Bôttiger, p
6. Raumer, p. 376 : « Das Angstliche, Ungeduldige, Trippelnde, Imaginative habe ich ganz von meiner Mutter. » Cf. Bôttiger, p. 212; A. Br., I, p. 326.
en effet, manqué d'air et de soleil. Ne réussissant pas, avec toute son exubérance, à « déboutonner le collet empesé » du prédicateur, elle avait, dans sa piété naïve et sa sollicitude alerte, de quoi tisser des rêves qui décoraient son existence 1. Son imagination ardente rapportait à ses enfants, à son fils Martin surtout, la profusion de ses vœux et de ses projets -. A son bonheur, elle veillera avec ce sens de l'ordre et de l'économie qu'elle montrait dans son ménage, et qui se retrouve chez lui aussi 3. Mais elle saura aussi bien participer à ses enthousiasmes. C'est elle qui cachera ses premiers cahiers de vers, qu'elle rapportera précieusement à Weimar avec les jouets d'enfance, quand, à la mort du pasteur, elle s'en ira vivre chez lui4. Elle lui sera toujours une indulgente médiatrice, quand elle ne se fera pas complice de ses « folies ».
Ils étaient, en effet, parfaitement accordés 5. Impressionnable et mobile comme sa mère, et d'autre part porté par le caractère
1. « Die Kraft zu denken, sich von einem Orte zum andern, freilich nur in der Imagination, zu versetzen, fur mich ist es schon eine wahre Seligkeit », écrit-elle à Sophie Reinhold, sa petite-fille (Keil, Wieland u. Reinhold, 1885, p. 78). Dans une lettre à sa belle-sœur Kiick (Funde, p. 158 ss.), elle déclare encore à la fin de sa vie son intérêt pour la Messiade. A Bôttiger W. confiait (Bôtticer, p. 175) : « Sie war viel zu lebhaft, viel zu sehr dem Spiel ihrer Phantasie untertan. » Cf. p. 212-246.
2. Mariée avant dix-sept ans, elle eut Chr. Martin à dix-huit ans, après un premier enfant mort en bas âge. Thomas, le seul qu'elle élevât avec le poète, était plus jeune de deux ans; il devint artisan graveur et orfèvre. Il mourut sans laisser de descendance à vingt-neuf ans, en 1764. Entre les deux frères, il n'y eut, semble-t-il, aucune intimité (Cf. Funde, p. 163; Wiirt. Vierteljhrsh., XXli, p. 219; P. Beck, Diocôsanarchiv in Schwaben. 12 (1897). p. 178ss. ; Hassencamp, p. 51; A. Br., II, p. 234.
3. Grubers, I, p. 5, rapporte que cette petite-fille de pharmacien avait soin de verser dans un même flacon les fonds de potion, afin de les faire servir à toutes occasions. C'est pour des raisons d'économie qu'elle s'opposera au mariage de son fils avec Sophie. Dans une lettre à Bodmer, publiée par Seuffert (Neue Zuricher Zeitung, 1833, n° 265-267), elle ne pardonne pas à Sophie sa « lumpige Haushaltung » et lui reproche de ne pas repriser les bas, de trop dépenser a sa toilette. « Wenn mein Sohn das Mensch zu seiner Frau bekommt, ist er sein lebtag ein armer Mann und ein Martyrer. »
4. Cf. Funde, p. 168; Freundesgabrn fur C. A. 11. Burkhardt, zu seiner 70. Gebursttagsfeier, Weimar. 1900, p. 125; Raumer, p. 380; Bôttiger, p. 256; A. Br., I, p. 47.
5. A. Br., I, p. 116. « Meine gute und liebe Marna ist die einzige Person, deren Herzensgesinnungen recht mit den meinigen coincidiren. » Cf. les L. de W. à sa mère dans J. Hartmann : « Ungedruckte Wieiandbriefe » (Besondere Beilage des Staatsanzeigers fur Wiirt., 1904, n"' U et 12, p. 179 s.) et la L. par laquelle il offre à sa mère de partager sa vie domestique, dans Morgenbl., 1862, n° 56, p. 224.
du pasteur, et aussi parce qu'il reçoit de la placidité du grand-père, au détachement contemplatif, Wieland apporte en naissant l'aptitude au plaisir et à la rêverie, la disposition au jeu des images. Plus ardent et plus spéculatif que ses parents, il subira plus vivement et les sollicitations du monde et la préoccupation du salut spirituel. Partagé entre la belle illusion et le devoir, il est appelé à osciller de la fiction à la vie. C'est ainsi qu'il sera protégé contre sa sensibilité et le sort, qu'il pourra accomplir sa forme, assuré par la discipline des traditions domestiques et la considération dont son foyer était entouré l.
De son enfance, il restait à Wieland une impression de recueillement et de studieux isolement. Dans le presbytère de Biberach, où, dès la quatrième année, il perd la liberté de la campagne, il grandit dans une atmosphère de dévotion piétiste 2; il y prend de bonne heure cette gravité silencieuse, cette sagesse fermée que l'on voit aux enfants précoces. Son intelligence le désignait pour une carrière « savante », qui conserverait à la famille son rang social, surtout depuis qu'il se trouvait l'aîné. Aussi les sacrifices étaient-ils consentis d'avance, si lourds qu'ils pussent être au ménage 3. Encore fallait-il escompter un secours qui, dans cette bourgade de 500 à 600 âmes, où les deux confessions se tenaient en balance, risquait de '.ui être disputé. D'où la nécessité d'une application soutenue, qui le confinait dans le bureau du pasteur. Autant qu'il se souvenait, il se voyait courbé sur son écritoire, la poitrine enfoncée par l'arête de la table, à cause de sa myopie4. C'est ainsi qu'i! acquit rapidement, par les soins d'un maître privé, le recteur Dôll, qui vint seconder son père, les rudiments du latin,
1. Cette considération, dont W. se prévaut volontiers, ne va pourtant pas sans une forte opposition locale. Le pasteur avait des ennemis, et il était tenu à beaucoup de réserve; le futur chancelier sera obligé de même de composer avec les factions de la petite ville.
2. Werner (art. c.) attribue surtout aux théologiens de Halle le rigorisme du pasteur. Mais ne répondait-il pas aussi à la tradition mystique souabe des Valentin, Andreae? Spener avait séjourné dans le pays. La théologie de Tubingen, avec les Bengel, Steinhofer et Chr. Œttinger, avait une tendance subjective. Cf. Ritschl : Geschichte des Pietismus (1884), II, p. 175 s. ; 344 ss. ; III, p. 3-110.