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d'une association fraternelle entre les travailleurs de tous les pays — association, du reste, que leurs maîtres, \ pour qui la guerre est un moyen, instrumentum regni, I se sont hâtés de briser aussitôt que des événements, sur / lesquels l'histoire se fera un jour, leur en fournirent le j prétexte.
Qu'ils arrivent, eux qui sont le nombre, à avoir le pouvoir, et — les questions de territoire, de prééminence militaire ou politique évanouies — à l'organisme exclusivement destructif d'aujourd'hui, vidant l'atelier au profit de la caserne et la caserne au profit de la fosse commune des champs de bataille, succédera un organisme absolument différent, ne tendant qu'à la plus grande production possible et à la meilleure répartition des produits, et ne laissant de place à aucun casus belli.
Les variations de la mode et les préférences du public pour les étoffes mélangées ou les étoffes de laine pure, qui constituent le troisième argument de nos adversaires, ne sont pas moins imputables à la société actuelle ou, pour parler plus exactement, au mode de répartition des richesses présentement en vigueur ; mais, pour donner à cette partie de ma démonstration, que je considère comme la plus importante, toute l'ampleur qu'elle réclame, il me faut entrer dans des considérations qui allongeraient trop cet article et, dans l'intérêt du lecteur, je la renvoie à demain.
La production, tant comme quantité que comme qualité, est déterminée, régie, comme on sait, par ce
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que les économistes ont appelé la loi de l'offre et de la demandey c'est-à-dire que les capitaux disponibles ne vont aux diverses industries que dans la mesure où les produits de ces diverses industries sont demandés, sont sûrs d'un placement avantageux.
Et, sous ce rapport, les Leroy-Beaulieu et autres n'ont pas tort lorsqu'ils expliquent comment les « femmes du monde et du demi-monde se mettant à se vêtir et à se meubler en étoffes de laine ou en tissus mélangés », les étoffes de soie cessant d'être demandées, la fabrication soyeuse se trouve nécessairement suspendue, arrêtée, avec les conséquences que l'on voit.
Mais pourquoi la soie, certains tissus de soie, demandés hier, ne le sont-ils plus aujourd'hui ou ne le seront-ils plus demain? Là est la question, toute la question.
Il y a, en effet, demande et demande, comme il y a fagot et fagot : Tune, aussi fixe, aussi durable qu'elle est normale, organique ; l'autre, aussi ondoyante et diverse qu'elle est artificielle et pathologique.
Etant donné, par exemple, une société dans laquelle les moyens de satisfaire leurs besoins soient également répartis entre tous, une société, si l'on aime mieux, dans laquelle le point de départ étant le même pour chacun, le point d'arrivée, la situation acquise ne puisse différer sensiblement pour personne — ce qui se produirait fatalement si chacun ne pouvait disposer que de la somme de richesses par lui créée — il est hors de doute que les produits qui seront demandés les premiers et dont la production par suite attirera et emploiera les capitaux libres, sont ceux qui répondront à la satisfaction des besoins les plus immédiats, les plus essentiels de la collectivité tout entière.
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Cette demande-là offre un caractère de solidité, de permanence que tout le monde comprend sans plus d'explications, toute variation en moins ne pouvant résulter que d'une diminution de la fortune publique dont l'expérience du passé exclut jusqu'à l'hypothèse.
Ce ne sera qu'au fur et à mesure qu'augmenteront les moyens de chacun et de tous que seront demandés les produils moins indispensables, la brioche, par exemple, qu'on pourrait appeler la soie de la nourriture. Mais lorsque la brioche sera demandée, lorsque sa fabrication sera entreprise, cela voudra dire que les conditions économiques générales qui correspondaient à la fabrication du pain auront prospéré, puisqu'il y aura un excédent qui pourra être employé en brioche.
Et il en résultera que, certains d'un emploi avantageux, les capitaux ne feront pas défaut à l'industrie de la brioche et que les travailleurs en brioche ne courront aucun risque de chômer.
Cette nouvelle demande, fondée sur un besoin général et par conséquent réel, que le milieu dans lequel il se produit est à même de satisfaire, ne se distinguera pas comme fixité de la première.
Lorsqu'au contraire, comme aujourd'hui, la société se décompose en une majorité qui manque du plus strict nécessaire, et en une minorité, essentiellement variable, qui ne sait où et comment dépenser son superflu, qu'arrive-t-il ?
La demande de brioche, de soie, si vous aimez mieux, peut bien se produire ; elle se produit en efî'et. Mais comme elle ne correspond pas à l'état des ressources sociales, comme elle n'est que le fait d'un caprice résultant lui-même d'une surabondance locale.
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particulière, de moyens, elle doit inévitablement être sujette à toutes les fluctuations.
Qu'une partie de ces moyens accumulés dans les mêmes mains passent à d'autres mains, même aussi riches, et comme la fantaisie des nouveaux possesseurs peut différer de la fantaisie des premiers, la soie peut cesser d'être demandée. Qu'ils passent à des mains plus pauvres, à une fraction de ceux dont les besoins de laine — ce pain du vêtement — ne sont pas encore satisfaits, et l'augmentation de la demande des étoff"es de laine se fera aux dépens des tissus de soie. Et dans l'un et l'autre cas, voilà les travailleurs en soie sans ouvrage, dans la rue.
C'est ce qu'on a vu à la fin du siècle dernier, lorsque, par suite du transport à un million de familles bourgeoises des biens accumulés dans cent mille familles nobles, les soieries de luxe, de cour, pourrait-on dire, brodées d'or et d'argent, ont cessé d'être demandées — et fabriquées. C'est ce que l'on voit actuellement et ce que l'on continuera à voir aussi longtemps que l'ordre économique oscillera entre la misère du plus grand nombre et la fortune monstrueuse de quelques-uns, soumise elle-même à un va-et-vient et à des modifications continuelles.
' Dépendant d'un capital de jouissance, dont la quotité et l'emploi varient avec ses détenteurs, le nombreux, trop nombreux personnel des industries dites de luxe n'a jamais, ne peut jamais avoir qu'une journée sans lendemain.
Et c'est pourquoi à la question de XEconomiste français : « S'il y a une organisation sociale qui puisse empêcher de quitter les tissus de soie pour les étoffes mélangées ou de laine », je réponds hardiment : oui. Il
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suffit pour cela que la société soit organisée ou réorganisée de telle sorte que, la fortune de chacun étant proportionnelle à la fortune de tous, les soieries ne puissent être demandées, qu'on ne puisse passer à leur fabrication que lorsque le besoin des lainages aura été universellement épuisé.
Dans ces conditions nouvelles, l'époque de la soierie serait sans doute venue plus tard ; il se peut même — quoique je me permette d'en douter — qu'elle ne soit pas encore venue; mais une fois les soieries demandées, leur fabrication n'aurait plus à compter qu'avec les influences atmosphériques et présenterait pour ceux qui en vivraient — au lieu d'en mourir comme aujourd'hui — toutes les garanties possibles.
L'organisation économique actuelle convaincue d'être responsable de la partie de la crise qui a trait aux variations de la mode, aux appréhensions de guerre et à la hausse de la matière première — en ce sens que, dans d'autres conditions sociales, aucune de ces trois « causes » n'aurait pu subsister — il me reste à indiquer comme quoi c'est encore de cette organisation éminemment vicieuse que procède la partie de la crise provoquée, assure-t-on, par « l'établissement de nombreux métiers à la campagne ».
Après quoi j'exposerai, en quelques lignes, comment, en admettant même que le chômage d'aujourd'hui soit aussi indépendant du présent ordre de choses qu'il en résulte directement au contraire, c'est à ce dernier, à lui seul, que sont dues les conséquences épouvantables
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qfue cet arrêt dans la fabrication soyeuse a entraînées et entraîne pour la population ouvrière de Lyon.
Il y a une quinzaine d'années, paraît-il, qu'a commencé à s'introduire dans les chaumières le tissage des étoffes de soie, qui y a fait depuis d'immenses progrès. Or, c'est à ces métiers nouveaux, qui n'auraient pas cessé complètement de battre, que les tisseurs urbains doivent d'être privés du peu de travail encore actuellement existant.
Les fabricants ne veulent à aucun prix désorganiser leur fabrication agricole, écrit M. Paul Leroy-Beaulieu, qui leur donne raison au nom de la liberté.
La liberté — telle que la conçoivent les économistes officiels — implique donc le droit de sacrifier l'existence même de milliers de travailleurs à une augmentation de bénéfices. Car l'établissement de cette fabrication rurale n'a pas eu un autre motif. Ce n'est pas le manque de bras qui a amené les patrons à s'adresser aux paysans et à les transformer en industriels aux dépens des industriels de la ville, mais la possibilité de payer moins des ouvriers subsistant déjà à l'aide d'autres travaux. « La vie moins coûteuse, plus sobre de l'ouvrier des champs — c'est le même Leroy-Beaulieu qui le déclare — lui permettait de se contenter d'un salaire moins élevé. »
Et c'est après un pareil aveu que l'on ose soutenir que l'ordre, ou plutôt le désordre social actuel, qui se prête à ce déplacement aussi meurtrier qu'intéressé de l'axe de toute une industrie, n'est pour rien dans les souffrances de la seconde ville de France !
Il est vrai qu'à entendre nos économistes officiels, la faute, en cette circonstance, serait à la population ouvrière de Lyon, qui, au lieu de favoriser la spéculation de ses exploiteurs en se ruralisant pour emplir la
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caisse de ces messieurs, aurait continué à s'accroître, alors qu'une partie de plus en plus considérable de travail émigrait. Et les hommes qui n'ont pas une parole de blâme contre i'égoïsme et l'avidité des fabricants, cause unique de cette émigration, rééditent à ce propos, contre la classe laborieuse, la tirade bien connue sur l'abandon des travaux des champs et sur « l'attraction irrésistible que les villes exercent sur certains esprits ».
Les faits sur lesquels reposent ces derniers reproches sont malheureusement incontestables. Impossible de nier que l'agriculture soit de plus en plus désertée pour l'industrie. Et impossible de ne pas déplorer un état de jchoses qui réussirait à la longue à justifier l'odieux paradoxe de Malthus d'un accroissement en progression géométrique de la population pendant que l'augmentation des subsistances ne suivrait qu'une progression arithmétique.
Mais cette immigration des campagnes dans les villes, comme toute chose, a un pourquoi. Et le pourquoi de ce « goût trop vif pour les grandes villes » quel est-il ?
C'est que les salaires industriels, des industries de luxe surtout, sont aux salaires agricoles comme 3 est à 1 .
Oui, la production du pain, de la viande, etc.. est aujourd'hui trois fois moins rétribuée que la production des objets de fantaisie, bijoux, soieries, bronzes, etc..
Et par quel miracle les travaux qui ne servent qu'à la satisfaction du caprice ou de la vanité d'un petit nombre, se trouvent-ils plus rémunérateurs que les travaux tendant à la satisfaction des besoins primordiaux de tous ?
Parce que le capital — en comprenant par ce mot la partie des produits annuels non consommés qui peuvent
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servir d'éléments à une nouvelle production — individualisé comme il est aujourd'hui et régi par la loi du plus grand profit, va naturellement à la production dont les produits sont le plus demandés.
Or, s'il existe une demande de plus de blé, de plus de vin, etc., comme elle émane de gens qui n'ont pas les moyens d'acquérir ces objets de première nécessité ou qui ne pourraient les acquérir au-delà d'un certain prix jugé insuffisamment rémunérateur par les capitalistes, cette demande ne compte pas, elle n'est pas, selon l'expression de Smith, effective, et ne saurait déterminer une augmentation de la production du vin, du blé, etc..
La véritable demande, la seule qui règle le marché, c'est celle de la classe possédante, de la minorité qui peut payer — et payer cher. Et comme, si surchargés de biens qu'ils puissent être, ces privilégiés n'ont qu'un estomac à remplir, qu'un corps à vêtir, etc., et que ces besoins organiques sont déjà satisfaits, ce qu'ils demandent, ce n'est plus du pain, mais de la brioche, ce n'est plus du vin, mais du Champagne, ce n'est plus de la laine, mais du velours, etc.... et c'est à la fabrication de ces produits, fabrication de luxe, essentiellement urbaine, que sont entraînés les capitaux disponibles, entraînant avec eux l'élévation des salaires industriels et le drainage des campagnes par les villes.
Cet accroissement de la population ouvrière de Lyon, qui aggrave une situation déjà horrible, tient donc, lui aussi, à l'effroyable inégalité avec laquelle les richesses se trouvent aujourd'hui réparties entre les divers membres du corps social.
î Que les biens économiques cessent d'être concentrés, ^monopolisés entre les mains de quelques-uns, comme
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c'est le cas actuel ; que chacun arrive à en avoir sa part; j
et, comme les besoins de la masse sont de toute autre !
nature que ceux des repus de l'heure présente, comme ce qu'elle demandera ce sont les aliments, le vêtement élémentaire qui lui font défaut, c'est à la production de ces objets indispensables, c'est à l'agriculture, en un mot, que devront aller les capitaux en quête de profit ; ce seront, par suite, les salaires agricoles qui tiendront le haut du pavé.
Et l'on verra alors se retourner le phénomène d'aujourd'hui et les campagnes exercer sur la population des villes « l'attraction irrésistible » que les villes exercent aujourd'hui sur les chaumières.
On a vu comment l'ordre social d'aujourd'hui, qui, par l'intermédiaire des Ponce Pilate de l'économie politique, se lave les mains des milliers de vies compromises par « l'épreuve » que subit l'industrie soyeuse, est, au contraire, la cause première et unique de cette « épreuve ». Mais je veux supposer qu'il n'en est rien. La fermeture d'un atelier sur deux était fatale — soit. Des soixante mille ouvriers qui vivaient en travaillant, hier, trente mille ne travaillent plus aujourd'hui : c'est le chômage ; et ce chômage — je le répète — qui, depuis 1749, a sévi neuf fois sur la seule ville de Lyon, ne pouvait être évité. S'ensuit-il pour cela qu'il dût se compliquer de la faim que nous trouvons depuis un mois assise au foyer de tant de familles et qu'on essaie d'exorciser à coups d'aumônes individuelles, communales ou gouvernementales ?
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" En aucune façon.
Pour que le chômage se double de la misère, pour qu'un arrêt, si général puisse-t-il être, de la production mette les producteurs à la merci de la charité publique, il faut, de toute nécessité, l'organisation économique — et politique — actuelle.
Je lis dans une lettre adressée par un « ouvrier » à un journal que j'ai déjà eu l'occasion de citer, VEcho :
« Dans aucun métier, surtout ceux de grande exploitation, l'ouvrier ne reçoit l'équivalent des utilités qu'il produit, comme le disent vos professeurs d'économie sociale. »
C'était mettre du premier coup le doigt sur la plaie.
Si le travailleur n'est pas à l'abri d'un chômage accidentel, et de cet autre chômage définitif qui s'appelle la vieillesse, c'est qu'une partie, la partie la plus considérable des valeurs par lui créées, va à d'autres, à ceux qui, sous prétexte de le « faire travailler », le dépouillent de la seule propriété légitime, celle qui a pour origine le travail.
C'est, en un mot, qu'il est volé, volé de toute la différence qui existe entre la rétribution arbitraire de sa production, qui est le salaire, et la valeur réelle de cette production, qui est le produit.
Qu'on lui restitue, ou mieux qu'on lui laisse, au fur et à mesure de leur création, les centaines de millions, pour ne pas dire les milliards, que le prélèvement capitaliste entasse dans le coffre-fort de ses patrons, et, quelque crise qui survienne, le voilà en mesure d'y faire face.
L'excédent de sa production sur sa consommation quotidienne, mis de côté, épargné, accumulé, lui permet
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d'attendre, sans crainte, sans souffrance et sans l'aide de personne, des jours meilleurs.
Ni l'âge où il faudra « dételer », ni les moments où il lui faudra « chômer », ne l'exposent à la mendicité.
Il est garanti, garanti par lui-même, par ses propres œuvres, contre les hauts et les bas de l'existence.
Or, pour cela, que faudrait-il ? — Peu de chose, ce qu'un des plus grands économistes des temps modernes, Stuart Mill, a, dans ses derniers ouvrages, osé réclamer en matière d'agriculture, dans l'intérêt général : il suffirait, pour cela, que tous les instruments de la production, d'individuels qu'ils sont aujourd'hui, devinssent collectifs, qu'ils puissent ainsi devenir gratuits, et laisser à ceux qui les mettent en œuvre la totalité de ce que leur activité a pu en tirer.
Mais il existe deux autres causes de Tenfer de la faim — plus terrible que l'enfer de feu des catholiques
— auquel sont condamnés les travailleurs par la première suspension de travail venue.
C'est d'abord le rôle de machine, de rouage de machine dans lequel les enferme une application aussi exploitrice qu'erronée de la division du travail. Si, au lieu d'être attelé comme aujourd'hui à une besogne unique, au même mouvement à répéter éternellement,
— ce qui, à défaut de ce mouvement ininterrompu, le laisse non seulement inoccupé, mais incapable d'une autre occupation, le travailleur étant traité en homme dont les facultés, toutes les facultés, auraient été développées par une instruction aussi intégrale que professionnelle, — ce que nous voyons actuellement serait de toute impossibilité.
Mis sur le pavé par un accident de la branche d'industrie qu'il a choisie de préférence, il se retournerait
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d'un autre côté, du côté qui cadrerait le mieux avec ses aptitudes et ses goûts.
Et ce n'est pas lui seulement, mais la collectivité qui bénéficierait du débouché ainsi ouvert et assuré à ses forces aujourd'hui perdues.
L'autre cause, c'est l'absence de toute organisation ouvrière, par la faute - — pour ne pas dire par le crime — des divers régimes qui se sont succédés en France depuis la disparition de « l'ancien ». Si la classe laborieuse avait eu la liberté de se former en unions de métiers ou unions corporatives, si ces diverses corporations avaient pu entretenir entre elles des relations de tous les jours :
1° Les bras disponibles auraient pu être répartis entre les différentes branches de la production nationale, d'une façon expérimentale, scientifique, en diminuant ainsi d'autant les chances de chômage, tant général que partiel ;
l"" Il ne pourrait pas se produire de ralentissement, de suspension dans une partie de la fabrication, sans que les travailleurs, avertis, instruits journellement des demandes qui se produisent dans d'autres branches, ne sachent toujours où et comment employer, utiliser leur oisiveté forcée.
Mais cette organisation — qui est cependant de droit naturel — aurait eu pour résultat, en supprimant la concurrence que se font les travailleurs, de déjouer la conspiration, au moins tacite, des patrons en vue de réduire les salaires à leur minimum : elle aurait entamé des bénéfices qu'il est de règle aujourd'hui de ne reculer devant rien pour augmenter.
Et c'est pourquoi, au risque, avec la certitude de ne laisser, à des chômages aussi périodiques qu'inévitables
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dans les présentes conditions sociales, d'autre issue que la mort ou le bureau de bienfaisance pour des millions d'hommes, les classes dirigeantes, divisées politiquement, se sont toujours trouvées d'accord pour mettre le peuple ouvrier hors du droit d'association.
Qu'il n'y ait là maintenant rien que de naturel, j'allais dire de légitime, dans l'état de guerre que représente la société d'aujourd'hui, fondée sur le « chacun pour soi », c'est ce que je me hâte de reconnaître.
Mais qu'on cesse alors de verser des larmes de crocodile sur des souffrances qui figurent au doit et avoir dans la colonne de l'actif ; qu'on ne vienne pas surtout protester de son innocence dans une crise qu'on n'a rien négligé pour rendre aussi aiguë que possible, si l'on ne veut pas qu'une voix s'élève qui, selon une expression célèbre, « vous rappelle à la pudeur ».
La Chambre de commerce de Lyon, sous les signatures aussi républicaines que conservatrices de MM. O. Galine et A. Sevene, a cru, au dernier moment, devoir intervenir dans le débat engagé au sujet des véritables raisons de « la crise de chômage dont souffre la classe ouvrière lyonnaise ». Et ces « témoins immédiats de la crise » ont tenu à nous prouver — après M. Jules Simon — comment, à moins de tailler en plein drap dans l'ordre économique d'aujourd'hui, la République ne sera, sous un nouveau nom, que la continuation de l'exploitation prolétarienne de l'Empire et des autres régimes monarchiques.
Pour cette Chambre ~ qui n'a rien à envier aux
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deux qui siègent à Versailles — ce sont les « cris d'alarme qui ont été si inopportunément poussés », ce sont les « souscriptions retentissantes qui ont été ouvertes », c'est « l'émotion générale qui s'en est suivie », qui ont « précipité la crise en la dénonçant ». Non pas que la misère n'enserrât comme dans un étau les travailleurs lyonnais ; non pas que le pain ne fît, depuis longtemps déjà, défaut à des milliers de familles affamées. Mais avant qu'on étalât à la tribune parlementaire le spectacle de ces estomacs en souffrance, de ces bouches de femmes et d'enfants inutilement ouvertes, les fabricants, eux, n'avaient reçu aucun dommage ; ils avaient l'espérance, pour ne pas dire la certitude, d'écouler à bon compte les marchandises emmagasinées. Et rien n'était perdu, du moment qu'au prix de quelques cadavres les « transactions en voie de négociation » eussent assuré aux capitaux engagés et compromis le profit énorme en vue duquel ils s'étaient compromis, en compromettant du même coup l'existence de milliers et de milliers d'ouvriers.
Car, c'est même cette Chambre qui le confesse, « la « vraie cause de la crise que nous traversons, réside « uniquement dans un excès de production, coïncidant « avec un resserrement de la consommation.
. « Depuis cinq ans, la fabrique lyonnaise a travaillé « sans relâche. Plus favorisée que ses concurrentes, elle « a échappé aux crises commerciales qui se sont « déclarées successivement aux Etats-Unis, en Alle- « magne, en Autriche, et elle a d'autant moins hésité à « déployer tous ses moyens d'action quelle avait sous « la main la matière première à bon marché. Cette « matière première, quelle avait payée à de si hauts « prix, lui a été, dans ces dernières années, constam-