LIS RUINES DU COUVENT
ALHEUREusEMENT, îci comme ailleurs, Tingralitude ne s'est pas contentée de maudire ; elle a écrasé. A Tréguier, dans une solilude au bord de la rivière, sous de vieux arbres, il y avait un couvent de Capucins. Quelque chose en est resté. C'était un bâtiment petit et humble. Pour l'enfant de Saint-François il suffit que la cellule soit un peu plus grande que le cercueil; il n'y faut pas de place pour les meubles, ni de coffre pour serrer les trésors ou les vêtements. La richesse du couvent consistait en beaux espaliers; on les a conservés, et leurs fruits se vendent aujourd'hui plus cher qu'au temps où les capucins les récoltaient. Quant aux fruits de science et de piété qui mûrissaient dans le silence de ce modeste asile et que les religieux allaient eux-mêmes, pieds nus, répandre dans les campagnes, l'abondance en a diminué ; bien des pauvres âmes les attendent qui ne les recevront pas.
A l'exception des temples, cirques et théâtres du paganisme, l'aspect de toute ruine serre le cœur, parti-
culièrenient la ruine d'une église, d'une abbaye, d'un couvenl. Pourrait-on contempler sans regret, sans colère même, une belle moisson ravagée et foulée aux pieds par un ennemi qui aurait fait cela uniquement pour se donner le plaisir de la destruction ? Mais combien ce sentiment serait plus amer et plus poignant si, sur les bords de ces champs ravagés, l'imbécile population qu'ils nourrissaient venait s'applaudir de n'y plus voir que des ronces où pulluleront les vipères ! Mille fois j'ai senti la pointe de cette douleur indignée. Mille fois, au milieu de ruines semblables, j'ai constalédans les déprédateurs et dans les victimes, qui souvent ne se distinguent pas, l'orgueil et la joie de ne trouver plus que des ronces et des reptiles sur la terre qui portait jadis des moissons! A Tréguier ce crève-cœur me fui épargné. On ne se réjouit pas de l'heureuse catastrophe qui a remplacé une communauté d'hommes savants et religieux par une famille de paysans ignorants, et un couvent par une pauvre ferme.
Je foulais avec respect cette terre déshéritée, maintenant dure et âpre à ses propriétaires, inhospitalière à l'étranger. J'évoquais les anciens possesseurs, dont plusieurs générations dorment dans quelque coin cultivé en légumes. Et qui sait si les premiers acquéreurs, les acquéreurs nationaux, les « libérateurs, » ne se sont pas fait un plaisir de profaner le cimetière en y installant les êtables et les écuries? Car ces hommes étaient d'une race qui sent le besoin de multiplier les crimes et qui en fait beaucoup d'inutiles, par pur plaisir. Ils aimaient à établir des comédiens et des prostituées dans les églises
qu'ils ne démolissaiont pas. Où était située la poiite église de ce couvent? Il n'en reste plus trace. N'importe ! Je la relevais et je la repeuplais. Je voyais, au milieu de la nuit, les religieux quitter leur dure couchette et se rassembler dans le lieu saint pour chanter les louanges de Dieu; je les entendais psalmodier les divins cantiques; il me semblait voir ces pacifiques visages, cette noble bure, celte pauvreté contente, ces beaux pieds nus, déchirés sur les chemins où ils font marcher avec eux tous les biens de l'Évangile, la lumière, le pardon, l'espérance, la paix! Et je voyais aussi l'indigence ei la douleur qui venaient frapper à la porte et qui s'en allaient secourues et consolées , et le remords qui se traînait avec son poids de honte et de désespoir, et qui, transformé et transfiguré, devenait le repentir et s'en allait tout rayonnant de ces larmes dont se compose la couronne des élus. Sans doute il faut que rien ne puisse échapper à la haine du méchant et à la fureur de l'ignorant, puisque ces doux enfants de Saint-Fi'ançois nedésarmentpasl'un et n'ouvrent pas les yeux de l'autre. Mais quoi ! tel est le caractère de la méchanceté et de l'ignorance : ce qu'elles ont moins sujet de haïr, c'est ce qu'elles haïssent davantage.
Après ces grandes destructions dont il reste tant de traces, la méchanceté et l'ignorance ne sont pas assouvies ; elles voudraient recommencer. Tout n'a pas péri, c'est assez pour qu(' leur passion se croie frustrée et rugisse encore. De misérables fanatiques, des écrivains, des hommes qui foni des phrases, des cafards qui se disent les amis du peuple et les défenseurs de la liberté.
hurlent de haine parce qu'ils ont aperçu la robe d'un capucin ; et ils ramassent et vomissent avec une frénésie impudente tous les criminels mensongjes qui mettent la torche et le couteau dans la main des ignorants... Ne nous plaignons pas trop toutefois, et voyons les choses par tous les côtés. Puisque enfin ce grand arbre de l'Eglise n'est pas déraciné, et qu'au contraire ses rameaux les plus cruellement frappés renaissent sous la hache et que pas un n'a péri, il est clair que tous les déprédateurs et tous les hurleurs édifient à leur manière une démonstration de la divinité du catholicisme. Certes, nous n'en respecterons pas moins la famille de saint François parce qu'elle est un de ces Lazares que le Christ se plaît à tirer du tombeau 1
LE DERNIER MOINE BE SAINT-AUniW.
L'abbaye de Saint-Aubin était riche. Quand vint la Révolution , les moines n'émigrèrent pas. Ils étaient peu nombreux et ne remplissaient qu'une aile de leur vaste monastère, où les cellules se suivaient, toutes ouvertes sur le même corridor. Une nuit d'hiver , les
révolutionnaires firent invasion chez ces pauvres religieux trop confiants. Sans autre forme de procès, ils les massacrèrent, à Texception d'un seul, le plus jeune, qui, occupant la cellule la plus éloignée, put échapper avant qu'on arrivât jusqu'à lui.
Lorsqu'il eut fait quelques pas hors de la clôture, ce jeune religieux pensa qu'on le trouverait aisément et que ce n'était pas la peine de fuir ni de conserver sa vie. 11 se mit à genoux, attendant les assassins. Cependant les assassins ne vinrent pas. Au bout de quelques heures, saisi de froid et tourmenté par la faim, le moine se releva et se mit tranquillement en quête d'un refuge. Il trouva une chaumière dont les habitants le tinrent caché tout le temps de la persécution. Quand il y eut un peu de sécurité il revint à l'abbaye. Depuis la nuit du massacre elle était déserte, défendue parla terreur; personne n'y avait osé entrer. Le religieux trouva les restes de ses frères à la place où les assassins les avaient laissés. Il leur donna la sf^pullure. Ensuite il s'établit dans sa cellule. 11 vécut \h de longues années, avec quelques anciens serviteurs, revenus comme lui. Il faisait les offices monastiques et se considérait comme seigneur et maître de tous les domaines que la communauté n'avait pas régulièrement et volontairement aliénés. Quand on chassait dans la forêt sans sa permission, il protestait contre cette usurpation de son droit de propriété. Gus^ tave, étant encore jeune garçon, le vit en ce temps-là. Le dernier moine de Saint-Aubin était un homme d'aspect sévère, qui parlait peu, et que l'on voyait encore plus rarement sourire.
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Un soir, deux voyageurs, surpris par an effroyable orage, se réfugièrent à Tabbaye. Le moine, averti par ses serviteurs, vint au-devant d'eux et leur rendit en personne les devoirs de Thospitalilé , comme il avait d'ailleurs coutume. L'un des deux voyageurs était un homme d'un certain âge, d'assez mauvaise figure, et qui paraissait préoccupé et presque craintif; l'autre était son fils, garçon de vingt ans. Après qu'ils eurent bu et mangé et qu'ils se furent réchauffés auprès d'un bon feu, le père parla de reprendre sa route. L'orage continuait; le religieux leur conseilla de passer la nuit. C'était l'avis et le désir du jeune homme.
« Mon père ne voulait pas entrer, dit-il en souriant; il craignait un mauvais accueil, et c'est presque malgré lui que j'ai heurté à la porte de l'abbaye.
« — Il est vrai, reprit l'autre, et je suis très-reconnaissant de la bonne hospitalité que l'on nous donne. Néanmoins je ne voudrais point passer la nuit ici. »
Il avait l'air contraint et eftaré, et balbutiait avec effort plutôt qu'il ne parlait. Le moine insista.
« Vous ne gênerez point, dit-il, nous avons des chambre vides. On a fait de la place ici. Sous la Révo- JutioD...
« — Oui, oui, se hâta d'ajouter le voyageur, j*ai entendu parler de cela. Mais l'orage a cessé, nous pouvons partir... »
Un coup de tonnerre et le bruit furieux du vent lui coupèrent la parole. Il pâlit. Le moine le regarda avec attention,..
c Vous entendez, mon père, dit le jeune homme ;
que deviendrons-nous sur les chemins par ce temps et à cette heure?
« — Quelle heure est-il donc? » dilThomme, de plus en plus pâle.
En prononçant ces mots, il tira machinalement sa montre. Le moine étendit la main et prit avec une sorte d'autorité cette montre, qu'il croyait reconnaître. C'était celle qu'il avait laissée dans sa cellule en fuyant les assassins.
Il la rendit sans manifester aucune émotion.
« Restez ici, dit-il au jeune homme. Couchez-vous et reposez tranquillement dans ce lit, qui fut celui du dernier abbé de Saint-Aubin. Vous, ajoula-t-il en s'adressant au père, venez avec moi; j'ai une autre chambre où peut-être vous pourrez dormir. »
Il parlait d'une voix si grave et d'un visage si imposant, que l'homme à qui il s'adressait se leva, prêt à lesuivre, sans objecter un mot. Le moine le conduisit .^ l'extrémité du corridor, dans sa propre cellule, celle d'où il avait fui la nuit du massacre.
« Ici, dit-il au voyageur, le repos pourra vous être moins difficile... il n'y a pas eu de sang versé. »
L'homme tomba à genoux. Le dernier moine de Saint- Aubin lui donna sa bénédiction.
« Dormez, mon frère. •
£t il le laissa.
FA.TAAG1
tous sortons de Tréguier par le petit pont de fil de fer, nous passons près des ruines de la maison de saint François; nous gravissons une côte qui n'est point trop dure, par un petit chemin étroit où ne manquent pas les mûres sauvages, et nous voilà bientôt à Plougueil. De là, à travers les champs tranquilles et les paysages doux et un peu monotones, nous suivons la route qui monte vers Plougrescant, au fin bout de la terre de ce côté-là. Parvenus à la vieille chapelle de Saint-Gonery, qui a une si belle tournure sans que Ton puisse dire pourquoi, car toute figure architecturale lui manque, nous tournons à gauche. Ici le grand charme commence. Il ne se peut rien de plus rustique, de plus sauvage que ce chemin qui va vers Kergreach, lieu haut. Qu'y a-t-il donc de charmant? Je ne sais. On ne voit que de pauvres murs en pierres sèches, des champs, de très-humbles maisons très-éparses. Cependant le charme est profond. Peut-êtr^ rayonne-t-il au loin de ce manoir que nous ne voyons pas encore et que rien ne fait deviner ; car on croirait arriver à quelque petite ferme du pays. Mais nous savons bien que nous allons à Kergrée, ce Kergrée dont ne parle
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froidement aucun de ceux qui l'ont vu. Voici quelques jolis arbres : ils semblent s'être arrangés d'eux-mêmes pour former une avenue, sans qu'on les en ait priés, par pure bonne grâce. Il leur a plu de se disposer ainsi pour mieux recevoir les hôtes ; on les a laissés faire, comme les buissons, comme le reste. La nature a fait ce qu'elle a voulu ; on lui a donné toute liberté, parce que c'est une bonne nature, dont la liberté ne produit point de ronces ni de mauvaises herbes, ou du moins n'en produit pas plus qu'il ne faut. Après tout, la ronce est bien à sa place ; c'est une fleur, c'est un fruit, c'est un rempart; et l'herbe est un tapis qui s'étend sous vos pieds et qui repose vos yeux par la variété de ses ornements.
Nous avons franchi la porte, nous voici dans 'la cour. Où donc est le manoir? Nous ne le voyons toujours pas. Il est là, derrière ce figuier planté au milieu de la cour et qui forme à lui tout seul un vaste bosquet de verdure veloutée. Le figuier de Kergrée est probablement le plus beau de la Bretagne. On dit qu'il y en a un autre, à Quimper, qui peut soutenir la comparaison. Mais j'ai vu des gens de Quimper qui avaient vu le figuier de Kergrée ; ils n'osaient plus dire que celui de Quimper est le plus beau. Tel devait être le figuier que les envoyés de Moïse trouvèrent près du torrent de la Grappe de Raisin, au delà d'Hébron, et dont ils rapportèrent des fruits au camp d'Israël pour faire connaître la fécondité vigoureuse de la terre de Ghanaan : Et (U ficis loci illius tulerunt. Nous avons fait comme les envoyés de Moïse, et, dans le panier de figues que nous
rapporlAmes h TrAgiiier, nous ne IrouvAmes point le m(M:ingc dont parle Jérémie. Toutes nos figues de Kergrôe élaieiit bonnes et très-bonnes, /icus bonas , bonas valde.
Eniin, derrière ce merveilleux figuier, nous vîmes le seuil de ce doux manoir. Une vieille maison de granit, sans ornement, pas grande, mais de la physionomie du monde la plus aimable dans son austéiilé, parée de jasmin, de chèvrefeuille et de capucines. Elle tourne le dos à la mer et regarde de côté son jardin, qui se développe dans le plus gracieux pêle-mêle de gazons, de parterres, de vieilles charmilles, d'arbres à fruits et de grands arbres.
Je ne connais rien de joyeux, d'honnête, de grave, d'élégant, de simple, de soudain, comme cet ensemble de Kergrée. C'est une solitude parfaite et vivante ; tous les aspects sont doux, et, dans leur grâce, plusieurs sont grandioses. On est à la fois dans le fond des terres et sur le bord de la mer. La mer est assez loin pour ne pas incommoder, et on l'a chez soi. Il y a une si heureuse disposition d'anses et de collines, que ce terrible vent de mer, qui coupe et rase tout, ne fait ici aucun ravage et ne donne pour ainsi dire que sa formidable voix.
A quelques minutes de la maison, sur un promontoire vert, un bois de clairs-chênes s'élève en panaches de cinquante coudées. De là, assis sur qu^que bloc de granit revêtu de mousse, nous regardions la vaste mer, semée d'îlettes el de hauts rochers qui semblent des forteresses en ruine. Le vent caressait nos fronts, agitait
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les feuillages et gonflait les voiles des bateaux pêcheurs. Du côté de la terre nous entendions battre le blé dans la ferme voisine; autour de nous les oiseaux chantaient, les enfants poursuivaient les papillons et poussaient des cris joyeux ; et nous, portant jusque dans cette splendeur et dans cette allégresse l'inévitable poids de la vie, nous rappelant les rires qui s'étaient éteints au milieu de l'aurore et les fleurs fauchées entre deux printemps, nous disions que cependant Dieu est doux et clément pour le pauvre cœur de l'homme, et que son ciel sera beau.
Aimable maison de Kergrée, maison hospitalière si simple, si pure, si belle, radieuse fleur de ces champs, de ces rochers, de ces rivages, bénie des pauvres et bénie de Dieu, que tes humbles prospérités ne finissent pas; que celui qui t'habite ne te quitte que plein de jours, pour habiter une maison meilleure encore ; et qu'il te laisse à son fils ; et que les fils de ses petits-fils te laissent à leurs enfants; et que toujours le maître de Kergrée soit, comme aujourd'hui, l'ami de Dieu qui repose sous son figuier, sans avoir aucun ennemi à craindre : Et sedebit vir subtus ficum suam^ et non erit qui detemat l
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YII
• 0UVI1VII »| JlUIflISB.
ous errioDfl sans boussole à traren le gvérei : Un vent maussade et court soufflait par intervalle; Sur le ciel barboteux un voile gris courait; Le soleil se couchait dans un lit assez sale, Jaune, et comme ennuyé des lieux qu'il éclairait
Par-ci par -là bâillaient des semblants de ravines : De ci de là jetés, des semblants de collines Nous cachaient l'horizon, les arbres, les clochers; Pour nous cacher la mer, des semblants de rochcri Dans le lointain formaient des semblants de ruines.
Ils ne finissaient pas, ces traîtres de g^uérets ! Harcelés des ajoncs et cinglés des fougères. Nous n'avions plus l'esprit aux paroles légères : Le plus gaillard de nous, le plus ferme en jarrets, Semblait un lieutenant qui garde les arrêts.
Tout à coup, au détour d'un talus de poussière. Nous vîmes apparaître un toit bas et penché ; Deux ormes rabougris, d'aspect patibulaire,
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Décoraient ot séjour, où le seigneur Péché Devait faire ménage avec dame Misère.
Des guenilles séchaient, éparses sur le seuil; Quatre moutons pelés grugeaient une herbe rare; Trois canards efflanqués maigrissaient dans la mare; Dans son auge un porc gris furetait, roulant l'œil De Tair d'un croque-mort qui remue un cercueil.
Une femme parut, plus blôme et décharnée
Que la reine du bal en habit de matin.
Un jupon d'aventure, un caraco déteint.
Moins que suffisamment couvraient sa peau ttmée;
A ce coup je crus voir la misère incarnée.
Sur quelque pierre assis, non loin de sa vilîa. L'homme nous regardait d'une attitude flère. Pour savoir le chemin l'un de nous le héla. Sans nous dire bonsoir et sans quitter sa pierre, Tournant un peu la tête, il répondit : « Par là. »
Nous, cependant, piqués de ce genre farouche. Nous voulûmes un peu prolonger l'entretien. Le lieu, le ton, les gens, tout nous paraissait louche; « Brave homme, obligez-nous d'un esprit plus chrétien; « Les mots trop à regret sortent de votre bouche !
« Par lày ce n'est pas clair... Les chemins sont mêlés : « Mettez-nous sur la route, et vous aurez pour boire. » Il parut réfléchir. « Tandis que vous parlez « Le jour tombe; bientôt ce sera la nuit noire. « Vous n'avez plus affaire à vos chemins sablés.
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« Et vous pounrler donner en quelque fondrière ! •
Ces mots firent effet sur notre peloton.
D^j.'i nous n'étions plus de façon si guerrière.
L'homme, silencieux, prit en main un bâion
Et marcha devant nous. Longue fut la carrière!
Nous arrivâmes lard, par un ciel obscnrci.
L'homme avait du chemin pour rentrer à son bouge.
• Ami, la course vaut un écu : le voici. »
Mais lui, se redressant, le visage un peu rouge,
La voix calme, nous dit : « Jeunes gens, grand merd !
c J'ai ce qu'il faut de pain et d'eau dans ma demeure, « Le Maître que je sers me pourvoit assez bien. « Mais, vous ayant parlé brusquement tout à Iheure, « 11 fallait vous montrer un esprit plus chrétien. « Je suis content. Bonsoir. » Il partit. Que je meure
Si j'avais eu jamais pareil étonnement!
L'homme nous parut fou sur le premier moment; Nous rentrâmes au giie en éclatant de rire. J'ai réfléchi plus tard. A présent je puis dire Que ce fut en ma vie un grand événement.
Ainsi Dieu, pour m'instruire en cet âge fragile. Fit briller devant moi la vertu de son nom. Ce pauvre satisfait de son lugubre asile. Ce pauvre pénitent, qu'élait-il donc, sinon Un éloquent témoin du divin Évangile?
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