‹ C.M. Wieland, la formation et l'évolution de son esprit jusqu'en 1772Chapitre 81 sur 505 · Dichiung und Wahrhea IV, L. 18 (Jub. Ausg. 25, p · texte numérisé non relu

Dichiung und Wahrhea IV, L. 18 (Jub. Ausg. 25, p

4. Hedwig Waser : Vas Bodmer- H aus, dans Denkschrift zum CI'. Geburtstag, veranlasst vom Lesezirkrl Hottinger, Zurich 1900. Cl. Persônliche Anecdolen et Mein Leben, publiés par Th. Vetter, dans Zuricher Taschenbuc.h a. d. J. 1892; K. Schinz, Was Bodmer seinen Zûrichern geivesen, dans Zurich. Sammlung

CHEZ BODMER 85

avait sa place près du coffre aux manuscrits, travaillant à côté du maître dans l'intimité de quelques vénérables portraits et de deux gravures italiennes aux murs. Avec l'unique fauteuil de tapisserie brodée aux armoiries du ménage, et qui occupait la « librairie » attenante, c'était tout le confort offert à la méditation dans cette maison strictement ordonnée, où « rien de superflu ne tentait les voleurs » l. La dépense était parcimonieuse, mais l'accueil ouvert et généreux, dans la tradition helvétique. Un an après y être entré, Wieland, n'osant le faire verbalement, exprime par écrit à ses hôtes sa gratitude pour la bienveillance, les attentions et l'affection qu'ils ont eues pour lui « comme pour un ami et un enfant bien cher » 2.

Ce compagnon timide et appliqué, dont le professeur vieillissant avait fait le « confident de ses veilles », était en effet « selon son coeur ». « Il me convient parfaitement ainsi qu'à ma femme », remarquait-il quelques semaines après son arrivée; « son âme est tout harmonie; elle s'accorde le plus heureusement avec la mienne » 3. Bodmer ne croyait-il pas avoir devant lui l'image de sa propre jeunesse, s'il est vrai qu'à vingt ans il était lui-même « sauvage, renfermé, vieux dès l'adolescence, chimérique, rougis-

wissenschaftl. schweiz. Neuigkeiten, 1783; l'esquisse biograph. de J. R. Fiissli* dans Schweiz. Muséum, 1794.

La correspondance, exploitée par Seuffert, Bâchtold, à la Bibliothèque de Zurich, a été consultée, notamment celle avec J. Caspar Hess, J. H. Schinz, J. G. Sulzer et Zellweger.

Voir en particulier, avec Môrikofer:Di'e schweiz Lit. d. 18. Jahrh., 1861 ; Bâchtold : Gesch. der d. Lit. in der Schweiz, 1892, la belle étude de de Reynold, au 2e vol. de son Hist. lia. de la Suisse au 18e siècle : Bodmer et V École suisse, Lausanne

1. Bodmer nicht verkannt (1782) réédité dans les D. Lit. Denkm., 12, p. 110.

2. A. Br. I, p. 135 s. (24 juillet 1754) « Was ftireine gliickliche Période meines Lebens geht von diesem Zeitpunkt an !... Sie haben die ganze Gùte ihres vortrefllichen Herzens iiber mich ausgebreitet; sie waren vâterlich fur mich besorgt... Ihre Giite gegen mich ist so gross gewesen, dass siem ich aller Vertraulichkeit eines Freundes gewiirdigt haben... Doch ist nicht mein ganzes Leben bei Ihnen ein einziges zusammenhangendes Vergniigen gewesen?... » La fin de cette lettre dans GStt. gel. Anz. 1896, p. 475 s.

3. A Hess, 19 oct. 1752 (inédit); à Zellweger, 15 oct. 1752 (Euph. Ergzh. 3, p. 88). Zellweger lui écrit, le 23 oct. (inédit) : « Vous goûterez à longs traits ce que l'amitié a de plus flatteur, de plus engageant, de plus solide, et la poésie de plus sublime, de plus ravissant et de plus délectable; la satire ne manquera pas non plus. Malheur à ceux qui tomberont sous sa férule ! » Sulzer à Gleim 12 déc. 1752 : « Er (Wieland) scheint recht nach seinem Herzen gebildet zu sein. » (Euph. Ergzh. 3, p. 91 s.)

saut aux propos égrillards, ne buvant que de l'eau, n'éprouvant la présence de son corps qu'autant qu'il fallait pour ne pas se prendre pour un pur esprit? 1 »

Tel il était resté à cinquante ans passés, curieusement retranché dans sa routine provinciale, aussi borné dans son expérience, qu'informé et curieux de la vie intellectuelle. Enfoui dans les livres, c'est à peine s'il avait quitté son canton, depuis son unique voyage à l'étranger, pendant sa jeunesse. Il était passé par la France et l'Italie, mais n'avait jamais vu ni Berne, ni Bâle. Il fuyait la ville pour « flâner dans les sentiers non battus » 2. S'il se dérobait aux honneurs et aux charges, il surveillait avec un intérêt passionné le mouvement des idées dans les pays voisins, était d'esprit aussi aventureux qu'austère dans ses mœurs. De son sang méridional3 il tenait l'ardeur de l'imagination, un besoin d'agitation et d'entreprise. Trop timide pour l'action, il s'était lancé dans la littérature, pour l'excitation qu'elle lui procurait et la fonction morale qu'il lui attachait. Car il se croyait appelé à intervenir, à réformer, sans avoir d'ailleurs le tempérament d'un réformateur; avec tout son enthousiasme, il était timoré, mesquin et finassier, traitant la critique comme une controverse théologique, et la soutenant par des intrigues et des chicanes. A sa rivalité avec Gottsched, il avait réussi à intéresser toute l'Allemagne à force de remuer l'opinion, de faire appel à des concours, d'exploiter les différends de coteries. Mais par cette ardeur même à pousser ses avantages, Bodmer compromettait sa cause.

S' étant entiché de Milton, il ne lui suffisait pas de l'avoir traduit et commenté : il voulait encore l'imposer, appuyant sur lui sa poétique : son puritanisme est ainsi plus littéraire que religieux. Car pour lui-même, Bodmer est plus avancé, plus indépendant qu'il paraîtrait à ses écrits. Formé à l'école de Bayle et de Shaftesbury, il n'est pas si loin des « philosophes », encore qu'il tienne surtout avec Fénelon, Montesquieu, Rousseau, se défiant de l'esprit libertin, moins par prévention huguenote, que par tempérament

1. L. Meister, Uber Bodmern, Zurich 1783, cite par Fritz Budde und Bodmer, Palâstra, LXXXIX, Berlin 1910, p. 21.

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