Ch. III, v. 470 ss (A II, p
CHEZ BODMER 105
épargnée. Aucun cri ne doit d'ailleurs monter avec l'encens, le parfum des fleurs et la fumée du sacrifice dans le ciel limpide.
Les hommes ne sont, du reste, que des figurants sur cette scène de mystère : c'est le merveilleux qu'il convient d'ordonner avec noblesse et apparat, pour frapper l'imagination. C'est un spectable donné par Jéhova aux chérubins, pour les édifier par l'obéissance du juste et la ferveur de l'élu. Un chœur invisible participe à l'événement et entoure les acteurs. Aussi la vérité s'efface dans cette convention de légende ou de féerie. Au surnaturel religieux vient se mêler un conte bleu d'ogre et d'oiseau magique, de même que l'aventure miraculeuse d'Hagar1. L'enjolivure sollicite la fantaisie, plus que la fable elle-même, prêtant à quelque grâce décorative, comme lorsque Isaac est reçu par des théories de vierges couronnées de fleurs, ou lorsque son ange gardien se perche sur un cèdre, afin de jouir de la scène 2.
Il est manifeste que le conteur se joue des accessoires de la poésie biblique, de même qu'il manie sa langue métaphorique avec plus de désinvolture que son maître. Alors qu'il s'est voué à la sainte muse « pour toute une année dorée de sa jeunesse », il va de soi qu'il s'affuble, sans rechigner, des a oripeaux talmudiques et alcoraniques », comme dit Hamann, sans se préoccuper « si le goût a plus à y gagner que la religion » 3.
Toutefois, à ce brocart vétusté, qui faisait à Nicolai l'effet d'un costume d'apparat pour un conseiller d'une petite ville helvétique, Wieland préfère bientôt la bure plus légère du froc, aussi longtemps que son talent doit faire pénitence, comme dit le critique berlinois, « auprès d'une matrone revêche, qui prêchait la mortification et gourmandait le plaisir»4. Plutôt que de se guinder « dans la
i. Le i onte .i été supprimé dès 1762. Déjà Zellweger, dans une lettre inédite du 3 'I ' l 53, -il i rouvail choqué. - .le le trouverais mieux placé dans quelque conte de tées i R. Benz, Màrchendichlung der Rnmantiker. Gotha, 1908. p. 29.