A. Br. I, p
6. W. avait reçu, au début de juin 1752, de Bodmer l'invitation à venir à Zurich, à la suite d'une visite que lui avaient faite, à Tubingen, Sulzer, Hess et Hirzel. Il quitta Tubingen le 22 juin (A. Br. l,p. 85). Sur les difficultés survenues dans ses rapports avec la famille Gutermann, cf. Springer, Viertjrsh. 1912 (N. F. XXVI, p. 240; et Gruber*, I, p. 121). — W. rapportait de Tubingen un certificat élogieux de Faber sur lequel il était désigné comme « un des grands poètes de l'époque et une des gloires de la ville ».
déjà tourmentée, passant de protestations exaltées à de sottes querelles ! Tandis qu'elle se morfondait à Biberach, il l'entretenait dans ses lettres de ses relations avec son amie de Tubingen, engageant Sophie à correspondre avec elle. Il se souviendra, dans ses confidences à Bôttiger, de sa légèreté : « Au lit, je prenais conscience de mes torts, et cela me portait presque au désespoir... J'avais alors des crises de nerfs qui me faisaient craindre pour mon esprit 1 ».
Menacé de la perdre, il se retournait vers le passé, éprouvant pour la première fois la déception du rêve poétique. Pris par la fastidieuse besogne qu'il a entreprise pour Bodmer, il s'exaspère de son impuissance contre le sort. Quelques pièces lyriques, dans lesquelles fuse sa nostalgie, traduisent aussi son angoisse 2. Croirat-il encore à la Providence, si elle lui refuse le bonheur? « Soit! Vis, pleure, frémis, souffre, mais ne raisonne pas » 3. Ne lui resterait-il donc que le souvenir de ce 23 août, qu'il veut fêter encore dans l'éternité, « quand les soleils actuels seront éteints ?4 » Que lui sera la vie sans elle? « Mon âme, accablée et déçue, erre dans le labyrinthe de sa destinée, cherchant un refuge en elle-même : mais là où règne l'amour, le chagrin... 5 » Au moins voudrait-il effacer les griefs, partir la conscience libre. « Si je ne revois pas mon amie, écrit-il à Zurich, plaignez-moi ! au lieu de moi-même, il vous arrivera un être maussade, distrait, renfermé, absent, qui ne se reprendra que peu à peu 8 ». Si la fiancée lui échappe, qu'il lui reste, pour son long exil, du moins sa muse.
Car c'est une retraite d'austérité qui s'ouvre pour son esprit. Quoiqu'il en espère, c'est sans enthousiasme qu'il se soumet à cette discipline. Il promet bien de s'éloigner sans verser de larmes 7; ce n'est pourtant pas sans un serrement de cœur que « des bras