‹ C.M. Wieland, la formation et l'évolution de son esprit jusqu'en 1772Chapitre 84 sur 505 · Bi h., p · texte numérisé non relu

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CHEZ BODMER 91

une sorte de complicité, dont Wieland saura prendre avantage 1.

C'est ainsi qu'il ne se fait pas scrupule de se laisser souffler par l'auteur, avec l'éloge, sa critique pour cet « examen » de la Noackide, qu'il termine sous ses yeux 2. S'agissait-il pour Wieland d'autre chose que de justifier les intentions et les procédés? Comment en jugerait-il mieux que par le témoignage du théoricien, qui, avec Breitinger, avait posé les principes dont relevait cette œuvre? Conformément aux précédents d'Addison et de Meier 3, Wieland se proposait d'éclairer le lecteur, de le mettre en mesure de saisir les « beautés » de l'ouvrage en même temps que son enseignement. Inhabile à la réflexion critique, force lui était de s'en rapporter à une doctrine. Aussi bien cela lui permettait-il de ne pas engager son goût. Il se comportait en disciple, et non en juge. Appréciant la Noachide en fonction du Paradis perdu ou de la Messiade, il démontrait l'excellence de ce poème, sans interroger son sentiment4. Il n'y a donc pas lieu de lui demander compte de son admiration. Toutefois, il n'est pas sans intérêt de voir comment s'exerce, au profit d'une cause qui lui est étrangère, son talent dialectique, et avec quelle facilité il s'assimile. Au lieu d'un article pour le Crito, c'est un gros volume qu'il apporte àBodmer, en lui demandant son concours pour la partie théorique 5. Si celle-ci ne fait que résumer la poétique suisse 6, le commentaire,

1. Kiinzli à Bodmer, 15 déc. 1752 : « Aile Nachrichten stimmen darin zusammen : Sie haben nunmehr in Ihrem W. gefunden, was Sie von Klopstock vergeblich erwartet. Ich schmelze vor Verlangen, den vergniigtesten Bodmer zu sehen, wenn sein lachendes Aug, vom redlichsten Herzen belebt, den jungen Wieland betrachtet, so begierig bin ich auch des Bodmers wurdigen Jungling zu sehen. »

2. Abhandlung iiber die Schônheilen des epischen Gedichles Noah, Zurich, 1753. Commencé par le Crito, cet examen, démesurément enflé, n'était pas terminé à l'arrivée de Wieland. La première partie fut mise au point à Zurich en collaboration avec Bodmer, au cours des deux derniers mois de 1752. Zellweger avait attiré l'attention de son ami sur la situation délicate dans laquelle il se mettait en accueillant Wieland avant l'achèvement de cette apologie. Euph. Ergzh. 3, p. 78. Cf. Zehnder, p. 363, 513.

3. Bodmer avait reproduit l'examen d'AcnisoN : Critische Abhandlung von den poetischen Sehônheiten in J. Mutons verlorenem Parodies, à la (in de son traité sur le Merveilleux (Crit. Abhandlung von dem Wunderbaren in der Poésie, 1740).

4. A. Br., I, p. 96 : « Dem Noah muss ich nachsagen, dass er meinen Geschmack befestigt hat; er wankte vorher noch. »

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