‹ Ça et la (volume 3)Chapitre 54 sur 74 · REVENEZ · texte numérisé non relu

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QUELQUEFOIS Dieu se sert de la maladie et des approches de la mort pour convertir un pécheur. Frappé, humilié, prêt à paraître devant son Juge, il se reconnaît, il se repent, il ressuscite en même temps qu'il guérit et devient un autre homme. On a vu les sociétés mettre à profit les révolutions, qui sont les suites de leurs péchés, et rentrer dans l'ordre par ces grandes catastrophes qui les menaçaient de destruction. Aurons-nous ce bonheur? Nos convulsions sont-elles les efforts que fait un corps robuste pour vomir le poison qu'il a pris ? Sont-elles les spasmes précurseurs d'une irrémédiable fin? Il y a lieu d'espérer, lieu de craindre. Il y a lieu d'espérer, car la foi n'est pas morte, et la foi produit pour tous les combats des docteurs ou des martyrs que Dieu récompense par des miracles. Il y a lieu de craindre, carie crime de cette société a été immense : elle a

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péché par les sens, elle a péché par l'esprit, et pour ces deux causes elle est tombée en une défaillance affreuse. On voit à son péché et à sa punition des caractères qui consternent : c'est le péché, c'est l'abattement des vieillards.

Ses fautes anciennes paraissent comme des fautes de jeunesse; elles ont la fougue des sens, la fougue de l'âge; une certaine ignorance y justifie le pardon. C'est plutôt un emportement qu'un dessein formé ; il s'y mêle je ne sais quoi de généreux. La société pécheresse éclate en repentirs, court aux expiations. Que sont les croisades sinon les expiations de l'Occident, jeune encore et regrettant d'avoir péché? Dans la haute pensée des Papes, les croisades n'étaient pas une expiation seulement : ils voyaient se former en Orient un orage capable de submerger toute la chrétienté; ils voulurent le dissoudre, et ils y parvinrent. Mais les peuples n'avaient pas cette politique. Nobles et manants prenaient la croix pour racheter leurs péchés, pour aller au tombeau du Christ acquitter leur rançon. On se confessait, on se réconciliait à Dieu et aux hommes, on restituait le bien mal acquis, on abandonnait tout pour se rendre digne de mourir. Quels torrents de miséricorde durent pleuvoir sur ces pécheurs! L'Europe chrétienne, après avoir arrosé de son meilleur sang les champs de la Terre sainte, revint plus forte, plus unie, plus savante, plus catholique. Elle fit une ample moisson de bénédiction, de gloire, de paix.

Mais, tandis que tout se régénérait, s'affermissait, grandissait dans ces combats, et l'Allemagne, et la France

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et l'Espagne, et l'Angleterre, et l'Italie; pendant ce printemps, l'empire sophistique de Byzance croulait misérablement et à jamais. Là il y avait eu un péché savant, prémédité, pacifique en quelque sorte, sans repentir. Il y avait eu des philosophes et point de saints ; de la science et point de foi; des arts, des plaisirs, point de vertus. Depuis longtemps la société s'appliquait à corrompre la multitude, à la détacher de Dieu : elle y avait réussi. Quand l'ennemi vint, il trouva dans Byzance un peuple qui ne se souciait ni de Dieu ni de ses maîtres. Ce peuple était bien en état d'apprécier le. mérite d'un cocher et la dextérité d'un rhéteur, mais, non pas de se faire tuer sur le seuil de ses temples» L'empire s'abîma dans un océan de fange.

Nous ressemblons de bien près à Byzance. Nous prenons bien plaisir à sophistiquer, nous sommes bien connaisseurs en histrions, nous aimons bien à mépriser Dieu et nous avons fait d'étranges efforts pour l'arracher" du cœur des peuples. Quand nous saurons par l'effet à quel point nous avons réussi, nous saurons où nous sommes.

Nous n'attendrons pas longtemps.

Un homme qui meurt ne détruit pas une famille, une famille qui s'éteint ne détruit pas une nation, une nation qui disparaît ne fait pas crouler l'humanité. Dieu s'est servi de la France, elle ne lui est point nécessaire. La France peut tomber et le monde entier rester debout, averti par une des plus formidables leçons qu'il ait jamais reçues. Depuis Lucifer, qui était un ange, rien de si grand ne sera tombé du ciel... Mais quoi! la FrancCv.

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la nation des croisades, est aussi le pays où, soulevant d'indignes applaudissements, d'indignes sophistes ont entrepris de montrer comment les dogmes finissent... Si Dieu s'est irrité de cet orgueil et de cette joie insolente, les sophistes et leurs imbéciles auditeurs apprendront comment finissent les sociétés.

LE OERMER PROGRES.

Je m'étais souvent demandé où pourrait nous conduire l'admirable progrès des admirables choses quo nous ne cessons d'inventer, à supposer que Dieu n'en- ♦ rave ni ne corrige notre génie et que ce génie resîe vré à lui-même.

Je crois avoir trouvé une réponse dans le livre de l'Apocalypse, chapitres viii, ix, x et xi. C'est un tableau brégé de l'ère suprême du progrès.

Après que l'Agneau a rompu le septième sceau du livre qui contient la destinée de l'humanité, il se fait dans le ciel une attente silencieuse; puis les sept anges qui

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se tiennent devant le trône de Dieu reçoivent chacun une trompette dont ils doivent sonner tour à tour.

Le premier ange sonne : il se forme une grêle et un feu mêlé de sang qui tombe sur la terre, brûlant une grande partie des arbres et consumant toute Therbe verte. — Image des dévastations de la guerre.

Le second ange sonne : il surgit une montagne en feu qui est jetée dans la mer; et les eaux de la mer se corrompent et deviennent du sang. La mer voit périr une grande partie des créatures qu'elle nourrissait ; elle engloutit une grande partie des navires qui la couvraient.

— Image des formidables machines à vapeur qui porteront le feu sur les flots et qui, en détruisant le commerce et les industries de la mer, mêleront de sang ses eaux fécondes et les frapperont de stérilité.

Le troisième ange sonne : une étoile ardente tombe du ciel sur les fleuves et sur les sources. Le nom de cette étoile est absinthe; et Teau des fleuves et des sources devient amère, et un grand nombre d'hommes meurent pour en avoir bu. — Image deTépuisement des pays ravagés par la guerre et des maladies qui suivront.

Le quatrième ange sonne : les astres s'obscurcissent ; le jour et la nuit sont privés d'une partie de leur lumière.

— Image de l'affaiblissement des âmes et de la décadence universelle des vérités morales au milieu de ces catastrophes çt de ces terreurs.

Dans ce moment par le milieu du ciel passe un aigle qui vole, criant : « Malheur ! malheur ! malheur aux habitants de la terre, à cause du son des trompettes dont les trois autres anges doivent sonner ! «

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Le cinquième ange sonne : permission est donnée à Satan d'ouvrir le puits de l'abîme. Il l'ouvre ; une fumée épaisse s'en élève, obscurcissant ce qui reste encore de lumière, et de cette fumée se répandent sur la terre des sauterelles qui ont la même puissance que les scorpions. — Image des doctrines d'incrédulité vulgarisées par la presse.

Ces sauterelles, sorties de la fumée du puits de l'abîme, ressemblent à des chevaux préparés pour le combat : symbole de cruauté, disent les interprètes; elles portent des couronnes qui paraissent d'or : signe de la puissance victorieuse ; elles ont des visages d'hommes et des dents de lion, c'est-à-dire un air de douceur, et pourtant ce sont des bêtes dévorantes. Suivant les interprètes, le fléau des sauterelles figure l'état de pauvreté et de réprobation où tombèrent les Juifs lorsque, ayant commis le déicide, ils furent ravagés parla guerre civile. Se persécutant et se déchirant les uns les autres, pratiquant et glorifiant tous les vices, méprisant toutes les vertus, faisant aussi peu de cas des droits humains que des droits divins, pleins de haine et de rage, ils offrirent, peu de temps avant leur ruine entière, l'exemple d'une lâcheté, d'un désespoir et d'un délaissement spirituel tels que Satan pouvait seul en être l'auteur. On peut dire que des spectacles analogues ont été et seront donnés au monde toutes les fois que le peuple d'acquisition, portant une main sacrilège sur la personne ou sur les droits du Vicaire de Jésus-Christ, imitera de la sorte le peuple d'élection, rejeté pour ce crime. Alors s'élève la fumée du puits de l'abîme ; alors les mauvaises doctrines se

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Tépandent, multipliant leurs piqûres de scorpions, qui produisent un engourdissement mortel ; alors les guerres civiles éclatent dans la famille du Christ, guerres meurtrières sous d'hypocrites prétextes d'humanité.

La siKième trompette retentit : une voix sort des quatre ■coins de l'autel d'or qui est devant Dieu et ordonne de délier les quatre anges de la mort. On les délie : ils étaient prêts pour l'heure, le jour, le mois et l'année où ils devaient tuer une grande partie des hommes. Ils déchaînent un vent de mort, que l'écrivain sacré représente sous la figure d'une armée de cavalerie innombrable, à cause de la promptitude et de la force du fléau. Les cavaliers ont des cuirasses qui semblent faites de feu, d'hyacinthe et de soufre ; les chevaux ont des têtes de lion, et il sort de leur bouche du soufre, de la fumée et du feu; et parées trois plaies, parle soufre, par le feu et la fumée, la troisième partie des hommes est tuée. « Et ceux qui restèrent, ajoute le Prophète, ne se repentirent point des œuvres de leurs mains, ne cessèrent point d'adorer les démons et les idoles d'or et d'argent, ne firent point pénitence de leurs meurtres, ni de leurs empoisonnements, ni de leurs irapudicités, ni de leurs rapines. »

Ce fléau de feu, de soufre et de fumée, ce vent de mort déchaîné sur le monde, plus terrible et plus foudroyant que ' le tonnerre , quelle plus exacte image des formidables armées modernes, précipitées ù toute vapeur sur les champs de bataille par détachements de cent mille hommes, traînant leur artillerie à longue portée et se lançant la sjrêle de leurs boulets fulminants ?

E> l'ho>->elr du proche'.. 3i3

Quant à rimpénitence des hommes qui restent après le passage du fléau, c'est une disposition d'esprit facile à reconnaître dans le genre humain. Selon toute apparence, ceux qui survivront à ces terribles guerres, nou-seukment ne s'amenderont pas, mais encore ne s'affligeront pas. Fourier désirait une grande dépopulation, les hommes lui paraissant trop nombreux pour recevoir chacun une part suffisante des jouissances bornées que le globe peut fournir.

Après le sixième ange, avant que la septième trompette ait sonné, pendant que le fléau frappe et que les survivants s'applaudissent de vivre, l'ange de l'alliance paraît debout, sur la terre et sur la mer, la main levée au ciel. Par Celui qui vit dans les siècles des siècles et qui a créé la terre, la mer et le ciel, il jure qu'il n'y aura plus de temps, mais qu'au jour oà le septième ange fera entendre sa voix et sonnera de la trompette, le mystère de Dieu s'accomplira, ainsi que l'ont annoncé les prophètes s rviteurs de Dieu. En attendant, le mal règne, et deux hjmmes seulement, parmi tous ces prévaricateurs, ne c.aignent pas de se porter témoins pour Dieu. Ils feront le ir œuvre, ils auront leur temps, ils rendront leur t moignage; et, lorsqu'ils auront achevé, la bête qui monte de l'abîme leur fera la guerre, les vaincra et les uera avec une grande joie et un grand applaudissement ceux « qu'ils auront tourmentés en leur parlant de 'eu. »

Mais alors Dieu manifeste sa puissance, que les hommes se flattent d'avoir abolie. La terre secoue la ville impure qui applaudit au meurtre des prophètes; une

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partie des habitants sont engloutis, les autres reconnaissent la main divine : le son de la septième trompette éclate, et Ton entend de grandes voix dans le ciel qui disent : « L'empire de ce monde a passé à Notre-Seigneur « et à son Christ, et il régnera dans les siècles des siè- « clés. Amen. » — On comprend qu'en effet le despotisme, appuyé par la centralisation de tous les pouvoirs, devra finir de la sorte, par apoplexie.

Si ce sera la fin d'une phase puissante du mal et une figure déjà plusieurs fois esquissée de la fin du monde, ou cette fin elle-même, peu importe. Ce qu'il faut apprendre ici, c'est que Dieu courbera les hauteurs et comblera les abîmes que le pied libre de l'Évangile aurait franchis aux chants d'allégresse du genre humain, « Nous serons broyés pour être mêlés, » disait Joseph de Maistre. Le rouleau passe et repasse, toujours plus lourd. Ce que la charité n'aura pas la permission d'entreprendre, la force dure l'accomplira. Pauvre genre humain! pauvre vieil enfant toujours insensé, toujours rebelle; qui ne veut rien accorder à l'amour et qui se flatte de n'être pas châtié désormais parce qu'il est devenu grand ! « J'ai, dit-il, jeté les verges au feu, il n'y a plus de verges! » Tu ne te trompes pas, ô géant! il n'y a plus de verges. En même temps que toi les verges ont grandi, et ce sont présentement des bâtons ; et les bâtons grandiront encore avec ton orgueil et deviendront des gibets

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