LA MEK
Uu haut de la colline, assis sous le vieux frêne. J'ai vu le beau matin rire dans le ciel clair. Des souffles embaumés sans bruit traversaient l'air, EfDeurant les buissons plus ornés qu'uue reine.
Non loin de mes regards, immobile, la mer, LU)re de vils fardeaux dans sa paix souveraine, Autre ciel tout d'azur, épanchait sur l'arène Ses étoiles d'argent où se jouait l'éclair.
Dieu me faisait sentir sa présence sublime : 11 descendait du ciel, il montait de Tablme! Je riais. — Tout à coup, remplissant le chemin.
L'homme, hélas.' apparut : un nerger maigre et Wtme^ En haillons, l'œil méchant, vomissant le blasphème. Menait ses moutons paître, un fouet à la main.
KX
LE GYPKIS.
E ne suis plus celui qui, charmé d'être au monde. En ses Âpres chemins avançait sans les voir. Mon cœur n'est plus ce cœur surabondant d'espoir D'où la vie en chansons jaillissait comme une onde.
Je ne suis plus celui qui riait aux festins. Qui croyait que la coupe aisément se redore, £t que l'on peut marcher sans que rien décoloit La beauté des aspects lointains!
Est-ce donc moi, mon Dieu ! qui sous un ciel de fétc, Quand l'orgue chantait moins que mon cœur triomphant Du pied de vos autels emmenai cette enfant, Le bouquet d'oranger au f'~' ^\ sur la tôle ?
De quels rayons divins ce jour étincela !
Que de fleurs dans les champs! dans lea airs quels murmures! Tout nous riait, les eaux, les bois, les moissons mûres... Est-ce moi qui passai par \k ?
Sur mon front qui se ride ai-je vu tant de flammes f
Ai-je d'un jour si beau vu le doux lendemain?
Est-ce à moi qu'on a dit, en me pressant la main :
« Pour t' aimer j'ai deux cœurs, Je porte en moi deux âmes T »
Plus tard, à ce bonheur quand vous mettiez le sceau, Ai-je été ce mortel béni dans sa tendresse Qui vous offrait, Seigneur, des larmes d'allégresse, Prosterné devant un berceau ?
Dieu clément, est-ce moi? Les berceaux, la couronne, L avenir... Maintenant, quand je songe à ces biens, J'ignore si je rêve ou si je me souviens. J'habitais dans la joie, et le deuil m'environne.
Le souffle de la mort, plus tranchant que le fer, A moissonné mes fleurs dont les parfums périssent; Mille maux dans mon cœur à leur place grandissent. 0 doux passé, regret amer!
Le temps, ce ravisseur de toute joie humaine.
Nous prend jusqu'à nos pleurs, tant Dieu veut nous sevrer ;
Et nous perdons encore la douceur de pleurer
Tous ces chers trépassés que l'esprit nous ramtee.
Ah! comme ils sont |)résents! comme elle vit, la mort! Comme l'on voit ses yeux enlr'ouverts, ses mains roides! Comme elle s'établit dans nos demeures froides, Dans nos cœurs navr»^* qu'elle mord !
404 LA CAMPAGHE,
Le temps n'a pas marché; c'est hier, c'est tout à l'heure
J'étais là, près du lit de mon père expirant.
J'allais d'un ami mort vers un ami mourant... ;
Et vous trésors de Dieu, trésors qu'au moins je pleure.
Biens que j'eus un instant et dont j'ai su le prix, Doux enfants, chaste épouse, ô gerbe moissonnée ! 0 mon premier amour et ma première née. Anges que le ciel m'a pris !
La mère, en s'en allant, des agneaux fut suivie ; L'une partit, [luis l'autre ! Avant qu'il fût deux mois. De mes tremblantes mains j'en ensevelis trois î... Je les vois, mais non plus dans la fleur de la vie,
Non plus, avec ces traits dont j'avais trop d'orgueil, Au baiser paternel offrant leurs jeunes têtes; Mais telles que la mort, hélàs ! me les a faites : Immobiles dans le cercueil.
Mes pas suivent encor le char qui les emporte ; Dans la fosse mon cœur tombe encor par lambeaui : Et, comme les cyprès plantés sur leurs lombeaui. Ma douleur chaque jour croit et devient plus fortA.
J'ai vu !e champ romain, de ruines couvert ; Poussière de splendeur sans retour écroulée ; Aien ne vit dans la plaine à jamais désolée ; Le cyprès seul est toujours vert.
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U brises de la mer, 6 plaçje solitaire, 0 senteur des buissons, 6 calme du malin, 0 moments de repos arrachés sur la terre A l'avare destin !
« Que fais-tu ? — Je travaille. — A quoi ? — C'est le mystère. » La cendre d'un cigare était mon seul butin. Mais je passais le jour sans renconlrer Voltaire, Sans lire Trissotin.
Ai-je perdu mon temps en cette reposée? Non ; elle m'a donné tout ce que la rosée DoDoe aux prés rafraîchis;
Plus de vie et de joie est au fond de mon Ame : Je vois ees champs, j'entends ce noble vent qui brano Sur les flots affranchis !