‹ C.M. Wieland, la formation et l'évolution de son esprit jusqu'en 1772Chapitre 450 sur 505 · H. XVIII, p · texte numérisé non relu

H. XVIII, p

Elle ne justifierait pas des mesures restrictives, car sans liberté complète, la philosophie ne peut assurer sa fonction.

Chaque progrès alïaiblit d'autant l'adversaire, consolide les avantages pris par la raison sur la sottise, rapproche l'ère de félicité, dont personne n'a jamais pu prouver qu'elle est une chimère, si problématique qu'elle paraisse encore. Le but des apôtres de l'humanité reste cet accord de la religion et de la morale, de la raison, de l'esprit et du goût l.

S'agit-il vraiment d'un accord? S'il est vrai que l'histoire « n'est faite que de persécutions et de guerres », est-il possible d'espérer cette conciliation? De même que Voltaire et Helvétius, Wieland incline à penser que l'homme se tirera de ses misères par une patiente émancipation, et qu'en tout état de cause, la société a moins à craindre de la libre pensée que de l'ignorance; cependant il juge également que la pire religion est encore utile comme frein à la licence 2, pourvu qu'elle ne porte pas atteinte aux droits de la critique, qu'elle ne s'arroge pas un contrôle sur la science. Quel prince consentirait cependant à courir ce risque? Le Sultan pourrait-il se débarrasser de ses « bonzes » sans se livrer aux philosophes?

Danichmende se croit sans doute tenu de faire, dans les perturbations qui marquent la ruine de l'État sous le règne d'Isfandiar, leur part à la licence et au libertinage. Il se garde bien de décharger les philosophes de leur responsabilité. C'est à ses conseillers frivoles et cyniques que ce monarque est en droit d'imputer la démoralisation de son peuple. Les mêmes sophistes, dont Hippias était le représentant, sont mis en cause. Par précaution, Wieland en vient ainsi à limiter cette liberté qu'il revendiquait d'autre part, hésitant devant le matérialisme et la Révolution. A la façon de Cador, cet écrivain qu'il nous montre suspect aux deux partis,

Page 1