît déjà dans les Considérations sur V homme de Zurich. Moins une parodie de Rousseau, comme on est tenté de le supposer2, qu'une protestation allégorique contre la morale chrétienne. Ainsi que les nègres que vient convertir Abulfauaris, la petite communauté de sybarites, qui suit la loi de Psammis, réfute l'accusation portée parla religion contre la nature. Tandis que les premiers doivent leur bonheur à leur innocence, ces virtuoses tiennent de leur origine hellénique un sens raffiné du plaisir. Préservés par d'heureuses circonstances de la contamination d'une « métaphysique chagrine ». ils jouissent de l'existence selon la sagesse épicurienne de Saint-Evremond ou de Saint-Mard, sans autre règle que de satisfaire à toutes leurs aspirations, que d'épanouir leur être en communion avec l'univers 3. Le magnifique vieillard, qui accueille le jeune émir corrompu par la débauche, lui montre comment on vide la coupe jusqu'à la dernière goutte 4. « Nous jouissons ici, lui déclare-t-il, d'une paix éternelle, et d'une liberté dont nous n'avons garde d'abuser, ignorant jusqu'au nom des fléaux qui tourmentent les autres mortels, auxquels nous laissons leurs plaisirs artificiels avec la peine qu'ils se donnent pour se nuire, ainsi que leurs maladies » 5. Ils n'auraient que faire d'une doctrine de pénitence, et d'une science supérieure : « L'être suprême, invisible à nos yeux, et inaccessible à notre esprit, ne se révèle que par ses bienfaits, et n'exige d'autre gratitude que notre félicité. » Les Grâces président à une concorde établie par le libre jeu des inclinations et de l'intérêt commun, à la façon de celle des abeilles. La morale se règle, sans chef ni prêtre, sur le
1. Cel épisode pourrait être en rapport, d'après Seufïert, o. c, avec un projet d'une Atlantide de 1763 (Archiv. f. Litgesch. VII, p. 197). W. voulait y traiter de la meilleure législation, et par quelle transition les hommes parviendraient .m degtt de féli< iti voulu par la nature.