CRUX, AVE
Tout en devisMit de la statue de Gutenberg et de celle de Poisson, sans négliger le buste du maréchal de camp Renard, qu'on est en train de couler pour orner la mairie de Chignac, nous arrivâmes devant la cathédrale. Dieu me garde d'essayer une description de cette merveille! Mais, là, Cyprien nous apprit comment la croix de mission fut enlevée du parvis en 1830. Cette histoire mérite de n'être point oubliée.
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La eroix de mission offusquait les protestants dé Strasbourg, qui ne sont pas de petites gens, et les libres penseurs, protestants perfectionnés, qui donnent la main aux autres toutes les fois qu'un intérêt catholique est en jeu. Les uns et les autres trouvaient que leur victoire de 1830 n'était pas complète si ce signe du fanatisme et de l'intolérance restait debout; ils songèrent tout de suite à le renverser. Le préfet n'y voyait pas de mal , les autres autorités n'y voyaient que du bien. Cependant il fallait quelque prudence. Il y avait aussi des catholiques à Strasbourg. Mon Dieu! du peuple, de la populace, mais enfin des hommes, et en certain nombre, et qui tenaient à cette croix, et qui montraient des bras nerveux, disposés à ne pas chômer en cas d'insulte à leur croix. Il parut nécessaire de procéder honnêtement pour procéder pacifiquement. On fit valoir le courant de l'opinion, la nécessité, l'intérêt de la paix publique, on obtint l'assentiment du clergé. Le peuple ainsi calmé, jour fut pris.
On appela des charpentiers. Tous étaient catholiques : ils refusèrent, quelque raison que Ton pût alléguer, quelque salaire que l'on pût offrir. Enfin, on leur dit : « Si vous ne le faites pas, des ouvriers protestants le feront. » Ils craignirent des profana-tions, et se décidèrent alors*
Ils vinrent au nombre de vingt-quatre, en procession, graves et tristes. Ils se prosternèrent devant la croix, et l'adorèrent en chantant des prières. Ensuite, avec beaucoup de précautions et de respect,
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gardant le silence ou parlant à voit ba&se, ils déplantèrent TarlMPe du salut. Lorsque la croix ftit étendue sur le pavé, ils Fadorèrent de nouveau, baisant les pieds, les mains ^ le flanc ouvert du Sauveur. Puis, ayant chargé sur leurs épaules ce précieux fardeau , ils le portèrent procesuonnellement à Tendroit où il devait être déposé et conservé dans ia cathédrale, en attendant le jour qui viendra.
Et, traversant la foule accourue pour assister à cette défaite des catholiques et pour s'en réjouir, ils se retirèrent , les yeux mouillés de larmes , le front haut.
LA MERS b'QN évÊQUB^
Cyprien nous a rapporté d'autres traits de la piété de ces bons catholiques d'Alsace. Je les redirais tous, si je savais écrire comme il sait parler. 11 a une grâce de Dieu pour dire ces choses qu'il a vues, et qui ont été dans son cœur autant de flèches de l'amour divin ; car, étant protestant, ou plutôt ignorant, il avait besoin de croire, de prier, d'aimer, et ce ftit parla qu'il commença de connaître la foi, la prière et l'amour. Je rapporte encore une de ses anecdotes, pour montrer ce que sont les humbles enfonts de l'Église.
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Monseigneur Tévéque actuel de Strasbourg, Fun des prélats les plus savants de France, est né dans les environs de Schelestadt. Ses parents sont des paysans riches, bons catholiques.
LorsquUl visita pour la première fois,, étant évêque, son lieu natal, ce fut au milieu d'une pompe improvisée , toute rustique , d'autant plus belle et touchante. Le peuple et le clergé lui formaient un digne et sympathique cortège. |0n chantait et on jetait des fleurs. Hosannah ! Benedictus qui venit in nomine Domini / n bénissait la foule agenouillée sur le bord des champs, lui envoyant de la main, de la voix et du cœur, le salut des évoques : La paix soit avec vous!
Tout à coup on vit s'avancer la mère du pontife, la vénérable madame Rœss. En présence de cette foule, qui s'arrête et qui se tait, elle s'adresse à scm fils, et, dans une courte harangue lui rappelle, non sans force et sans majesté, les devoirs de son nouvel état. Elle lui dit qu'il est évéque pour donner le bon exemple, pour combattre le démon, pour conduire à Dieu le peuple de Dieu. Tant qu'elle voulut parler, le pontife écouta, plein d'émotion et de respect. Ayant fini, elle se mit à genoux :
« Maintenant, dit-elle, monseigneur, donnez-moi votre bénédiction. »
L'évoque, pleurant, bénit sa mère.
Voilà ce que fit cette paysanne, en toute simplicité, et certainement sans se douter qu'il y eût là rieu de grand, ni qu'elle était sublime.
M. de Bonald, l'auteur de la Législation primitive ,
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non moins vénérable par ses vertus qu'illustre par ses talents, s'agenouilla silencieusement devant son fils la première fois qu'il le vit en habit épiscopal. Il ne lui fit point de discours; il n'y aurait pas mis l'ingénuité de la bonne et respectable madame Rœss.