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LA CROIX

Affamé d'être heureux, J*aî, d'une ardeur profonde. Fatigué mon esprit et mon âme lodgiempîi. Demandant le bonheur aux succès éclalants, Aux hommes, ài'amour, à la fortuoe, au mond«.

J'ai trouvé les succès et l'amour inconstants; Les hommes sont divers et fuyaats comme l'oude : Sur eux ou sur soi-même insensé qui se londe! Le monde et la fortune oni des doos reliutanta.

Trop tard je me tournai vers l'ordre légitime :

Le bonheur était là, fruit de la vie intime.

Il m'apparut ; la mort prit soin qu'il durât peu.

> Imité de Silvi» Pellit:

388 LA CAMPAGNR,

Quand j'eus fait et refait ce cercle de souffrance, Je vis qu'en la croix seule était mon esp^'rance Et j'embrassai la croix, et je sentis mon Dieu.

FRÈRR iEAm

Lorsque fentraî dans la cellule.

Le frère Jean était sans voix ; On lui lisait quelque formule, Il baisait doucement la croix.

Ses grands yeux conservaient leur flamme. « 0 Seigneur! pensai-je à part moi, « Vous éteignez cela! Pourquoi « Sitôt nous retirer cette âme?

« Sa science aux paroles d'or,

« Sa foi, son cœur, que ce trésor

t Encor quelque temps nous demeure! »

Jean sourit et me prit la main.

« Dieu, me dit-il, sera demain ;

« Et qu'importe qu'un moine meure . »

Un long hiver allait flnîr :

Déjà la bise élaii moins forte; Le premier souffle du zéphyr D'avril entre-bâillait la porte ;

II ramenait l'aimable escorte Du printemps vert, prêt à fleurir; On voyait le lilas s'ouvrir, Lorsque notre Isabelle est morte.

Le ciel aussitôt se voila; De nouveau la bise souffla.

Glaçant la terre moins parée; Tout le printemps fut assombri.

Avril manqua dans la contrée»

Kt les lilas u'ont point fleurû

I8AIKLLB.

390 LA CAMPAGIIK.

N te voyant, Rose-Marie, Un artiste brillant et sûr- Des anciens maîtres de rumbrift A retrouvé le style pur :

Voici qu'il peint une prairie.

Un églantier, un ciel d'azur,

Là, sous les branches eniperlées, Une fille de dix-huit, ans Sourit, mais grave en son printempa.

Comme les douleurs consolées ; De pâles fleurs sont enroulées Dans ses cheveux demi-flottants.

Ses deux mains sont jointes. A peine Ses pieds courbent le gazon fia; Son vêtement de blanche laine Semble voiler un séraphin ; Ses yeux sont au ciel ; son haleine Monte vers Dieu, sa seule fin.

BOSI-MARIB.

Elle est calme et pourtant pensive; Mais, tout le ciel en est témoin, Ce qui lient sa pensée active, Ce n'est pas on terrestre soin :

Son oreille écoute, attentive.

Des eoBeerts qui viesnent de loin.

« Oh! qu'elle est humble en sa lumière ! « Oh ! qu'elle est deucc en son ardeur 1 « Dit-OB ; l'artiste avec ferveur (( A peint l'ange de la prière. »

Et lu le crois ; et la candeur Fail sourire et pleurer ta mère.

XTII

L*iPfVlB.

La pâle jeune Teuve, attendant d'êtremère, Amante encor, pleurait; mais, parfois souriant, Sous le poids de la vie ei de la mort pliant. Elle disait : « Mon deuil aussi n'est qu'éphéiuère. »

Celui que par amour elle appelait son père

Voyait ce cœur blessé se raffermir vaiilant.

Un jour ellehii dit : « Dieu montre à ma (>rii.M-e,

• Soui un browillard de pleurs, mon soleil plus brillant. »

EIlo ajouta : « Le choix m'est donné do la tombe Ou du berceau. L'amour sur l'un el l'autre tombe, Dieu choisira pour moi; l'un et l'autre rn'esl doux. »

Un bel enfant naquit. 0 fête douloureuse !

Elle dit à l'a'ieul : « Je m'en vais bien heureuse :

Je vous rends votre fils; Dieu oie rend mon époux. »

XIY

La sonate en la NlJEWft.

OBiMB un rayon de jour dans l'abîme tremblant, Comme un rêve dernier, cher et suprême leurre. Comme un ami pieux qui pour consoler pleure, Et qui craint de blesser encore en consolant;

Aussi triste que nous, mais à ce deuil mêlant Un accent résigné que l'espérance effleure, Ainsi de nos adieux Mozart adoucit l'heure. — J'emportai cette tleur cueillie en m'exilant.

Elle n'est point flétrie. En mon âme apaisée. Elle vit; ses parfums sont les mômes toujours. Elle embaume toujours ma douleur accoisée.

LA MUSIQUE ET LA MER. ùO'S

Si ce n'est toi, Mozart» qui sait de tels discourt 7 Dans les aridités dont je suivais le cours Qui pouvait sur mon cœur verser cette ros^I

XY

ISABBLLI.

yuELS rires ingénus éclairaient son visage, Souvent grave pourtant, mais jamais assombri/ Lorsqu'on parlait du bien, quels éclairs de courage Lorsqu'un malheur passait, quel regard attendri !

Comme elle avait l'esprit léger et non volage ! Comme elle sut à Dieu garder son cœur meurtri î Caractère de sainte et beauté de péri, De dons et de vertus ravissant assemblage!

Nous avons vu ces traits, par la grftce formés, Pâlir sans se flétrir, et ces yeux animés Dans les larmes briller de flammes plus profondes.

La mort la laissa belle, et défît, seul affront,

Ses beaux cheveux ondes, que l'on vit de son front

Ruisseler sur son corps en deux cascades blondes.

.'j94 la campagne.

LA SYMPHONIE PASTOIALK.

ET âpre Beethoven, cet indompté génie, — 0 mystère des champs ! ô mystère de l'art ! — Le voici qui prodigue en trésors d'harmonie La candeur de Ha^den ei le fevr de MozitrU

Il a vu les prés verts et Taubépine fraîche; Le vent de mai distrait le farouche songeur. II écoute, il soupire, et dans ses yeux il sèche Des pleurs, tout étonnés de sortir de son cœur.

Il chante. — Est-ce bien loi ? Ce cœur froissé respire! Les acres désespoirs un instant sont bannis, Tout à l'heure son chant tranquille va sourire Comme les cris joyeux qui s'élancent des nids.

Quel murmure charmant, et noble, et vif! La brise Ne se rend pas plus douce au liseron vermeil,* L'atome bourdonnant, que la lumière irise, Moins allègre se baigne aux rayons du soleiL

Chères œuvres de Dieu, belles fleurs, doux ombrnjre?».

Calme rempli de vie el de chastes senteurs,

Ciel pur et bienfaisant même dâDs tes orajjes.

Ruisseaux clairs, chemins creux, buissons, oiseaux chanleurtl

Vous inondez de paix son âme rajeunie ; Vos langages divers, tous ensemble écoutés. Sur sa l^vre vibrante étei<,nricnl Pironie; Il n'est plus que l'écho de vos simples beautés,

Si quelque note encor trahit sa vieille plaie, L'apaisement s'y peint plutôt que la douleur. Tout rit autour de lui, l'eau, le bois et la haie; 11 veut prendre sa part, il veut croire au bonheur.

Le flot vient caresser les glaïeuls du rivage; Détachons la nacelle et suivons le courant. Que ces bords sont charmants dans leur douceur sauvage! Que le jour, à travers ces voûtes de feuillage. Verse un calme enivrant!

Ses avirons, sans voile, à la brise docile, L'esquif s'en va tout seul, par le flot gouverné. Tu nous as fait, mon Dieu, le bonheur si facile! Et nous le poarsuLvoas d'une ardeur iokbéciie^ Quand tu nous Tas donné...

Inénarrable chant des saintes solitudes, 0 silence sacré qui règnes en ces lieux!

Nous faisons pour parler tant de vaines ^tudes^ Toi, lu remplis le cœur de douces quiétudes, Silence, chant des cieux !

Le bonheur, c'est l'oubli de soi-même et du monde. Heureux qui sait se taire en attendant la mort! Heureux qui ne veut rien que l'ombre plus profonde ; Qui, regardant les cieux, laisse la brise et Tonde Le mener dans le port !

Soi-même se choisir une roule, folie!

Dieu, si nous l'en prions, le fera mieux pour nous. Vous qu'à ces humbles lieux un son propice lie. Où sauriez-vous trouver rive plus embellie, Air plus pur, chants plus doux ?

Écoutez, écoutez! sous la feuillèe épaisse, Écoutez cet oiseau qui gazouille sans art : C'est le printemps en fleur, la joie et la jeunesse; Cest l'hymne de l'amour, c'est un chant d'allégresse Que n'a peint su Mozart.

Tout s'émeut; tout répond : la nature, ô merveille! Partout silencieuse, a partout mille voix; Un immense concert de tous côtés s'éveille ; Tout y fait sa partie, et le vent et l'abeille, El la plaine et les bois.

Mais tout ce bruit divin me laisse encore entendre Le calme battement de mon cœur adouci ; Là, pour bénir le Ciel, chante une voix plus tendre.,. Ne laisse pas, Seigneur, le monde me reprendre; Fais que je meure ici !

Loin de toi j*ai trahi mon ftme désolée; Tout breuvage est amer, tout chemin périlleux ; Tout est mensonge au cœur : par i>nvie harcelée, La gloire avec effort bâtit un mausolée Pour Vœï\ des curieux.

La gloire, éclat d'un jour que la foule insultante Promet, donne, retire au faible comme au fort! Ce perfide hochet, qu'on méprise et qui tente. Dans l'horreur du néant met l'horreur de l'attente. Et tourmente !a mort.

Mon âme pour toi seul, à tes pieds revenue. Murmurera des chants par toi seul inspirés; Ainsi chante pour toi la nature ingénue. Et tu me donneras une tombe inconnue Dans ces lieux ignorés !

Heureux, Seigneur, les morts! Tu haignes de rosée Leurs ossements bénis qui renaîtront plus beaux; Sur eux, comme ton sceau, ta croix sainte est posée. Ton soleil, échauffant leur cendre reposée, Fait chanter les tombeaux.

Pendant qu'il rêve ainsi, triste sans amertume. L'esquif aborde. — Il voit des visages joyeux, 11 reste ; à ce tableau son regard s'accoutume. Et l'aspect du bonheur ne blesse plus ses yeux.

39S LA càipague.

Ce. sont les villageois : on veut dinser sur Therbe. « En place, l>rave8 gens, je «ul« ini'.n^.tr'wr î « Je sais un air de danse à loui rompre, superbe, a Fait pour des cœurs conl''nl8 cl des Jarrets d'acier.

a Allons ! Fritz et Lisbelh, et Mathurin et Fiose, X Jeanne, Guillaume, tous, quon se tienne les naaios! « Voyons si je m'enteads au ballet : — une chose « Que je n'essayerais pas pour le roi des Romaijiâ !

c Savez-vous, braves gens, quelles sont leurs folies « Là -bas? Dans leurs plaisirs, de l'honneur délestés, « Il leur faut des langueurs et des mélancolies! « Nous saurons mépriser ces lâches voluptés.

« Allons! le cœur au large et le poing sur la hanche; « Sans mêler aux chansons des soupirs irritants, « Dansons d'un pied solide et d'une allure franche; « Dansons en gens de bien qui prennent du bon temps,

« En avant! Un, deux, iroisî Ah! bravo! le sol tremble! « C'est cela, mes amis! Du talon! Et toujours! « Un, deux, trois! Orphéus n'a pas fait, il me semble, « Mieux danser les forêts, les rochers ni les ours. »

Bons danseurs! Chacun d'eux, essoufBé, recommence : Un, deux, trois ! Que cet air leur paraît engageant! Encore! Voilà bien, je l'espère, une dîsrise! La sueur sur les fronis rit en oerles ii'Argâati

Ptano^ maintenant. A ton tour, blonde Ëltse, Parais seule. On a vu ton air doux et moqueur... L'oiseau qui s'enfuyait écoute et se ravise... Pauvre ménétrier, preods bien garde à ton cœurl

Sous les pieds de l'enfant Le gazon se relève. Poëte, pour noter le doux bruit de ses pas, La muse dans ion âme a rafraîchi ce rêve Que le temps ne rend plus et qu'il n efface pasi

Ainsi sur le flot clair danse la Qamme-fée ; Ainsi sous le ciel pur court le nuage blanc; Ainsi le joyeux mai, d'un soufQe Irais et lent. Dans une haie en fleur balance son trophée.

Le beau nuage blanc s'absorbe dans les cieux ; Là s'envolent la flamme et le parfum austère : Et toi, fille innocente, ô puisses-tu, comme eux, Apres ion doux matin ne pas toucher la terre!...

LA COUItOtfNI.

1 ouT homme en ce bas monde ainsi qu« toi s«upii^ Va. cesse de knmer d'inutiles projets!

Dieu pourrait te donner la fortune et l'empirt: Le bonheur ici-bas, tu ne Pauras jamais.

Du désir qui dévore au regret qui déchire Sache qu'il n'est qu'un pas : c'est celui (jue tu fait. Ce bonheur, où ton âme incessamment aspire, N'est qu'un rapide songe entre deux jours mauvais.

Ta part est dans ton cœur, c'est là qu'il faut la prendre; Ensuite dans la croix, et c'est là qu'il faut tendre : Tes autres vœux seront moins remplis qu'expiés.

Tu te crois sans nui bien ; quand viendra la tempête. Tu compteras les fleurs que Dieu mit sur ta tête, En les voyant tomber feuille à feuille à tes pieds.

FOIBS DB LA TJB.

'ai passé quarante ms. De Thumaine misère J'ai porté le fardeau tous les jours. Il est grand! Sans en accepter un, j'ai refait en pleurant Tous les chemins heureux que j'avais sur la terre.

Je sais ce qu'ici-bas le Ciel donne el reprend : Deuil d'ami, deuil d'époux, deuil de fils, deuil de père, Deuil, hélas! de chrétien. J'ai bu cette heure amôre. J'ai tenu dans mes bras Valdegamas mourant.

J'ai vu l'esprit de l'homme au mal vouer un culte ; Sur mon drapeau sacn^j'ai vu monter l'insulte; Chez des amis vivants je me suis vu mourir.

Et, parmi tant de deuils humiliant mon âme, Satan m'a fait subir son ironie infime... Omori! ô mort! ô mort! tu tardes à venir I

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