H. 38, p. 78; cf. p
2. Bôttiger, p. 182 : « lch habe nie etwas gedichtet, wozu ich nicht den Stoft ausser mir, in irgend einem alten Roman, Légende oder Fabliau gefunden hâtte. »
3. C'est dans ce sens que pour Wieland l'art est un instrument de perfection morale. Cf. « Die Grazien ».
4. A Merck (Wagner II, 1838), p. 115 : « Ich habe ein schrecklich momentanés Gefùhl davon, so scharf und fein und schnell, als ein Mensch es haben kann, so dass wohl kein Tuttelchen fur mich in dem Werk eines andern Mannes verloren geht. »
5. Wacnf.r I, p. 13 : « Ich habe nicht nur zu wenig gesehen und zu wenig Gelegenheit gehabt, in die Mysterien der Kunst initiirt zu werden, sondern ich habe auch von Natur, ut nosti, das Auge nicht, das dazu gehôrt, um eigentlich Kennerund Kunstrichter zu sein.
6. Ùber die Idéale der grieehischen Kiinstler, Mercure 1777. H. 37, p. 410. Cf. H. Cysarz : Deutsche Barockdichtung, 1924, p. 293 s.
son œuvre, tout au plus quelque « harmonie » crépusculaire, une impression de suavité nocturne. Cependant il ne laisse échapper, d'un poème, aucune délicatesse ni aucun artifice.
Par son éducation classique, il est bien porté à idéaliser, à parfaire les créations de la nature par une ingénieuse sélection \ Il prend sa matière où il la trouve, déjà formée et spiritualisée faisant ainsi la partie belle aux critiques, qui croient le diminuer en décelant ses modèles, comme le fait Gerstenberg, avant A. W Schlegel 2. Il ne se soucie pa3 d'inventer, si ce n'est en s'appro priant son sujet par « l'expression vivante » qu'il lui donne 3 Aussi bien son génie «capriccio» se moque-t-il des règles et de la convention; il ne s'inquiète pas du comment et du pourquoi comme Lessing, visant seulement à plaire et à civiliser. Sans scrupule, il s'empare des procédés, des motifs et des idées, aussi libre de son goût que de son jugement, en virtuose. Qu'il soit tributaire de la tradition antique, c'est surtout de la France qu'il la reçoit, ce qui lui donne plus de latitude.
Wieland est d'ailleurs de son siècle, plus près des modernes, de Fontenelle et de Diderot, que de Voltaire. Pendant les dix années qui suivent son retour à Biberach, il ne lit guère que du français et surtout la littérature du jour, ce qui l'incite à en prendre plus à son aise avec les styles et les genres, à s'attaquer à des formes hybrides, roman philosophique, épopée burlesque, drame lyrique. Il est préparé par Bodmer à cet éclectisme : il goûte la féerie de Shakespeare et l'exubérance de l'Arioste, mais c'est de la grâce de Dorât et de Gresset qu'il raffole, d'un art spirituel et désenchanté.
La délicatesse de la facture, la simple élégance et l'extrême fluidité de la langue, c'est toute la maîtrise qu'il se propose. Avec une longue patience, il polit son ouvrage, travaillant par retouches, effaçant et corrigeant trait par trait, à la façon d'un miniaturiste *. Il le copie et le recopie pour lui donner tout le fini possible. Totus
1. Uber den gegemvàrtigen Zusland des deutschen Pâmasses (Mercure, 1773).
4. Bôttiger, p. 177 : « Mein Gedanke bildet sich iind formt sich erst, indem ich ihn drei oder vier mal, und ôfter umkehre, ausstreiche, drehe, wende. »
in hoc sum, confessera-t-il à Lùtkemùller 1. La finesse de son oreille, qui déjà provoquait l'enchantement de l'écolier quand il se récitait tel vers de Virgile, le disposait à rendre à la poésie son charme musical, à la dégager de la prose versifiée par la légèreté d'une expression o qui serait comme coulée d'un jet, et exhalée d'une haleine » : un « je ne sais quoi » émanant « d'un atelier que la psychologie est aussi incapable d'éclairer, que la monadologie le serait d'expliquer la végétation » 2. Cet élément subjectif et irrationnel sauve son œuvre de l'imitation stérile, lui donne la dignité du style, d'un style classico-romantique qui convient au génie allemand. Quoiqu'il sacrifie à l'harmonie, Wieland n'en poursuit pas moins la limpidité et le naturel. A l'école de la France, il se fait le maître incontesté de la prose et du vers allemands 3.
Mais cette stylisation de la forme devait se reporter sur le sentiment. Séparant l'art de la beauté, elle sépare aussi la vertu de la raison, tendant à une culture humaniste. Si théorique qu'elle soit encore, la solution de Musarion et d'Agathon est un premier accord, préludant à Iphigénie et à Wilhelm Meister 4. Cela conduit à un conformisme moral, qui est comme la sécularisation de l'idéal plastique de Winckelmann. Le caractère tient sa mesure du tact de l'esprit, de même que l'esprit trouve la sienne dans le sentiment des convenances. La calocagathie, ou la virtuosité de Shaftesbury sont adaptées à la vie civilisée; la sagesse épicurienne, avec son adhésion joyeuse à la nature et son respect des limites, accepte le contrôle de l'aspiration idéaliste. Les instincts sont déliés, mais non affranchis. Danaé, l'élève d'Aspasie, s'interdit le bonheur conjugal, et Agathon cherche auprès d'Archytas un refuge contre le scepticisme d'Aristippe. Inclinations et devoirs se rejoignent
1. Boue : Stundcn mit Gœlhe, IX, 2, p. 96 : « Mein Abschreiben ist ein Durchkosten, Ausbilden, Vollenden, und dalier ein Geschaft, welches mich ganz in Anspruch nimmt. » Cf. p. 104.
3. Gœthe : Annalen (Jub. Ausg. 30), p. 29 s. Helferkh Peter Sturz, dans une satire de 1777 : ( L'après-midi de la marquise de R.) présente W. comme l'écrivain allemand le plus susceptible d'être goûté en France. (M. Kocu : H. P. Slurz, 1879, p. 178). LeiSEWITZ (Tagebùcker, éd. 1916, I, p. 188) : i Ich glnube. dass niemand das Geheimnis der Wellenlinie des Stils so in seiner Gewalt bat, selbst Lessings Stil ist eckig dagegen. »