Ch. I, v. 141 ss. (A II, p. 108 s
mage Abiasaph, « que la muse, à sa naissance, a baisé au front n1; il pouvait évoquer les larmes « de la plus sensible des mères », et l'accueil d'une fiancée « qui pleure silencieusement de bonheur » '-. Qu'il ait pensé incidemment à la gravité pastorale de son propre père à propos de l'effacement accablé d'Abraham, de son repliement sur lui-même, la sympathie de Wieland se refusait à cette douleur « carapacée de vigueur », à cette raison ferme comme un roc, que le tonnerre n'ébranle pas : « Si mon corps souffre, le Seigneur sait pourquoi, et aussi ce qu'il peut supporter 3. Mais l'exaltation mystique d'Isaac, qui ne frémit pas sous le couteau du sacrificateur et se perd dans l'extase, n'était-elle pas de lui-même, tout comme sa facilité d'évasion et d'enchantement?
Aucun espoir, aucun ami éploré, pas même Kibca, ni tes larmes et tes bras tordus de douleur, ô ma mère, ne sauraient altérer la sérénité de mon cœur, ni m'arracher par un regret terrestre aux scènes radieuses qui se dévoilent 4.
Etait-il nécessaire de pousser jusqu'à la soif du martyr cet abandon, de faire regretter à Isaac l'intervention d'Éloa, arrêtant le geste fatal? « O mon père, de quel ravissement me voici retombé ! Déjà je m'envolais sur les ailes de l'espérance par les espaces de la vie éternelle ! » 5 En le marquant d'une auréole, Wieland ne prend pas garde qu'il le soustrait à notre intérêt. Il en ira encore ainsi pour Jeanne Gray et Clémentine de Porretta. Son imagina tion dépasse toujours son sentiment. C'est ainsi que disparaissent la juvénile ardeur, la fraîcheur du jeune idéaliste sous la dignité de sa prédestination et la froide rhétorique d'une sagesse apprise. Dans le climat ascétique de la patriarcade, la vie se renie : sans hésitation, Ismaèl offre son fils en échange de son frère. Il n'est que Sarah pour vibrer dans sa chair, ce dont les spectateurs invisibles ne laissent pas de s'inquiéter; c'est pourquoi elle doit être