LIVRE XIII
aNB SAMARITAINE
Si si'iTes donnm Dti, JoAM., cap. !▼.
(Salon au faubourg Saint-Honoré.) U MARQUISE.
lEhsoNNE? Esl-c« que le comte n*a pas touIu
attendre?
FLORENCl.
Il n'est pas venu, madame.
u MARQUISI.
Il n'est pas venu?
270 UlfE ïAMARITAINIi
FLOHE.NCE.
Non, madame.
LA MARQUISE
On aura dit que je ne recevais pas... Vingt fois on a fait celle sottise.
FLORENCE
Madame la marquise peut être sûre...
LA MARQUISE
Laissez-moi. (Florence son.) Il était plus empressé avant ce voyage. Que s*est-ildonc passé dans son cœur? Quoi! il s'en va désespéré, et après trois mois il revient indifférent! (Elle sonne.) Ce sont les femmes qu'on accuse d'inconstance! (a Florence.) Eh bien?
FLORENCE
Madame a appelé ?
LA MARQUISB.
Que vous a-t-on dit à la porte?
FLORENCE
Madame la marquise ne m'avait donné aucun ordre.
LA MARQUISE
Vous n'avez pas demandé si Ton a renvoyé le comte?
FLORENCE
J'ignorais...
LA MARQUISE
Vous ignorez tout. Dites qu'on le renvoie... Non... Dites qu'on le reçoive. (pforen«esort.) Je lui avais indiqué trois heurea; il en est quatre. C'est de la fatuité. Il n'é-
UNE SAMARITAINB. 971
pas fal pourtant, ni habile. Toute son adresse était ^de me laisser voir naivement un cœur admirable et de s'affliger avec une sincérité parfaite quand je voulais trop l'affliger. Pour prendre moi-même le temps de la réflexion, je lui conseille un jour d'aller en Bretagne conter sa peine aux rochers ; il part. Pouvais-je croire que trois mois l'auraient consolé? Je ne le tiens pas quitte, et je veux au moins des explications, (on eoiend une toiture.) Est-CB lui?... La baronne l... Quel contretemps !
LA BARONNB
Devinez qui je viens de voir?
LA MARQUISE
Votre mûri?
LA BARONNE
C'est bien plus rare ! Un embarras m'arrête devant Saint-Roch, et j'aperçois le comte qui monte gravement l'escalier. Certains bruits me reviennent en mémoire. Je veux voir ce qu'il va faire là ; je fais arrêter et j'entre après lui dans l'église.
LA MARQUISE
Il y avait quelque cérémonie ?
LA BARONNE
Pas un bedeau! Le comte s'avance jusqu'à la chapelle du fond, s'agenouille, prie, s'assied, lire un livre, se met à lire. Il y est encore.
LA MARQUISE
N'est-ce pas une petite mode royaliste?
27S uns samàritairi.
LA BAROnilE.
Pardon! on te aux grands prédicateurs: on entend, le dimanche, la messe d'après midi. Mais s'agenouiller dans une église déserte, à l'heure de la promenade, lorsqu'il fait beau, ce n'est plus mode, c'est dévotion.
LA MARQUISB.
De sorte qu'il est dévot ?
LA BARONNE
Tout de bon, cela se dit, et vous verrez qu'il en t l'air.
LA MARQUISE
Il a Tair d'un homme de mérite, ce pauvre comte.
LA BARONNE
Moi, je le trouve encore très-bien. Cependant, de l'avis de tous ceux qui l'ont revu, ce n'est qu'une relique. Il s'est converti en Bretagne, d'où il arrive. A peine le rencontre-t-on. Il parle peu, ne pense qu'à son salut. Tout le monde croit qu'il prendra les Ordres, et que, ne pouvant supporter le spectacle de nos corruptions, il ira s'enfermer dans une chartreuse ou prêcher les sauvages.
U MARQUISE
G*est la légende.
U BARONNE
Elle est attendrissante. Savez-voos la cause de ce changement merveilleux ?
LA MARQUISE
La cause ordinaire, je suppose : une passion ?
LA BAIIOMSE.
Justement. Il adorait une danseuse.
LA MARQUISE
Lui!... Ohl non.
LA BARONNE
Remarquez qu'il ne met plus le pied dans un théâtre. La danseuse Taimait aussi. Néanmoins, quoique le comte ne manquât point de magnificence, elle avait de grands frais de costume, et... elle se rattrapait sur la quantité.
LA MARQUISE
Qaelle horreur 1
LA BARONNE
C'est l'usage. Elle ne croyait pas mal faire. Le comte apprit tout et rompit. La danseuse , vraiment éprise, courut après lui. Il lui ferma la porte : elle s'empoisonna.
LA MARQUISE
Pauvre fille! Je pense qu'on lui fit prendre un voloitif ?
LA BARONNE
Vous riez ; mais rien n'est plus vrai : je le tiens d'un ami du comte. Croyant bien mourir, l'infidèle demandait h grands cris son amant, afin de le voir une dernière fois et d'être pardonnée. Il vint et pardonna. Plus tranquille alors, elle se laissa soigner et...
274 URK SAMARITAIIIB.
LA MARQUISE
Et reprit les affaires.