LA VRAIE 0 R A N D E U K H U M A I N K
In homme, mn chère amie, c'est-^-dire une âme, uns précieuse âme rachetée du sang de Jésus, ne s'ajDpartient à elle-même que pour se donner, et par là elle se conserve à son vrai souverain et unique Maître, qui l'a payée si cher sur la croix. Les obligations s'étendent bien au delà du cercle de la famille ; mais ce cercle est pourtant immense. Voyez comme la vie serait douce et quels héros nous serions si nous savions tous accomplir la loi du Christianisme, cette loi de tendresse, de dévouement, de sacrifice; cette loi du don de nous-mêmes.
Je suis éperdu d'admiration, — hélas ! et d'épouvante, — quand je songe à la grandeur morale oîi quelque petit individu de ma sorte, par exemple, peut et doit s'élever, sans avoir cependant ni puissance, ni richesse, ni génie, par cette seule raison qu'il est homme et chef de famille. Voilà autour de cet homme un monde à protéger, h aimer, à servir, à édifier, à réjouir même. Il faut que l'on vive de ses labeurs, que l'on se fortifie de ses exemples, que l'on s'honore de ses œuvres, que l'on soit heureux
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par lui. Dooner mes sueur» el mes veilles, mener une vie austère, ne pas choir de mon courage, c'est quelque chose ; mais je suis loin d'avoir accompli ma tâche si je n'ai pas su encore, par un exact tempérament de la bonté et de la justice, me faire respecter et me faire aimer. Il faut arriver là, ou du moins toujours tendre là. Sans doute j'ai pour aide puissante ce perpétuel courant d'amour que Dieu a mis dans nos cœurs, qui me porte sans cesse vers vous tous, qui sans cesse vous porte tous vers moi ; et néanmoius quelle vigilance m'est nécessaire, tantôt contre vous, tantôt contre moi ; maintenant pour céder, tout à l'heure pour résister ! Je dois sacritier tous mes caprices, je ne puis sacrifier aucun devoir. Il faut que je fasse plaisir ; il faut que j'enseigne, qu'au besoin j'impose la vertu. Je ne suis pas assez bon si je suis trop sage ; je ne suis pas assez sage si je suis trop bon, et, soit que j'incline ma raison, soit que je fasse taire mon cœur, tout se résume à l'immolation de moimême. Car l'homme est ainsi tait que la justice et la tempérance en tout lui sont onéreuses, et qu'il lui en coûte également de vaincre ses sentiments ou ses pensées. \ Ceci explique, ma chère, ce que vous avez lu souvent 'du mépris où Dieu lient la gloire humaine, et vous pou- Jvez comprendre qu'il ne faut pas un si prodigieux effort j de vertu ni de jalousie pour ne parler qu'avec dédain des plus hautes fortunes de ce monde. Gloire et fortune se gagnent par de moindres travaux. Que sont les combats, les labeurs, les victoires dont se forme une renommée, comparés à ces combats, à ces labeurs, à ces victoires de tous les jours, par où l'on devient un fidèle imitateur
de Jésus-Christ? Les hommes' qui savent cela, et qi;i savent qu'à ce prix seulement s'acquiert la gloire véritable, peuvent bien, convenez-en, sourire devant toiilc la force et la majesté de la pauvre petite gloire humain!'.
Quand nous demandons à Dieu chaque matin la grâi' > d'être « doux, humbles, chastes, patients, charitables cl résignés, » savez-vous bien que nous lui demandons tout simplement d'être plus grands qu'Alexandre et César et tous les grands hommes qui ne furent pas des saints, et que nous implorons des dons infiniment au-dessus di' ceux qui font les artistes et les héros?
Un mot, un simple mot que nous répétons souvent, dit mieux et demande plus encore : c'est celle parole du Pater noster : Que voire volonté soit faite, (îat vohintas tua. C'est-à-dire : « Faites, mon Dieu, qu'élevant dès ici-bas mon cœur jusqu'à ces hauteurs d'où vous embrassez tous les espaces et tous les temps, je voie en tout votre volonté, qu'en tout je la trouve bonne, qu'en tout et toujours j'en désire l'entier el plein accomplissement, de telle sorte que rien ne puisse ébranler ma paix devant le spectacle parfois si terrible de vos justices et sous le poids parfois si lourd des épreuves que vous m'envoyez. »
Certes, ce vœu, quand on y songe, est auguste et formidable, et semble passer la mesure humaine. C'est bien là le comble de tout courage, le faîte de toute grandeur. Il y a pourtant des gens, et nous en connaissons, qui tout de bon y tendent. Il y en a d'autres, et nous les connaissons aussi, qui tendent uniquement, par diverses routes, à devenir célèbres et riches, et qui disent tous
DU HARE^iG COCRO^.^L:. Sô'à
les matins en se levant : Que ma volonté soit faite, et le plus tôt possible, aujourd'hui, à l'instant même. Et nous connaissons enfin des gens», c'est tout le monde à peu près, qui voient et ceux-ci et ceux-là, et qui prononcent que ceux-ci sont les sages, ceux-là, les fous !
Habiluons-nous à juger autrement, si nous ne voulons pas perdre en sottises misérables le peu de temps qui nous est donné, pour conquérir la vie éternelle ; car il ne suffit pas d'objecter qu'on n'aspire ni aux millions des juifs, ni aux palmes des académiciens. Si c'est folie de chercher cela, quelle misère de chercher moins ! Il faut laisser de côté la gloriole comme la gloire, et le bien-être comme l'opulence, pour viser tout juste à cette gloire unique et presque infinie d'être chrétien.
Voilà les pensées que j'ai emportées de ces cimetières aperçus à la volée. Je vous les envoie comme je vous enverrai demain quelque, fleur cueillie dans les prés. Adieu, ma très-unique amie.
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