A Zellweger, 12 nov. 1752. Zehnder, p
Mais en mettant au point le commentaire de la Noachide, Wieland surprend les petits secrets de fabrication, il découvre les larcins du bonhomme, qui, pour satisfaire son tardif « péché d'écrire » l, se mettait « à piller comme un corbeau » 2.
Cette vanité d'auteur, si elle peut être imputée à la rivalité avec Gottsched, ne laissait pas de mettre en cause l'autorité du critique, au moment même où celle-ci se faisait accepter. Qu'il en rougît un peu, Bodmer n'en était que plus acharné à produire. Coup sur coup, il avait versifié, après la Noachide, un Déluge, puis Jacob et Joseph, Jacob et Racket, Jacob et Zulica, une Colombona. Le moment était venu de reprendre haleine et de se demander s'il fallait continuer ainsi : « Quand on a fait du beau travail, il ne faut pas faire plus mal...; il faut que des amis avertis nous préviennent quand nous baissons... j'entendrai à demi-mot3. » Mais devait-il compter, plutôt que sur ses vieux amis, les Hess, Kùnzli et Zellweger, sur le disciple qu'il avait installé à sa table, moins pour le contrôler que pour le cautionner par son génie? Voulait-il s'éviter de nouvelles mortifications, comme celle que lui avait infligée N. E. Tscharner en parodiant un de ses factums, sans en connaître l'auteur4, ce n'est pas sur ce docile associé qu'il pouvait compter. Celui-ci ne lisait-il pas dans son jeu et, n'en venait-il pas à tricher aussi? Cela établissait entre eux
1. A Zellweger, 18 mai 1749 : « Nun ist das 50. Jahr mir auf die Schultern gesessen. 11 doit être temps que j'abandonne ce péché d'écrire avant qu'il ne m'abandonne, je veux dire, avant d'avoir les doigts si raidis qu'ils ne puissent plus écrire, sans parler de la tête. » (Bachtold, Geschichie, p. 597.)
2. Wieland a avoué à Bôttiger (Bôttiger, p. 249) comment il a développé chez Bodmer son talent de plagiateur. S'il n'a pas dépassé son maître, il a fait aussi bien, remarque-t-il avec humour. Cf. Gruber1, I, p. 67. A son biographe, il raconte la façon dont Bodmer, toujours soupçonneux, essayait de le mystifier en lui faisant tenir par un tiers telle de ses compositions. 11 arriva un jour à W., qui généralement flairait le piège, de se laisser prendre à l'ironie concertée de compiles, et de railler l'œuvre qu'il venait d'encenser {Die gejallene Zilla). Cf. Bodmer à Zellweger, 11 nov. 1753, dans Bachtold, Gesch., p. 612; G. Jahrb. XIII, p. 129.
3. A Hess, 9 oct. 1752 (inédit) : « Nachdem ich sechs epische Gedichte geschrieben habe, so fange ich an, darùber ernsthafter nachzudenken, ob es gute Werke sind, bona opéra, und ob ich sie verantworten kann. » Le 18 mai 1749, il demandait déjà à Zellweger : » Raten Sie mirnicht, dassichendlichdasSchreibea und Dru. ken aufgebe? »