Cf. Buddb, o. c, p. 165 ss
par contre, montre avec quelle souplesse Wieland est entré dans l'esprit de l'auteur, jusqu'à accepter ses moindres lubies. « C'est comme s'il avait été dans ma tête quand j'ai chanté mon patriarche ! » s'exclamait Bodmer 1.
Avec la meilleure conscience, Wieland pouvait louer son maître de « la grande leçon de sagesse » qu'il a voulu donner 2. Avait-il à se faire scrupule d'élever cette « saine philosophie » au-dessus de la morale des poèmes homériques, de la Jérusalem délivrée, de la Messiade même, ou de lui faire un mérite de son idéalisme plus « éclairé » que celui de Milton ?3 Les personnages que Bodmer propose en modèles, pour supérieurs qu'ils soient à notre humanité, ne nous sont pourtant pas étrangers 4. Chez Noé et chez Sipha, c'est la sagesse naturelle qui existerait sans la dépravation sociale, une naïveté plus touchante que dans l'Odyssée, parce que rehaussée de dignité 5. Il faut aussi savoir gré à l'auteur, pense Wieland, d'offrir dans sa fable un miroir qui accuse nos vices et nos laideurs. Combien plus édifiant son exemple d'innocence heureuse, que la vérité dont se flattent « de misérables écrivains, qui, pour la honte de la nation, ne sont pas flétris de la réprobation publique »6.
Et n'est-ce pas encore un avantage de la Noachide, que de représenter, au lieu d'un passé disparu, l'histoire encore vivante de l'humanité, avec ses tribulations et ses progrès; d'avoir figuré par anticipation, chez les antédiluviens, les grands événements qui ont bouleversé notre monde, les guerres de religion, les révolutions politiques7, les grandes découvertes; d'avoir prévu le Christ, Mahomet, Christophe Colomb; annoncé Galilée, Newton, Leibnitz? Pour servir à l'instruction du peuple, comme jadis l'Iliade chez les Grecs, le poème donne comme une somme des connaissances les plus utiles 8. Et Wieland d'approuver l'ingé-