‹ C.M. Wieland, la formation et l'évolution de son esprit jusqu'en 1772Chapitre 65 sur 505 · Ode à Schinz, en tête des Erzâhlungen (A I, p · texte numérisé non relu

Ode à Schinz, en tête des Erzâhlungen (A I, p

6. A Br., I, p. 32 et 41 : « Ich wage es niclit, meine Seele mil si hlimmen Schriften zu verunreinigen .» Cf. p. 101.

ses Saisons, en avait intercalé quelques-uns : l'histoire d'un riche propriétaire qui rencontre sur son champ une humble glaneuse, et découvre en elle la fille d'un ami disparu; un misogyne converti par la vue de trois jeunes filles au bain; ou encore le bonheur de deux amants détruit par un coup de tonnerre. Dans son Pygmalion, Bodmer avait fait jouer la révélation naturelle. En reprenant le motif de l'aveugle né, qui recouvre miraculeusement la vue, Wieland peut espérer flatter son protecteur *■; toutefois, répugnant à une froide allégorisation, il l'interprète d'une façon plus sensible et plus lyrique.

Son Sélim n'est plus un sujet d'expérience psychologique. Ce dont il est ému, quand la lumière pénètre dans sa paupière, ce n'est pas tant du monde extérieur que de sa propre conscience. Car la nature n'est pour lui qu'une atmosphère, qui existe déjà, sinon comme espace coloré, du moins comme sonorité. Il n'avait pas besoin de ses yeux pour absorber les effluves printaniers et sentir la caresse du soleil : à défaut de lumière et d'ombre, il avait le jeu des sons et des odeurs. Il n'est pas privé de la beauté de la nature, puisqu'une voix émouvante la lui révèle. Voir, ce ne peut être pour lui que le désir de prendre possession, mieux que par les doigts, d'un doux visage; de réaliser la grâce d'une démarche légère à son côté, le geste d'une forme élégante.

Volontiers, je me passerais du rougeoiement de l'aurore, de la coloration des nuages, de la luxuriance du printemps, du bleu du ciel que tu me signales; mais comment ne pas souhaiter de te voir, ô mon amie? 2

N'est-ce pas là le miracle de l'existence, cette imagination du sentiment? Wieland savait par expérience comment se transfigure la réalité, et que sans l'émotion, il n'est de vérité qui vaille la fiction 3.

C'est ainsi qu'il anime d'une idée poétique le dessin didactique;

1. Empfindungen eines Blindgeborcnen, dans : Neue Crit. Briefe, 1749, p. 77 ss. W. écrit à Bodmer, le 14 juill. 1752 (Euph. Ergzh., :t, p. 77) qu'il doit à ce passage l'idée de son Selim, en même temj s qu'à un conte du Babillard.

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