L'ILE DE TAM-DIEN
D'après un bruit fort répandu, Quan-Dinh, à la suite de la prise de Go-Gong, avait trouvé un refuge dans l'île de Tam-Dien, où il élevait de nouveaux forts.
Rabier, muni de pleins pouvoirs pour pendre et incendier, fut chargé de l'en expulser. Sa canonnière reçut à cet effet, un renfort de quarante zéphyrs commandés par un lieutenant.
Autour de l'Ile, des palétuviers plongeaient dans le fleuve leurs racines fangeuses et la protégeaient d'une impénétrable ceinture. Rabier, ne pouvant
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débarquer sur la terre ferme, mouilla devant un arroyo et le remonta avec ses barques, les rameurs trouvant à poino la longueur de leurs avirons dtins cet étroit canal.
Quatre hommes déterminés, armés de fusils, pouvaient, en se cachant dans les broussailles, détruire cette petite colonne. Heureusement, les Annamites n'entendent point ce genre de guerre; il leur faut Tabri d'un rempart.
L'arroyo se resserrait toujours et devenait impraticable, quand les deux haies de verdure aboutirent enfin à une vaste plaine découverte.
Des chaumières, éparpillées dans les rizières, se cachaient à demi dans les cocotiers ; çà et là, de nombreux troupeaux de bulïlcs paissaient les roseaux des marais: au loin, on apercevait, comme fond de tableau, des arbres de haute futaie.
Quand les Français mirent pied à terre, des Annamites, vêtus de noir, la tète ceinte d'un turban de même couleur, s^avancérent vers eux. C'étaient les notables, qui venaient faire leur soumission. Ils s'arrêtèrent sur une seule file, et, au signal du maire, se jetèrent à genoux.
L'arrivée des notables donnait une certitude à peu près absolue de la tranquillité du pays, dont
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l'absence de barrages dans l'arroyo étail déjà un premier indice. La présence de forts aux environs eût entraîné, comme consiquence, la fuite dos habitants à notre approche.
Le chef de la petite expédition dit aux suppliants :
— Nous venons camper dans votre village ; mais vous n'avez rien à redouter, si vous ne trahissez pas.
Puis s'adressant au maire :
— Fais-nous préparer un logement. Ta veilleras à notre approvisionnement. Tout sera exactement payé ; mais la verge te punirait aussitôt de ta négligence. Reste avec moi; deux notables porteront tes ordres au village. Personne ne doit quitter sa cabane; je considértrai comme rebelle tout fuyard.
Bientôt des paysans, requis par les autorités annamites, vinrent prendre les munitions et les bagages, et le détachement fit route.
Les habitants, inquiets et curieux, se tenaient à la porte de leurs maisons ; c'était de bon augure.
Au centre d'une place fermée par une légère palissade, à l'ombre de gigantesques figuiers des banians, se dressait la pagode à toiture de tuiles rouges.
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Les zéphyrs et les fusiliers marins formèrent les faisceaux devant la pagode, pendant que le maire la disposait.
Les Chinois traitent leurs dieux sans cérémonie; le chef du village les empila dans un coin.
Des planches dressées à l'intérieur de la pagode, le long des murs, servirent de lits de camp ; l'estrade de l'autel regul une table pour les deux officiers.
Quand tout fut prêt, le maire et les notables vinrent, avec des corbeilles de fruits, présenter leurs hommages. L'interprète les annonça par la formule sacramentelle :
— Magistri payi veniunt ad adorandum prœfectum.
Rabier s'assit gravement dans un fauteuil pour recevoir les génuflexions des autorités annamites; après les salutations, il leur adressa l'allocution suivante :
« Je remercie les notables de leur zèle. Mes soldats ne commettront aucun désordre sans être sévèrement punis. Demain je vais faire visiter Tile; si l'on y trouve des indices de rébellion, les notables seront pendus pour m'avoir trompé. Tout habitant convaincu de donner refuge aux partisans de