LIVRE III
NOUS n'en voilons plus!
l^A ville où nous arrivons est belle, alignée, policée ; elle a des ruines , des monuments , une histoire ; plusieurs de ses carrefours sont ornés des statues de ses propres grands hommes. Elle s'enorgueillit de deux ou trois écoles centrales; elle est chef-lieu administratif, militaire, judiciaire ; elle a deux académies et un préfet qui a fait jouer des vaudevilles en son jeune temps. Avec tout cela, cette ville pou-
126 RÉSURRECTION O^tTNE VILLE.
vaitbien se passer de catéchisme, et, en effet, ses doctes disaient, tout comme Oscar : Nous n'en voulons plus!
Il n'y avait que quelques femmes qui en voulussent encore. Elles étaient peu connues. Le reste appartenait à la philosophie. Le dix-huitième siècle régnait là sans partage. Quelle fière ville! Les lumières y abondaient si rayonnantes , si fortes , si souveraines , qu'un jour on avait chassé l'évêque.
Les gens du pays ne se laissaient point disputer cette palme. Partout où ils se trouvaient, ils faisaient \aloir leur gloire; ils racontaient comment ils s'étaient délivrés d'un prélat fanatique, et ils disaient aux plus orgueilleux : — Quand vous en aurez fait autant, nous vous croirons avancés!