A. Br., I, p
Un misanthrope lui semble alors plus utile qu'un moraliste qui flatterait le vice et la raison.
Mais appartient-il à Wieland de censurer la société, alors qu'il se complait dans l'isolement?
J'ai souvent rêvé, a-t-il déclaré à Bodmer au début de leurs relations, d'être né Anglais ou Suisse, d'être assez riche pour vivre à l'écart du monde, indépendant des rois et des ministres, dans un état de médiocrité qui me permettrait de me vouer à la vertu et à la sagesse. Je suis comme Ulysse, qui, ne trouvant, après son naufrage, chez les Phéaciens, ni habitation, ni gîte, ramassait les feuilles mortes pour se faire sa couche tant bien que mal sous le couvert de deux gros oliviers 1.
De fait, il ne saurait changer la teinte optimiste de son esprit. Au lieu de satire, il représentera « le chemin facile du bonheur, pour les « âmes sensibles et nobles, ouvertes à la fois aux idées sublimes et au sentiment naïf de la nature » 2.
Imaginerait-il l'existence autrement que dans la lumière tamisée de l'idylle antique, lui qui s'est détourné de la vision dramatique du christianisme? C'est des maîtres « qui ont formé son esprit et son cœur », des grands anciens qui, « à l'âge où, libre de soucis, sa vie coulait comme une eau calme », lui avaient dispensé la sérénité, qu'il veut tenir sa sagesse, et non « d'une érudite poussière de pandectes et d'encyclopédies vermoulues » 3. La source à laquelle il puise « serpente au milieu des fleurs » : celle-là même, de laquelle Socrate tirait sa vertu exemplaire 4. Car, conformément à la tendance pragmatique des philosophes comme des mystiques, il attribue au maître de Platon et de Xénophon le mérite d'avoir cherché la vérité morale dans le cœur plus que dans la raison, d'avoir écarté la spéculation pour dénoncer en nousmêmes « l'origine de tous les maux ». Que ne s'inspire-t-on de la