LES VILAINS DE FRANCE
Tai beau écouter ces docteurs de tribune, d'académie et de journal qui disent que la France n'a été libre qu'en 1789; je tiens qu'elle était affranchie non-seulement chrétiennement, mais civilement, bien avant cette date, — et par conséquent anoblie.
L'égalité civile n'est pas du tout la liberté. La liberté civile n'est pas du tout la noblesse. La France démocratique n'a pas autant de vraie égalité et de vraie liberté qu'en avait la noble France. On trouverait en France
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aujourd'hui beaucoup plus de vilains, de serfs el d'esclaves, qu'il y a cent ans
Pour faire des hommes libres, attachés à leurs lois, qui s'aiment el se respectent entre eux comme sortis d'une même terre, comme appelés au même ciel, les instructions de l'Église, reçues en commun le dimanche, valaient mieux que les livres et les journaux.
Je suis homme de bonne foi, obli£çé par conscience de me rendre à la raison démontrée. Je défie les messieurs des journaux et des académies de me persuader qu'il y a plus de liberté dans les doctrines sociales qui aboutissent aux ateliers nationaux et qui révent le phalanstère que dans celles qui ont créé la Vendée.
Il faut que l'esprit français ait baissé pour que l'on supporte ces raisonneurs incorrects et lourds, ces hommes de vue fausse et de style faux, ces publicistes, que dis-je? ces ouvriers, que dis-je? ces mâchurats qui ne savent rien sérieusement, qui parlent de tout incessamment.
Ils n'ont pas plus de sens français que d'esprit chrétien ; ils n'ont pas plus d'esprit français qu'ils ne savent manier la langue française. Ils n'appellent jamais une bénédiction de Dieu sur la patrie ; ils foulent sans respect se sol sacré.
Ils veulent que la France imite TAngleterre, prenne ses coutumes, prenne ses mœurs, prenne ses trafics, devienne protestante et boutiquière. L'Angleterre, où
Jésus- Christ n'a de vrais autels que depuis trente ans, ils disent que c'est le pays de la liberté!
A nousv fils de Glovis, fils de Gharlemagne, fils de saint Louis, avant tout fils de saint Pierre; à nous, ces vilains, reniant notre gloire, prétendent faire accepter pour ancêtres des niais, des faquins et des brigands qu'ils appellent leurs pères; les niais et les faquins, leurs pères de 89; les brigands, leurs pères de 93!
Notre Tolbiac, à présent, serait la prise de la Bastille; notre Reims serait Vizille près Grenoble; notre saint Rémi serait le sieur Necker, genevois, ou le sieur d'Eprémesnil, robin ! — Mirabeau, Talleyrand, Marat, Danton, Robespierre, LaRéveillère-Lépeaux, voilà désormais nos Clovis, nos Charles-Martel, nos Charlemagne, nos Suger, nos saint Louis ! Nous serions nés de cette bande, il y a soixante-dix ans!
Ils voient des monuments magnifiques, des tombeaux glorieux dans le monde, — et ils n'admirent que les scélérats qui ont mutilé ces monuments et violé ces tombeaux!
Ils évoquent l'histoire de la nation la plus fraternelle, celle qui s'est la première levée aux appels de Dieu, — et ils ne sont fiers de cette nation qu'à partir du moment où, paraissant renier Dieu, elle s'est déchirée de ses propres mains, eft'roi du monde !
Dans ces cervelles folles ou perverses, cette date de sang, cette date de honte, cette date de la première et
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unique tyrannie qui ait insulté au noble gAnie de U France; — celte époque où le sabol du goujat écrasait dans le ruisseau la lêle et le cœur de la patrie, — c'est la grande date, ladatede Taffranchissement. Avant celte époque la France n'avait pas su être libre!
La France vivait dans l'ignominie du Christianisme et j| de la servitude ! Elle s'y est résignée quatorze siècles durant! Enfin, nos pères de 93 l'ont menée k Taballoir, et elle a été purifiée. Ce que le Christianisme n'avait pas su faire, loin de là, Voltaire Ta préparé, nos pères de 89 et de 93 l'ont fait!...
Ainsi disent ces vilains, en plat et morne français; le français des pères de 89 et de 93 : bourreaux de la syntaxe comme de tout le reste, incapables d'orthographier leurs édits de proscriptions.
Vilains! vous êtes bien impudents, bien agaçants, bien triomphants. On ne sait si vous n'aurez pas le dernier mot dans cette entreprise contre la destinée delà France, si vous ne lui ferez pas abjurer son passé, si vous n'abattrez pas ses derniers monuments, si vous ne violerez pas ses derniers tombeaux, si vous ne la réduirez pas enfin à vous ressembler.
Mais, fussiez-vous mille fois victorieux, vous n'êtes» — oui, dans cette gloire, — vous n'êtes et vous ne sera jamais que des cuistres!
Cuistres 1 cuistres 1 cuistres!
DF LA IfOBLESSB
L*<KUVRB DBS TILAIlIt.
iA France, en leur main, s'est encanaillée. Le nombre des professions basses et tout à fait avilissantes et de ceux qui s'y adonnent, est démesurément accru.
Nous sommes rongés de charlatans, encombrés d'histrions et pire encore. La valetaille publique, les mercenaires, les gens de prospectus forment un peuple dont les trois quarts vivent de pourboires.
Les filles désertent nos villages pour servir dans les villes. On en fait la traite, et jusqu'où ne va pas cette •domesticité? 0 domesticité chrétienne, où le serviteur était un pupille ! A présent les maîtres n'ont plus de maison et encore moins de cœur.
La nation avait un roi qu'elle prétendait tenir de Dieu et qu'elle appelait son père. Ce père lui faisait toutefois de nobles serments, prenant le Ciel à témoin qu'il voulait gouverner suivant la religion et la justice. De son
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côté la nation lui rendait la plus Doble obéii»6ance, lui gardait la plus noble tidéiité.
Alors cette nation n'aur.iil jamais cru que Ton pût songer à disposer d'elle sans son consentement. A présent elle reçoit de droite et de gauche des maîtres qu'elle ne connaissait pas; elle subit des lois qui la dégradent de l'Évangile.
Sa langue témoigne des fiers sentiments qu'elle avait et de l'estime qu'elle faisait de la noblesse. Noble vient de noscibilis, remarquable, distingué; il signifie tout ce qui est grand, tout ce qui est louable, eximius, excellensy notabiliSf prœstaru.
Une physionomie nobU^ un courage noble^ un noble génie, des pensées nobles^ une noble audace, agir par de nobles motifs, haranguer, écrire avec une négligence noble. — Parties nobles du corps, celles sans lesquelles il ne peut vivre.
Le peuple disait : « Voilà une belle noblesse! » pour désigner l'abondance de la moisson. « C'est une belle noblesse de voir les blés de ce pays-là. » Et proverbialement : « Noblesse vient de vertu. »
m LA NOBLESSE.
SM
L*AIfOBLISSEMENT.
lES lois et les mœurs, dans l'ancienne France, s'appliquaient à faire des nobles avec autant de zèle qu'elles s'appliquent dans la France nouvelle à faire des contribuabhs. Quantité de fonctions anoblissaient.
Acceptant la richesse comme un résultat de Tintelligence, du travail et de la probité, la société ne refusait pas de lui enlever cette légère infection que conserve encore l'argent le mieux acquis.
La Charte de 1814 disait avec arrogance : « Le roi fait des nobles à volonté. » Le vrai roi de jadis n'avait pas cette prétention. Il savait que Dieu seul, dont la grâce est gratuite, fait des nobles à volonté.
Père, chef et premier gentilhomme de la nation, le roi constatait la noblesse. Il déclarait ou que l'Anobli avait fait une action noble, ou qu'il se mettait dans la condition de vivre noblement, ou que ses ancêtres avaient mérité pour lui.
25!f DI LA N0BI.R8AR.
On distinguait neuf sortes de noblesse : Le roi ; — les nobles couronn<'is, — les nobles de race; — les noblcb de lettres (patentés) ; — les nobles d'office ; — les noble.-» de cloche ou d'échcvinage , -- los nobles de coutume; — les nobles réhabilités; — les nobles bûtards.
(Cette dernière catégorie de nobles de l'ancien tempt rappelle la seule catégorie de nobles qu'ait voulu faire la Révolution : c'étaient les Enfants-Trouvés, que les pères de 89 et de 93 appelaient les Enfants de la Patrie. Quelle jolie figure ces vilains savaient en tout donner à la patrie!)
La vérité est que tout le monde pouvait prétendre à la noblesse, c'est-à-dire pouvait acquérir le droit de fonder dans sa famille le privilège de servir l'État. C'e€t encore le privilège de la propriété, sauf qu'elle ne l'exerce plus gratuitement.
Et cette modification n'empêche pas qu'on ne tourne fort bien aujourd'hui contre la propriété tous les arguments qui ont servi contre la noblesse. Les gens ne manquent guère à qui ces arguments paraissent trèsbons. — Ils serviront aussi contre les rentiers.
Toutes les manières d'anoblissement ne sont pas abolies, toutes les portes jadis ouvertes pour sortir de roture ne sont pas fermées. Notre Légion d'honneur donne satisfaction aux mêmes besoins, aux mêmes instincts. —
Elle leur est ouverte quelquefois avec justice, quelquefois •ans ombre de raison ni de prétexte.
DE LA nonLESSB. !253
On est décoré pour quelque chose, on Test pour rien, pour moins que rien : pour être chef de bureau, pour être rabbin ou président de consistoire, pour avoir servi dans la presse, pour être académicien, pour n'avoir pu être académicien ; Ton est décoré parce qu'on ne l'était pas. Nobles à volonté !
Le sieur Caron de Beaumarchais était noble, sous l'ancien régime, avant d'avoir écrit. A présent ils deviennent chevaliers de la Légion d'honneur après avoir imprimé. Rien n'empêche d'être chevalier de la Légion d'honneur. Savonnette à vilains universelle!
Mais il y a toujours des vilains, et qui paraissent même plus vilains lorsqu'ils sont savonnés. En fin de compte, c'est l'opinion qui donne, ou plutôt qui constate la noblesse compatible avec les mœurs du temps. « Chevalier, le prince l'a fait noble. Dieu te fasse honnête homme ! Si tu veux être vraiment savonné, savonne-toi toimême! •
tm »l LA NOBIESSI.
▼ lAII NOBLESSE.
VAUT ce« anoblissements, pins ou moins imparfaits, les deux vraies noblesses de la France, TÈglise et les vieilles races, d'accord dans le même sentiment de justice et d'humilité chrétiennes, avaient depuis longtemps anobli toute la nation, moralement et civilement. Les chartes et franchises émanées des seigneurs donnaient aux particuliers autant de liberté civile, aux corporations beaucoup plus de liberté politique que « les pères > de 89 et de 93 ne leur en ont laissé.
Si Ton ne veut chercher que les abus dans les choses humaines, ils abondent. Regardant les murs d'une ville, certains raisonneurs diront : « A quoi pensaient les gens qui ont fait cela, d'entasser tant de pierres pour loger des lézards? » 11 n'est pas rare d'entendre ainsi parler non-seulement les chiens errants, les contrebandiers, les voleurs, les lézards eux-mêmes, mais jusqu'aux bonnes têtes qui vivent derrière le rempart. La noblesse politique a pu donner lieu à beaucoup d'abus.
Cependant on Tavait constituée ou elle s'était constituée elle-même sur les types éternels de la famille et de la société. Elle s'est développée suivant les lois de la nature: elle a, en masse et longtemps, exercé son pouvoir suivant les lois de la religion.
Elle a été, en masse, courageuse, désintéressée, dévouée, protectrice de l'Eglise, nourricière des pauvres, le bras fort de la justice et de la civilisation dont l'Eglise était la tête. Les devoirs que l'Église lui enseignait, elle les a, en général, remplis; les sacrifices que le Christianisme lui conseillait, elle les a faits.
Elle a donné beaucoup de cœurs à l'Église, beaucoup de sang à la patrie; elle a été, après TÉglise et sur ses pas, la tutrice de ce grand et bon peuple de France, encore si grand et si bon. Loin des scandales de la cour et des villes, le peuple disait proverbialement : « Noblesse vient de vertu. » Et la noblesse, la vraie noblesse au cœur chrétien, voulait que vertu sînt de noblesse : « Noblesse oblige. »
Ce qui restait de cette noblesse-là se tenait plus près des champs et des camps que de la cour. Fidèle au roi, elle n'était pas infidèle au peuple. Elle ne le foulait pas, elle ne l'insultait pas. Elle vivait près de lui, quasi pauvre comme lui, lui laissant les gains de l'industrie et du négoce. « On dit d'un homme qui ne fait pas grand'chère
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qu'il est comme la vieille noblesse, que, quand il a mangé sa soupe, il a plus d'à demi diné (1). »
Je suis le très-humble serviteur de la Légion d'honneur certainement! Elle fait beaucoup de chevaliers : chevaliers de bureaux, chevaliers de presse, chevaliers de théâtre, chevaliers de négoce et de manufacture. Je les respecte tous, de tout mon cœur.
Mais j'ai peine à croire que la Légion d'honneur remplace jamais la légion de noblesse, ni dans l'État, ni dans le peuple, ni dans la langue, et qn honorable et ses dérivés soient jamais les synonymes de noble et de ses dérivés.
iiNK»iCT10M DE Lk KOBLI FRANCI.
lÉNi soit Dieu de n'avoir pas donné à la noble France -ces richesses minérales et houillères, comme ils disent, dont il a si richement pourvu le sol anglais 1 Des popula-
* Dictionnaire de Trévoux, 175J.
tiens entières s'y enseveliraient; nous aurions aussi nos cantons peuplés de véritables brutes.
Ses mines, la florissante Angleterre les appelle ses Indes noires, .Sommes et femmes pêle-mêle y travaillent nus. Des enfants grandissent au fond des gouffres sans entendre parler de Dieu. L'esclave païen était moins dégradé que ces enfants de la libre Angleterre.
Dieu n*a pas voulu que la France pût être seulement tentée de pareilles abominations. L'industrie, le plus dur des maîtres, est forcée en France de borner ses ravages, de laisser à la multitude le sain travail des champs, la saine lumière du jour.
É Comme un noble pupille qu'on élève pour de grandes choses, Dieu a mis la France également à l'abri des avilissements du travail et des périls de l'oisiveté. Ni frimas qui l'engourdissent, ni chaleurs qui l'énervent! Elle travaille et elle chante ; sa main conduit la charrue et manie répée...
Elle travaille et elle chante ! Hélas! je pense à la France d'autrefois. Dans ces quartiers-ci la France ne chante plus. Elle est entrée à de dangereuses écoles, et les vieilles chansons ne résonnent plus !
Au temps que Ton chantait en moisson, Ton chantait aussi dans l'église. Les peuples qui chantent encore à
réglise, nos Bretons, nos Alsaciens, chanipnt au miiifB de leurs travaux. Ici réglise n'est plus fréquentée, «t li moisson n'est plus une fét<;.
Les campagnes sont florissantes, Dien remplit les mains des laboureurs. Mais les laboureurs entrent sans allégresse dans la moisson jaunie. Courbés sur ces richesses, il les ramassent avec âpreté, songeant qu'elles ne leur appartiennent pas.
Celui qui ramasse ses propres épis n'est pas content de ce qu'il a; il regrette le salaire qu'il paye à l'ouvrier, il regarde avec amertume la moisson plus vaste du voisin. Ni le mercenaire ni l'envieux ne chantent.
Et celui qui serait content de sa part, inquiet des pensées publiques, s'attriste devant l'avenir. II plante : ses arrière-neveux lui dev/'ontili cet ombrage? Qui aura des arriàre-neveux?
HE lA NOBLESSE. 2f)9
l«t CHÂMTli BE NOBLESSE.
Dites ce que yous voudrez, précieux enfants, de vos pères de 89 !
Les peuples qui chantaient les psaumes tous les dimanches en savaient plus long sur la liberté, sur l'égalité, sur la fraternité ; ils en savaient plus long sur la dignité humaine que vous n'en saurez jamais !
« Enfants de Dieu, louez Dieu ; chantez le nom de Dieu!
« Que le nom du Seigneur soit béni; qu'il soit béni maintenant : qu'il soit béni dans tous les siècles I
f Des lieux oii le soleil se lève aux lieux oii il se conche, le nom du Seigneur est digne de louange !
260 DI LA NOBLEISB.
« Le Seigneur est le roi de tout iei peuplei; sa gloire domine au-desius des cieux !
€ Qui est semblable à notre Dieu? Il règne au plus haut des cieux; il regarde au-dessous de lui tout ce qui est dans le ciel et sur la terre.
c II tire le faible de la poussière, il élève le pauvre du lein de Tabjection.
« Pour lui donner place avec les princes, avec les princes de son peuple ! >
Les hommes qui chantaient ces paroles étaient plus nobles et plus libres que ceux qui lisent Bavin et Bandoulière, que ceux même qui chantent Béranger.
Les peuples qui perdront la mémoire de ces chants retomberont dans l'abjection d'où Dieu les avait tirés ; ils vivront sous l'œil du gendarme, dans les voluptés du cabaret.
La nation dont le cœur ne connaîtra plus la loi de Dieu, et qui laissera la louange de Dieu s'éteindre sur ses lèvres, cessera d'être une nation et deviendra une multitude.
Cette multitude sera divisée contie elle-même. Il n'y tura plus de lien d'amour entre ses concitoyens, et U riche et le pauvre se haïront.
DE LA NOBLESSI
Dieu juste et bon, ne laisse pas périr ta France ! celte France, disait Baronius, qui plus d'une fois a ennobli les annales du genre humaiul
là ROBLK FKAIfCl.
Ik France, ayant été le premier royaume baptisé dans la personne de son chef, a été appelée la Fille aînée de rÉglise. S'étant plus que d'autres montrée fidèle aux obligations du baptême, on l'appelle la noble France.
La Fille a été maintes fois le bras et Tappui de la Mère. Quand Glovis entendait lire la Passion, Tépée de la France frémissait à son flanc. cQue n*étais-je là ! » Qui n*a point cette parole, je ne le crois pas Français. Il vient d'ailleurs.
Le bon Pépin, accourant an secours du Saint-Siège contre les Lombards, avait chassé ces voleurs des pro- Tinces dont ils s'étaient emparés; aussitôt les Grecs, chargés de présents, vinrent le solliciter de leur donner Ravenne et la Pentapole.
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Il le» renvoya, a Je n'ai pas fait celte guerre pijiir t nrenrichir, niais par amour de saint Pierre et afin « d'obtenir le pardon de mes péchés. Pour tout Tor du « monde je ne voudrais retirer à saint Pierre ce qu'il a « reçu de l'épée des Francs. » Qui ne ferait pas comme Pépin n'appartient pas k la noble France. Il est venu d'ailleurs.
La noble France se jette la première aux croisades. Dieu le veut! Et elle ne cherche aucun autre intérêt. Il y a aujourd'hui des Français d'un autre style. Ils disent: Chacun pour soi, chacun chez soi. Mais ce sont des vilains. Ils viennent d'ailleurs.
Quand la politique des vilains monta enfin sur le trône de France, où elle ne voulut plus rien faire que par intérêt, la noble France protesta par Tépée de sa noblesse, par le dévouement de ses prêtres, par les aumônes de son peuple pour la rédemption des captifs.
La France est une noble nation, une nation dévouée parce qu'elle est chrétienne. Tel est son esprit de dévouement qu'il est plus facile de le fausser que de réteindre. N'est-elle plus guidée à se dévouer pour le bien, elle 5e dévoue pour le mal. Se dévouer est son principal intérêt.
'On lui fait faire ce que Ton veut en le colorant de grandeur et de justice. On lui dit qu'elle affranchit les
peuples, qu'elle fait régner la liberté, l'égalité ; et, sans compter, elle donne de l'or et du sang.
Ses soldats laissent aux alliés ou même aux yaincui les villes qu'ils ont prises ; ils rapportent pour glorieux butin des blessures et des drapeaux troués. Sur leur passage, battant des mains, se pressent les citoyens dont les enfants sont morts dans cette guerre et qui en onl payé les frais.
Telle n'est pas la vieille Angleterre, vieille rusée et avare. L'Angleterre achète des soldats et veut qu'ils lui rapportent la somme et les usures. Ce qu'elle a pris, elle le garde ; elle garde même ce que les autres ont conquis. L'Angleterre, jusqu'à ce qu'elle redevienne catholique, est une nation de vilains. — Oui, milords!
Déchue de son ancienne splendeur catholique, la France conserve encore quelque chose de noble; elle est encore la noble France, ne fût-ce que par cette folie dans le dévouement et cette facilité à se laisser tromper. Toi, Angleterre, tu spécules, tu trafiques, tu trompes, tu portes en plein le caractère ignoble de la forfaiture.
Jamais la France n*anrait pu, n'aurait sn comme toi conserver durant trois siècles sous sa dent une Irlande, sous sa griffe une Inde et ta m d'autres peuples oppri-
mes, ne leur demander que de l'or, leur en demander toujours, ne pas leur donner Dieu.
Jamais la France n'aurait voulu, n'aurait su boire tant de sueurs, tant de sang, commettre tant de rapines, se souiller de tant de mensonges, fabriquer tant do poisons. — 0 Angleterre ! le plus vilain des peuples, si tu n'étais le plus hardi des forbans 1
ilt ROBLII ARMOIItllS BB PRANCB.
j'EMBLÊMB de la vieille Angleterre est le léopard, un animal de proie, fort, mais rusé, qui bondit, mais qui rampe. La France avait le lis,
La belle blanche fleur embaumée, dont la forme s'épanouissait sur le chandelier d'or placé devant l'arche de Dieu, spherulaque simul et lilium; la noble fleur qui croît sans travail et ne ramasse point de profits : LUia non laborant neque nent.
La France a bien subi un moment l'oiseau de Louis-
Philippe. J'avoue que c'était un pauvre oiseau! Mais il a peu régné; Taigle est venu. L'aigle fend les airs, et nul autre ne suit son vol ; il a des serres puissantes, il regarde fixement le soleil.
Certes, Taigle est plus noble que le léopard. Dieu, rappelant aux Hébreux Tun des traits les plus mémorables de sa miséricorde, se compare à Taigle : « Je vous ai portés comme Taigle porte ses aiglons sur ses ailes : » Portaverim vos super alas aquilarum et assumpserim mihi.
Le léopard aussi est nommé dans TÉcriture. Il est un des brigands qui dévoreront les pervers : Pardus vigilans super civitates eorum. Il est la bêle aux dix cornes chargées de diadèmes, qui s'élève de la mer pour tourmenter les saints de Dieu : Et bestia similis eratpardo.
La trace de Taigle se perd dans les cieux. Des clôtures rompues, du sang, des ossements rongés, des vestiges de déprédation et de carnage signalent sur la terre la trace du léopard. Les brebis fuient, les bergers pleurent : le léopard a passé.
J'aimerais mieux, cependant, qu'il n'y eût point d'aigle dans nos armes. — Après tout, l'aigle est une béte. C'est la bête de Rome païenne : elle a bien des choses sur la conscience , elle a même quelques aifronts sur I0 dos.
n y a un aigle d'Autriche, un aigle de Russie, môme un
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aigle de Prusse... — La Prusse ne se refuse rien! — Deux de ces aigles sont hérétiques; tous, y compris l'aigle de France, ont été plus ou moins plumés.
Après le lis immarcessible, la France ne pouvait monter qu'en prenant la croix, l'invincible croix qui a chassé l'aigle de Rome et qui l'a remplacée au Gapitole pour toujours.
La noble France se souviendra de son Charlemagne, qui montait à genoux, roi des Francs, les degrés de l'autel de Saint-Pierre, et qui les redescendait, empereur, le globe catholique dans les mains.
Le diable, le déchu, le vilain par essence, saura susciter à la noble France tant d'ennemis de sa fabrique, qu'elle se souviendra de Constantin, de Glovis, de Char* lemagne, de saint Loui&.
Elle se couvrira du Labarum : In hoe signe vincet. Grand jour dans Thistoire du genre humain! Les plumes tomberont de l'aile des aigles hérétiques, et le léopard anglais sera pelé comme le lioH de Néerlande.
Et tant de peuples encore asservis et serviles, qui gémissent sous le fouet dans Tombre de la mort, verront accourir la France et le baptême, et recevront la liberté •t la noblesse de Jéins-Christ.
lit chanteront d'une grande voix. Les yeux toumei
vers la noble France, envoyée de saint Pierre pour les engendrer à Dieu, ils chanteront: Béni soit celui qui vient au nom du Seigneur!
Un cri si joyeux ne s'éleva pas des catacombes après la première victoire de la croix ; seul, l'éternel hosanaah des cieux stra plus vibrant de reconnaissance et (Vamour.