‹ Ça et la (volume 2)Chapitre 48 sur 100 · UH VIEUX CHAT EAU · texte numérisé non relu

UH VIEUX CHAT EAU

La vallée se rétrécit et n’est plus qu’une gorge, d’où descend en courant un ruisseau que les sombres reflets de la forêt et de la montagne ont fait nommer le Ruisseau noir. Les arbres serrent l’étroit chemin tracé sur

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ses bords. Quelques maisonnettes animent le site sans l’égayer. Le bel endroit pour prier Dieu ! On n'entend que le bruit des feuilles et le bruit des eaux, ces deux voix du silence.

Au milieu de ces verdoyantes solitudes, un détour du chemin nous montre tout à coup, sur deux sommets, deux immenses roches brisées et dentelées. Nous approchons et nous sommes surpris de voir que le premier de ces deux rochers noirâtres est le débris d’un château. L’édifice était à moitié bâti, à moitié taillé dans le roc. Œuvre hardie, où la main de l’homme avait rivalisé avec la puissante nature, façonnant ici cette masse imposante, y ajoutant ail'eurs d’autres masses d’une semblable majesté. Il en était résulté un des plus vastes et des plus forts châteaux de ces pays du Rhin où les châteaux poussaient comme les chênes. Le rocher contient des chambres, des souterrains, des citernes ; on y a pratiqué des escaliers, ouvert des chemins. Des ponts de granit, maintenant remplacés par des planches vermoulues, unissaient entre elles les diverses parties de cet édifice aérien, d’où l’on domine à de longues distances tout le pays. Là, pouvait vivre une nombreuse garnison. Les cachettes y abondent. Théâtre tout fait pour de terribles histoires ! C’est le plan topographique d’un drame moderne. Jamais romancier ne visitera ces ruines sans rêver une demi-douzaine d’égorgements. Les constructions étaient aussi savantes et solides que magnifiques. Il les fallait telles pour résister non -seulement aux machines de guerre, mais à la force du vent. Sur cette pointe élevée il prend de si constants et ,si formidables

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ébats qu’il a donné son nom au lieu même. C’est le Windstein , la Pierre du vent.

Un autre château couronne la montagne voisine, d’un accès moins âpre. Il est bâti sur le rocher, non dans le rocher. Il en reste presque toute l’enceinte intérieure, une poterne à ogive d’un dessin parfait, un donjon qui domine de soixante pieds, quoique décapité, deux étages de salles terminés par une plate-forme. On y voit encore des créneaux élégants, de belles fenêtres. Ces fenêtres s’ouvrent sur l’immense étendue. Il y en a une d’où l’on embrasse, jusque par-dessus les murs de Strasbourg, l’horizon de la vaste plaine où s'assied la ville forte de l’Alsace : fenêtre si bien placée qu’on sait gré à l’architecte qui l’a percée là et qu’on y soupçonnerait volontiers le conseil d’une femme. L’enfoncement forme comme un boudoir dans l’épaisseur de la muraille; l’esprit y évoque involontairement le souvenir de la châtelaine. Elle apparaît sérieuse, un peu triste, tenant sa quenouille ou son livre d’Heures. Pauvre femme, dont le père, le mari, les frères et les enfants se battaient à la fois, et souvent les uns contre les autres !

Au milieu de ces ruines nous trouvâmes une famille de paysans. Quelques chambres servent de greniers, de celliers, d’étables. Sur une plate-forme, on achève de bâtir la maisonnette où demeura le successeur d’Hatwigle Noir, qui voyant un jour la partie inférieure du Windstein déjà au pouvoir de l’ennemi, fit, abattre les créneaux des donjons et en écrasa l’assaillant vainqueur. Mêlés aux sureaux et aux épines, des restes de pierres taillées servent à former la haie d’un potager plantu-

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reux. La salle des gardes est particulièrement chère aux poules, et la fille de service y a établi son rouet, sous un bel arbre dont le tronc prend naissance dans le mur à vingt pieds au-dessus du sol.

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