Vorrede zur Sund/lut, A IV, p. 12 ss
CHEZ BODMEB
indigne une fiction réconfortante, elle rétablit « l'harmonie naturelle « qui constitue la valeur éternelle et la félicité de l'homme » 1. Elle stimule notre aspiration au mieux en idéalisant le réel, ce qui est la fonction de la poésie, comme Wieland la dégage surtout de la critique anglaise, d'Addison, de Pope, de Spence, peut-être même déjà de Shaftesbury et de Young, trouvant que les Anglais l'emportent « par le goût du grand, de l'extraordinaire, du sublime ». Toutefois, dans sa préface du Sacrifice d'Abraham, ce n'est pas eux qui sont invoqués en témoignage de la tendance de cet ouvrage, mais bien les anciens, Pindare, Sophocle, Euripide. S'il se donne avec son maître pour un « moraliste, qui veut éveiller chez le lecteur le sentiment religieux, proposer des exemples de vertu... », il ne songe pas à la piété puritaine, mais à la piété de l'artiste qui révèle « de plus hautes beautés spirituelles ». Il ne s'agit pas pour lui de renier la vie, mais de l'ennoblir, de la transfigurer. Le bel esprit n'est méprisable que parce qu'il farde la nature. Il n'en va pas autrement d'un « sentimentalisme romantique » qui fausse l'inclination. La vertu n'est pas dans la contrainte, mais bien dans l'accord de la nature et de la raison 2. C'est ainsi que lui apparaît l'attitude, en réalité plus stoïcienne, de son maître.
Avant de collaborer plus directement avec Bodmer, Wieland avait à exécuter un projet de Tubingen, qui sollicitait son esprit spéculatif par la perspective d'un triomphe éclatant sur le séraphisme de son prédécesseur. Ce n'était pas pour rivaliser de har- .isionnaire avec E. Rowe, qu'il avait entrepris ses Lettres des Trépassés, quoique prétende l'avertissement de 1762 3. S'il pense donner « une idée moins sensible et moins romanesque du monde surnaturel », c'est qu'il veut traduire, dans le langage de la métaphysique leibnitzienne, la fantaisie mystique du modèle;