‹ C.M. Wieland, la formation et l'évolution de son esprit jusqu'en 1772Chapitre 475 sur 505 · Ermatinger, o. c, p. 224 s · texte numérisé non relu

Ermatinger, o. c, p. 224 s

dans une zone moins éclairée de la conscience, et qui garde le pli religieux, de façon à se conformer à une norme inscrite dans la nature humaine. C'est le compromis qui se présentait à un « artiste moral », pour qui la raison avait perdu son efficace, et le culte de la beauté était sans piété.

Du moins restituait-il un idéal à une philosophie qui n'était plus que « lumière », un idéal d'éducation, au lieu d'un idéal de perfection. Par le développement des aptitudes et de l'intelligence se fait l'accord de l'individu avec les fins eudémonistes de la vie. Car, derrière le relativisme survit l'attente d'un salut spirituel, qu'il soit donné par la naïveté, ou l'instinct de la raison, tendu vers l'harmonie. Le bien serait la réalisation du beau, ce qui supprimerait l'antagonisme du cœur et de l'esprit : un Archytas réconcilie Agathon et Hippias, ou Rousseau et Helvétius. Ce n'est sans doute, chez Wieland, qu'une vue de l'esprit, une utopie qu'il transporte de préférence à l'époque alexandrine, alors que la légende héroïque s'évanouissait dans un fastueux crépuscule.

Sans affinité avec le génie grec, Wieland n'a pu s'avancer, comme dit l'éloge maçonnique de G-cethe, que jusqu'au seuil du sanctuaire, n'ayant pas assez de dévotion pour y pénétrer. Mais ne fallait-il pas en reconnaître d'abord l'accès, à travers le classicisme français et la renaissance italienne? C'est à Goethe lui-même que Musarion révéla l'âme antique. Ce à quoi ne pouvait prétendre l'idyllisme mièvre de Gessner, ni le jeu anacréontique de Gleim et de Jacobi, Wieland l'accomplit : sans le pathos religieux de Herder, ni l'intérêt national de Lessing, il réussit à vivifier la tradition humaniste en ses oripeaux mythologiques.

Que cette évocation ne puisse retenir une jeunesse remuée par Rousseau et impatiente de vivre, nul n'en aurait été moins surpris. A l'appel de F. H. Jacobi, qui, gagné par cette fièvre, voulait faire sou dre les énergies captives de son âme, et exalter en lui le sentiment de la liberté, « une ivresse plus délicieuse que la quiétude de commande, la sécurité et la sainteté » l, le poète des grâces se contentait de hausser les épaules avec bonhomie. « Sapere, sapere,

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