‹ Ça et la (volume 2)Chapitre 34 sur 100 · LA FLAMME · texte numérisé non relu

LA FLAMME

Sans compter les indigents qu’ils ont mariés et ceux qu’ils ont nourris, que n’ont-ils pas fait, après vingt ou vingt-cinq ans ! Que d’idées remuées', que d’espôs éclairés et confirmés !

Aux portes de la ville il existait une Chartreuse que les propriétaires allaient abattre pour en vendre les pierres ; ces catholiques l’ont rachetée, restaurée, ressuscitée ; ils y ont mis des Chartreux. On y chante sans fin les louanges du Dieu éternel, Qui facit sterilem in domo matrem filinrum lætantem.

Un jour, certain gentilhomme, jeune, riche, aimable, amoureux de toutes les belles vanités, cherchant le monde, cultivant les arts, courant les plaisirs, et qui riait des dévots, se demanda pourtant où il allait, et s’il faisait de son esprit, de son cœur, de sa fortune, de sa vie, ce qu’il en fallait faire. Il se prit ù méditer, il pria, il se reconnut. « Allons, dit-il, je suis chrétien. » Il aurait pu le dire comme Polyeucte : Je suis chrétien , Néarque, et le suis tout à fait. On le vit borner son

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train, réduire sa dépense et en même temps donner au delà de ses revenus.

« Vous vous ruinez, lui dit- on.

« — Non; mais, grâce à Dieu, je me dépouille. »

11 donnait un pré, une vigne, une rente; un jour les meubles, un autre jour l’argenterie, un autre jour la maison. Il avait un beau tableau, un Claude' Lorrain, qui ne pouvait pas trouver place dans uneéglisî : la pensée lui vint de le mettre en loterie pour les pauvres. Le préfet s’arma de vertu et ne voulut point autoriser ce jeu de hasard. «Qu’à cela ne tienne! » dit-il. Il acheta lui-même le tableau, et, l’ayant payé dans les mains des pauvres, il l’envoya à l’autorité municipale, la priant de vouloir bien en orner son musée, où justement les Claude Lorrain manquaient.

Cette aventure le mit en goût de faire des cadeaux à sa ville. Il lui restait une maison : il prend ses mesures, appelle les maçons, les menuisiers, les peintres; et enfin il offre à ses compatriotes un beau couvent de Frères Prêcheurs, avec cloître, cellules, bibliothèque, chapelle, salle capitulaire, et six Dominicains dedans, vêtus de leur robe angélique, vivant et servant Dieu suivant la règle de leur saint Fondateur.

Pendant que ce converti travaillait de la sorte, replantant le grand arbre de saint Dominique dans cette ville trop fière d’avoir chassé son évêque, il y avait une fille de grand nom, de grande beauté, de plus grande vertu, qui tout doucement, avec un esprit charmant et un sourire céleste, élevait un mur de clôture autour de sa maison, dont elle avait fait, depuis quelques annés déjà,

une école d’orphelines et un atelier de couture. Peu à peu le règlement de cet atelier devenait une règle, la maîtresse et les sous-maîtresses devenaient des sœurs, l’engagement de travailler pour le bien des pauvres enfants qu’on avait recueillies devenait un vœu. Dans le costume, on laissait la soie pour la laine et la laine pour la bure ; le châle se changeait en guimpe, le chapeau des dames était remplacé par l’humble bonnet des servantes de Jésus-Christ. A la hn il se trouva que tout cela faisait une congrégation religieuse et un couvent. L’autorité municipale s’émut ; elle vint frapper à la porte :

« Madame la comtesse, à Jjuoi vous occupez-vous ici ?

« — Messieurs, nous apprenons à coudre, nous cousons et nous vivons de notre travail.

« — Alors, madame, c’est une entreprise industrielle.

« — • Oui, messieurs; c’est une entreprise qui décharge la ville d’une centaine de jeunes filles sans appui, sans asile et sans pain.

« — Nous n’entrons pas dans ces détails-là, madame. Vous demandez de l’ouvrage, vous le faites, on vous le paye; c’est du commerce. Avez-vous une patente?

« — Mille pardons, messieurs, je n’v avais pas songé.»

La noble dame se mit en règle, et l’autorité municipale eut la joie exquise de lire sur le registre de ses patentés : « La comtesse de..., couturière. »

Cela ne fit pas moins un couvent de plus.

RÉSURRECTION ü’UNE VILLE.

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