‹ C.M. Wieland, la formation et l'évolution de son esprit jusqu'en 1772Chapitre 94 sur 505 · L. 7, v. 86 ss., A. II. p · texte numérisé non relu

L. 7, v. 86 ss., A. II. p

2. Cette L. 9 n'est pas numérotée dans le manuscrit, ce qui lait supposer qu'elle a été composée après coup. Par le ("ii i i par le sujet, 'lie se rapproche de la manière de Bodmer. Cf. Noaii, Ch. VI et le commentaire de W., A III, p. 412 ss.; également : Die gefallene Zilla. 11 est possible que W. développe un plan donné par Bodmer. Cf. Messias, Ch. 5, v. 153 ss.

3. Le 20 août 1753, Bodmer annonce que W. va faire imprimer une feuille de notes à l'intention de ses lectrices (Hirzel, p. 69). 11 écrivait à Zellweger qu'un certain nombre de personnalités se plaignaient de l'obscurité de ses Lettres, notamment le chanoine Zimmermann, qui ne peut croire qu'au ciel on parle un langage aussi peu naturel. Cf. Morikofer, o. c, p. 174.

■'.. Vorberichl, 1762, A II, p. 102.

5. Sulzer écrit à Bodmer, le 6 nov. 1753 (KôRTB, p. 210) : « Ich muss gestehen. sie gefallen mir nicht, gar nicht, vielleicht deswegen nicht, weil ich etwas anders davon erwartet hatte. Es ist viel Schones darin, aber eine starke Verwirrunif der Gedanken und eine kalte, wenigstens mich nicht riihrende Phantasie.»

6. Gôtting. gel. Zeit.. 175'., II. p. 112; Voss. Zeitg., 1753, 25 déc. (Lessing Werke, Hempel, XII, p. 531) ; i Ùberall herrscht darin das Feinste der feinen Kmpfindungen, und die Nachrichlcn, die uns vom Himmel mitgeteilt werden, sind neu und curiôs. »

mieux accueilli, si la forme hexamétrique ne l'avait marqué comme un produit de l'école de Zurich, et, au surplus, n'avait écrasé l'intimité de cette correspondance. Ce qu'elle pouvait avoir de confidence personnelle disparaissait sous le déguisement littéraire K Déjà la poésie se perdait dans l'éloquence.

Mais Bodmer attendait mieux que cette conformité de facture, et que cet effacement dans le propos didactique. Il escomptait le concours de Wieland pour une production massive de récits versifiés, annoncée par un Cartel imposant 2. Aux sujets bibliques, tels qu'un Paradis perdu nouveau style, une Fuite en Egypte, une Destruction de Jéricho, David et Jonathan, Ruth et Boos, Mo'ise sur le Nil, l'Enfance de Jésus, devaient s'ajouter des épisodes de l'Odyssée, de la Basiliade de Morelly, qui venait de paraître 3, sans préjudice de Hermann, resté en souffrance, et qui devait être repris sur un autre plan. Il est possible que maître et disciple travaillaient ensemble aux mêmes projets, ainsi qu'à une peinture à fresque. Dans la vie en commun, la distance se réduisait, et le jeune homme était assez fait à la manière de son hôte pour la pasticher. Il était résigné à cette subordination, pensant prolonger ainsi son séjour à Zurich4.

A titre de première mise, il exécuta en quelques semaines un

1. A part quelques allusions à Séréna, et à des événements particuliers, on en est réduit à des suppositions. Philinde serait une jeune sœur de Sophie, comme Délia une petite sœur de W. morte en bas âge. La Laura de la L. 3 serait une dame Schulthess, restée veuve avec une fille, à qui Wieland s'intéressa et qu'il désigne sous le nom de Mélissa (Euph. 1910, p. 158). Les scènes d'euthanasie pourraient rappeler la mort de la mère de Sophie, qui se serait éteinte au son d'une musique de harpe. Cf. L. Assing, Sophie La Roche, 1859, p. 63 ss.

2. Cartel von Heldengedichten, publié dans Freymùthige Nachrichten, 12 sept. 1758. et figurant dans A IV, p. 686 ss. comme d'attribution possible à Wieland, Cf. Gôtting. gel. Anz. 1896, p. 421 ss. et Buddb, p, 75. Parmi les 20 sujets annniiivs, quelques-uns ont été effectivement traites par W. SOUS une forme lu sous une autre : (util h. Lazarus, l'ode sur la Nativité, l'Hymne ou Soleil, et la Dunciade.

3. Naufrage des Isles flottantes, ou Basiliade du célèbre PUpai. Messine, 1753.

4. Le 26 avr. 1753, Zellweger, supposant que Wieland va retourner à Biberach, l'invite à s'arrêter chez lui (inédit).

CHEZ BODMER 103

Sacrifice d'Abraham1, sur une ébauche de Bodmer, comme il semble 2. Par lui-même, il l'avoue, il n'aurait ni conçu ni exécuté ce travail 3. Ce n'est donc pas beaucoup plus que l'élaboration d'un pensum, un exercice de style et de versification. On peut donc laisser à Bodmer la responsabilité de la composition et même du dessin des personnages. Ne retrouve-t-on pas sa manière dans la disposition, faite sur le plan d'une action dramatique, avec sa gradation savante de l'effet, de la terreur, avec les mêmes procédés d'analyse des sentiments, de délibération et de suspension de l'intérêt? Comme le dénouement est impliqué dans le sujet, que le développement ne comporte pas de surprise, il s'agit seulement de montrer le comportement des personnages, de peindre leurs sentiments et de faire valoir leurs vertus. Tour à tour, ils sont saisis par l'épreuve : l'ordre fatal frappe d'abord le patriarche, puis son fils Ismaël, et atteint Sarah sous le voile du songe, tandis que la victime le reçoit seulement au lieu du sacrifice. Il semble que Wieland, pour donner plus de force à l'action psychologique, ait voulu la concentrer en trois chants et renoncer à décrire la scène du retour d'Isaac. Il lui revient peut-être l'idée de l'intermède gracieux du premier chant4.

Pour ce qui est des caractères, il lui était, par contre, loisible de les figurer d'une façon plus personnelle, d'après son expérience ou son imagination. S'il n'a probablement pas retouché beaucoup l'esquisse du patriarche, raidi dans son abnégation stoïque et drapé de dignité sacerdotale 6, il pouvait se transporter aisément dans le rôle de l'adolescent précoce, rentrant à la maison après des années d'études à l'étranger, tout ému d'enthousiasme demi fraternel pour sa belle cousine Rébecca et d'admiration pour le

1. Der geprûfte Abraham, ein Gedicht in 4 Gesângen, Zurich 1753. L'édition de 1762 a pour titre : Die Priifung Abrahams, et ne comporte plus, ainsi que les suivantes, que trois chants.

2. Le manuscrit porte effectivement des corrections de la main de Bodmer. Deux interpolations aux chants 1 et IV sont signalés par des guillemets. Cf. Grubeb2, I, p. 76, et Wielands Selbslschilderung, 1826, p. 11.

3. Vorbericht, 1798, A 11, p. 165. L'œuvre fut écrite entre le 15 avr. et fin mai, d'après le Tagebuch de Bodmer (édition Bâchtold, p. 190).

4. Cf. Vorbericht, 1762. Le 4e en. est écrit sur un autre papier que les trois premiers, de même que le Vorbericht, daté du 8 sept. 1753.

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