A VÊPRES
Je vous ai l’autre jour envoyé une églogue; voici une chanson pour vos filles. Je n’en suis pas l’auteur, non plus que de l’églogue; j’ai seulement travaillé sur une matière qui valait mieux que mon travail. Vous avez souvent chanté cette chanson-lâ, à Vêpres, et, pour que
DU HARENG COURONNÉ
vous la reconnaissiez tout de suite, c’est l’hymne O luce qui mortalibns. Je l’entendais tantôt, et j’admirais la majesté des sentiments que la mère des chrétiens, la sainte mère Église, suggère à ses nobles enfants. Elle les rend véritablement vainqueurs de la mort et de la vie. Tous les paysans et petits marchands d’ici le savent et vivent dans ces pensées.
Si vous me demandez pourquoi j’y ai mis des rimes, je vous dirai que je ne sais pas. Je suis exposé à cela toutes les fois qu’il souffle un certain vent, ou que le soleil se couche d’une certaine façon, ou que je vois au ciel certains nuages, ou quand j’ai dans le cœur certains mouvements. En sortant de Vêpres, j’aperçus M. et madame Collard, qui semblaient me guetter. Pour échapper je me jetai vers le bas des falaises, où madame Collard n’expose pas ses pieds délicats. Il paraît que le certain vent souffla, ou que je vis les certains nuages. Comme il y a longtemps que je ne vous ai serré la main, peut-être aussi que j’avais dans le cœur les certains mouvements. Enfin, voici mes rimes, moins longues heureusement que ma préface :
O Dieu vivant, dans ta lumière Inaccessible à l’œil charnel !
La cour des anges tout entière Devant Toi tremble dans le ciel.
Du fond de nos demeures sombres,
Nous espérons en ton appui;
Ton jour descendra dans ces ombres,
Il dissipera celte nuit.
l’iiotel du hareng couronné.
Il sera notre beau partage;
Ce jour de gloire, nous l’auron3 ;
Le soleil n’en est que l’image :
Tu veux qu’il luise sur nos fronts.
Fais que ton jour, Dieu des justices,
Par nos désirs soit rapproché !
Il faut, pour goûter ses délices.
Déposer ce corps de péché.
Oh! quand notre âme délivrée Fuira dans ton sein paternel,
De quel feu d’amour dévorée Elle dira l’hymne éternel !
Regarde-nous, Amour immense,
Et rends-nous justes dès ce jour.
Afin que dans nos cœurs commence Le jour de l’éternel amour ! •