‹ Çà et làChapitre 8 sur 11 · LA CRISE LYONNAISE ET L*ORDRE SOCIAL · texte numérisé non relu

LA CRISE LYONNAISE ET L*ORDRE SOCIAL

« ment offerte en baisse, si bien qu'à la fin de 1875, elle « se retrouvait en face des cours de 1848.

(( Mais ce n'est pas sans courir, à la longue, des « risques sérieux qu'une industrie force ainsi sa pro- « duction.

(( La consommation avait de tout autres allures. « Loin d'aller vers les soieries, elle tendait plutôt « à s'en détourner temporairement au profit des « lainages.

« L'écart entre la production était arrivé à ce points « au printemps de 1876, qu'une crise était probable. »

J'ai cité tout au long, sans changer un iota, cet effroyable aveu, parce que s'il ne venait pas des patrons eux-mêmes, on le traiterait de calomnie.

Que dites-vous, en effet, de ces fabricants qui, parce que la matière première s'offre à eux à des prix exceptionnellement bas, à seule fin de réaliser plus tard des bénéfices inouïs, « forcent la production » alors que diminue la consommation, et préparent ainsi, sciemment, volontairement, pour s'enrichir d'un seul coup, le plus atroce et le plus démesuré des chômages à une population tout entière ?

Il y avait dans cet avilissement de la soie une bonne spéculation à faire. Il est vrai qu'elle devait avoir pour revers la mort lente de la faim pour des milliers de travailleurs inconscients, eux, de l'exagération de travail qu'on leur demandait. Mais qu'importe ? Elle a été faite. Pour ajouter 3o 0/0 ou plus aux 25 0/0 de chaque fin d'année, les nouveaux seigneurs du capital « n'ont pas hésité ».

La consommation des soieries avait beau aller decrescendo, et les lainages, plus demandés, offrir à des bras, que la plus simple humanité obligeait de licencier,

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un placement avantageux, laissant l'avenir intact ; ces bras, on les a retenus, on les a occupés à une fabrication excessive, anormale, morbide, qui devait se retourner contre eux, mais qui assurait aux fabricants, en outre de leur bénéfice ordinaire, un bénéfice extraordinaire correspondant à la différence entre le vil prix de la soie, lors de sa manufacturation, et la hausse attendue, inévitable, des soieries lors de leur vente.

Jamais — croyons-nous — la production capitaliste actuelle, sans cœur et sans entrailles, traitant les hommes en machines, et ne voyant dans les travailleurs qu'elle emploie que des instruments de profit, subordonnés, sacrifiés au profit, ne s'était ainsi laissé surprendre la main dans le sac de la spéculation la plus assassine.

Non pas qu'il ne fût possible, en analysant chacun des désastres infligés à la classe ouvrière, de démontrer sa responsabilité et sa culpabilité. Mais c'est la première fois — du moins à notre connaissance — que, rendant toute instruction inutile, elle avait osé se présenter devant l'opinion publique en avouant aussi effrontément, en criant à un gouvernement qui fermait les yeux pour ne pas voir, pour ne pas poursuivre : Me, me adsum qui feci !

« C'est moi qui, pour jouir des millions qu'ils ont « entassés dans mes coffres, ai attenté à la vie de trente « mille ouvriers, sans épargner leurs femmes et leurs « enfants.

« De circonstances atténuantes, — aucune.

« Je connaissais « les risques sérieux » que je faisais « courir à ce peuple de travailleurs en forçant ainsi la « fabrication des soieries, alors que, loin d'aller vers

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« les soieries, la consommation tendait plutôt à s'en « détourner.

« Je savais que Vécart ainsi amené entre la fabri- « cation et la consommation rendait inévitable la « catastrophe qui est survenue et dont le déficit de la (( récolte des cocons n'a été que l'occasion.

(( Mais j'avais intérêt à faire produire quand même, « à accumuler, alors que la matière première ne coûtait « relativement rien, des produits que la première « hausse devait me faire écouler à des conditions « exceptionnellement avantageuses. Et mon intérêt a « été ma loi.

« Le meurtre en grand que j'ai commis n'a même « pas l'excuse de la passion. C'est le gain seul, pour ne « pas dire le vol, qui en a été le mobile.

« Et je m'en vante ! »

Car, lisez et relisez cette scandaleuse épître de la Chambre de commerce ~ joli commerce ! — de Lyon, et je vous défie d'y découvrir un seul regret.

Les auteurs de ce véritable crime social ne regrettent rien, — ou, s'ils regrettent quelque chose, c'est qu'on soit venu les troubler dans les bénéfices qu'ils en attendaient.

L'intervention de M. Ordinaire en faveur des victimes les a empêchés de profiter de leur coup, en faisant « retirer les ordres » en vue desquels le coup avait été fait.

Et ils vouent pour cela aux dieux infernaux M. Ordinaire, « ce pelé, ce galeux » dont « vient tout le mal »... des Arlès-Dufour et consorts.

En vérité, je vous le dis, tout est pour le mieux dans la meilleure des sociétés. Et c'est nous, les socialistes.

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les révolutionnaires, nous qui voulons rendre à tout jamais impossible ces spéculations sur la vie humaine, qui avons tort.

(Le Radical, Février-Mars 1877).

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