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tl i^ril^ surtout ce que le. contact continuel de
mu*i^ vi Av la pronpéritcî protestantes peut
jeter de doutes et d*hésitations dans ces esprits mal éclairés : voilà ses douleurs.
Il sait aussi que Dieu se lèvera et jugera sa cause ; il sait que ces fidèles qui vivent dans l'oppression , dans la pauvreté et dans la souffrance, meurent dans la grâce et dans la foi ; et il se laisse porter en souriant sur ce fleuve de misère qui mène aux éternelles splendeurs.
LES PUETES INCONNUS.
Nous marchions en silence par les prés ; les sons d'une cloche se firent entendre. Cette voix de la prière s'élevait calme et belle dans le calme et dans la beauté de la campagne; nous en fûmes émus, comme si nous l'entendions pour la première fois.
— H me semble, dis -je à Sylvain, que c'est la prière de ce pauvre bon curé que nous venons de voir, plaintive et confiante en même temps; le cri d'un cœur où la douleur, illuminée de foi et d'espérance , est estimée un bien plus cher que toutes les joies de la vie.
— Que ne disent pas les cloches? répondit Sylvain.
A quelle pensée, à quel battement de nos cœursu'onlr
elles pas conformé leur langage? Cependant, c*esi la même chose qu'elles disent toujours. Mais elles parlent de Dieu, elles invitent à le prier; et à cause de cela, c'est peut-être de toutes les œuvres de Thomme celle qui approche le plus des œuvres de Dieu.
— J'ai toujours aimé le son des cloches, dit à son tour Cyprien; et, durant longtemps, je n'ai pas su ce que j'y aimais. La paroisse voisine du village entièrement protestant où j'ai été élevé en avait une belle et puissante. Quand le vent nous apportait ces sons lointains, j'écoutais avec délices; la campagne me semblait plus agréable et la vie meilleure. Quelque beauté manquait à tout site, à tout paysage, où ce son majestueux n'avait pas frappé mon oreille. Je ne m'en rendais pas compte. Je me disais : Ailleurs, il y a je ne sais quoi de plus beau qu'ici! Je l'ai surtout éprouvé en Orient : ces vastes espaces inondes de soleil, ce ciel magnifique, ces eaux étincelantes, me semblaient pourtant mornes dans leur splendeur. Mon cœur leur demandait en vain une satisfaction que je ne pouvais définir et qu'elles ne lui donnaient jamais. J'avais vingt-cinq ans, j'étais un voyageur joyeux, je n'éprouvais aucun regret, aucune inquiétude , et je ne songeais guère à la cloche du villaga catholique; mais je trouvais que cette belle nature n'avait pas le charme de mon pauvre pays. C'était un mystère pour moi. De retour en Europe, un certain jour, côtoyant le Danube, aux approches d'un village semblable à tous les villages, dans une petite plaine.
SOUS de petits arbres, par un ciel gri$, tout à coup , au sein de cette nature sans beauté, le charme éva^ noui reparut. Une cloche sonnait. Je l'entendis sans même y prendre garde, et je me demandai ce que je U*ouvais de si beau dans ce chétif lieu, où rien n'attachait mon coeur. Je n*eus que plus tard le mot de rénigme, quand je songeai tout de bon à devenir catholique. Un jour que j'étais sorti pour être seul avec mes pensées, bien résolu de les aborder en face, la cloche du village catholique, cette cloche de mon enfance, vint mêler à mes rêveries la voix que j'avais si souvent entendue sans la comprendre. Cette fois je la compris. Gomme je me souviens de ce moment solennel! Qu'il fut dout et précieux à mon âme! J'étais assis sous un arbre qui m'avait vu enfent. Toute ma vie passa devant moi : je vis les dons de Dieu et mon ingratitude, avec quel amour Dieu avait sans cesse frappé à mon cœur, avec quelle dureté mon cœur avait refusé de s'ouvrir. La cloche me disait : Ne tarde plus; viens à l'église, à l'église, à l'église catholique ! Viens prier ! viens à Dieu ! viens à Dieu I Je reconnus son langage de tous les temps. Dès mon en£uice elle avait été pour moi la voix de Dieu dans les œuvres de Dieu, et je sus pourquoi tout m'avait paru muet et vide où cette voix s'était'tue.
— Nous parlions tantôt des poètes méconnus , reprit Sylvain; il y a aussi les poètes inconnus. Des uns on ne connaît pas les œuvres , des autres on ne cx>pnatt pas les noms, et leurs mains ^ jamais cachées
nous ont légué des choses sublimes. Si la poésie consiste à remplir de nobles pensées les âmes fortement émues, c'était certes un grand poëte, celui qui a imaginé de donner cette voix de bronze au temple de Dieu et de la faire parler dans les airs. On écrira bien des poëmes et bien des odes; bien des mélodies charmantes ou terribles s'envoleront du cœur humain, et rien n'égalera jamais ni la profondeur ni la mélodie de ce poëme que la cloche catholique chante partout à tous les cœurs; et le poëte qui a fait cela n'a point de rival, non, pas même la mer et lèvent!
— Vous me rappelez, Sylvain, une pensée qui m'a souvent accompagné quand je me promenais dans Rome.
Là cent poètes inconnus ont fait des choses dramatiques, saisissantes, augustes, plus éloquentes que les beaux vers, et qui parlent à tout le monde, dans cette langue du vrai beau, qui est la langue universelle. Par exemple, la croix du Colisée. Cette humble croix^ victorieuse au sein de ces formidables ruines, quoique dominée encore de leur masse effrayante , cette croix des martyrs , qui a imaginé de la planter là, sur l'arène où les martyrs sont morts si faibles aux yeux de la puissance qui les écrasait, si haïs du peuple ignorant, si méprisés des sages? Qui a voulu que cette croix fût faite d'un bois fragile, au lieu d'y employer le bronze et le granit? Voyez comme cette pensée, comme cette poésie est parfaite et complète ! C'est la croix du combat qui
LA VIE DE CHATEAU. i\*S
est la croix du triomphe. Ils ont laissé le bronze, le granit, les marbres, les métaux précieux, les richesses, les ornements, tout Taspect de la force au monument des Césars, et ils ont mis au milieu la croix de bois qui a tout usé; ils ont voulu qu'elle parût là, dans toute sa faiblesse, dans tout ^on déshonneur; et c'est ainsi qu'elle attend que ces restes eux-mêmes, tout indestructibles qu'ils paraissent, achèvent de tomber en poussière à ses pieds, elle qui ne tombera pas.
Et ce crucifix, au-dessus de la pauvre église dont la porte fait face à l'entrée du quartier des Juifs! Sous la très-sainte image, on a gravé, en caractères hébreux, ce verset du prophète Isaïe :
Expandi manus meas tota die ad populum incredulum, qui graditur in via non bona post cogitationes suas.
Les Juifs ne peuvent sortir pour aller aux usures, sans lire ce texte de leurs livres sacrés; sans voir, étendu sur la croix. Celui que leurs pères ont rejeté et qu'ils ont fait mourir et qui les appelle encore. Quel avis plus terrible, quelle prière plus clémente, quelle plus poétique inspiration? Cela vaut bien assurément le sonnet sans défaut qui vaut seul un long poëme. Mais quel est l'homme de génie qui a trouvé cela? Le connaît-on? Je n'en sais rien. J'ai vu cette inscription, un jour que j'errais par la ville; je l'ai lue avec le frémissement que donnent les belles choses; je l'ai gardée dans ma mémoire comme une des plus saisissantes images qui aient été faites de l'ac-
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complissement des prophéties, de Vendurcissement du peuplejuif, de la vengeance de Dieu, deTobstination de ses miséricordes; et chaque fois que je mêla rappelle, je salue en mon cœur le grand esprit in^ connu qui a jeté celte parole sublime au coin d'un carrefour, et s'est perdu ensuite dans la foule, sans dire son nom.
Que d'idées de ce genre, aussi fortes, aussi belles et réunies eu une puissante unité, représente la basilique Vaticane, ce tombeau de saint Pierre, devenu le berceau du monde! C'est le poëme du christianisme tout entier. On y voit sa naissance, ses pro^ grès, ses héros, ses triomphes. Au chevet, la chaire de Pierre; au portail, la statue de Constantin; danslt nef, au rang d'honneur, les statues de tous les saints fondateurs d'ordres religieux, patriarches de la loi nouvelle, pères féconds, généraux étemels de ces légions d'orateurs, d'écrivains, de saints et de martyrs qui, dans tous les coins du monde, ont porté, défendu, glorifié la vérité. On y voit toute la suite des papes, presque tous leurs tombeaux; les reliques d'un grand nombre de docteurs, d'apôtres, de confesseurs de la foi ; non loin de saint Pierre, le corps de son geôlier, baptisé par lui, martyrisé après lui. Partout, les matériaux les plus précieux ont servi au génie de l'homme pour écrire les traits les plus éclatants de cette histoire du salut. Au milieu, le plus grand et le plus illustre autel de la terre, toujours resplendissant d'or et de feux, immense, trois fois saint, est élevé sur les ossements de ce
pécheur de Galilée, Pierre, et de cet ouvrier de Tarse, Paul, qui vinrent ici pieds nus, le bâton k la main, comme des agneaux au milieu des iaups^ et qui, ayant rempli leur mission, la couronnèrent en su-» bissant un supplice obscur. Lamartine, voulant parler de cette église et faire montre en même temps de sa belle voix, et ne rien dire de vulgaire, a trouvé que la basilique de Saint-Pierre « est le panthéon de la raison divine. » Sentez-vous bien FinefiTable ridicule de cette parole? Ah! pauvre petit grand homme, pauvre nourrisson des Muses! Voilà ce qu'il a vu dans Saint-Pierre de Rome I Et il fait des épopées î
Au pied de la coupole, là où commence le gigantesque dôme, cette merveille de Farchitecture ancienne, que Michel-Ange a mesurée de ses mains pour la suspendre dans les airs, afin que des lointaines campagnes et de la lointaine mer on vît resplendir le tombeau du pêcheur d'hommes, vous savez qu'une inspiration de génie a écrit en lettres de dix coudées la promesse étemelle que Pierre reçut de Jésus-Christ : Tu es Petrus, et super kanc petram œdifieaho Fcclesiam meam. Mais voici un autre emploi de ces paroles divines
Lors de mon dernier voyage à Rome, j'assistais dans Saint-Pierre à la solennité du dimanche des Rameaux. J'étais au bas de la basilique; j'attendais l'entrée du Saint-Pèré, qui devait passer, porté sur la Sedia gestatoria. Il parut, et un chœur s'éleva, remplissant Tenceinte immense. Savez-vous ce que Ton chantait? Ah! vous seriez tombés à genoux.
comme je fis, en versant des larmes : Tu es Petrus, et super hanc petram cedificabo Ecclestam meamf Concevez quelque chose de plus beau! Tout Tunivers était représenté dans cette cathédrale de l'évéque universel. 11 y avait des ambassadeurs, des envoyés ou des citoyens de toutes les nations. Nous étions prosternés sur son passage. Il s'avançait lentement, dans une pompe plus que royale, vraiment divine ; et du haut de son trône porté par douze hommes, il nous bénissait. Tu es Petrus : C'est sur toi que Jésus-Christ a bâti son Église; quelle que soit ta faiblesse apparente, les portes de l'enfer ne prévaudront point contre toi, fondement stable du chef-d'œuvre de Dieu ! Quand on pense à qui cette promesse a été faite, et quand on la voit ainsi accomplie après dix-neuf siècles, dont aucun n'a passé sans élever contre l'Église quelque formidable ennemi, on tient Dieu quitte de tout autre miracle. J'ai trouvé là, pourtajit, des esprits qui, pouvant admirer et bénir, perdent leur temps à se choquer. A leur avis, c'est trop d'encens autour d'un homme; le pape ainsi porté, ainsi salué, ainsi adoré, a trop l'air d'une idole. J'ai entendu faire cette réflexion par un Anglais important, fort honoré d'une fonction qui lui permet de se mettre à genoux devant sa souveraine, dans certaines grandes occasions. Cet Anglais croit que le pape est l'abbé Mastaï-Feretti. 11 n'entend pas ce que l'on chante, il ne comprend pas ce glorieux Tu es Petrus, et il ignore que Pierre est ici plus que Pierre
même, c'est-à-dire Jésus-Christ vivant dans le tombeau.
Je finirai par un dernier trait de ces poésies sans nom d'auteur, plus belles que tout ce qui se voit dans les plus grands poètes, et qui viennent sans doute de la même inspiration que les Livres Saints. Rappelez-vous l'étonnant spectacle de la bénédiction papale donnée à la ville et au monde, du haut de Saint-Pierre, de Sainte-Marie-Majeure ou de Saintr Jean de Latran. D'où. vient cette coutume, qui l'a établie, qui en eut la première pensée? Un simple maître des cérémonies, peut-être. Quel qu'il soit, je dis qu'il a fait une chose plus puissante sur moi que tous les vers de Dante, que tous les tableaux de Raphaël et que tous les chants de Mozart. Je dis qu'il avait un grand génie, et qu'il connaissait bien le cœur de l'homme. J'en ai vu qu'il a saisis dans toute la force de leur orgueil, qu'il a jetés à genoux et qui ne se sont point relevés» changés du tout au tout par cette bénédiction qu'ils avaient seulement voulu voir, et qu'ils ont été contraints de recevoir!
Si8 t.A VIE DE CHATEAU.