L ILE DE TAM-D1E>Ï
Quan-Dinh sera pendu. Personne ne rôdera la nuit autour de la pagode, les sentinelles ayant ordre de faire feu. »
La tranquillité régnait réellement dans l'ile; les bruits de la présence des émissaires de Quan- Dinh n'avaient aucun fondement.
Français et insulaires vécurent bientôt en bonne intelligence. Les p;iys;ins, pour toute vexaton, portiient nos munitions et nos bagages dans les courses incessantes faites à travers le pays. C(\s bormes gens, émerveillés de voir payer leurs denrées et respecter leurs femmes, nous trouvaient assez supportables pour des conquéianls.
Un soir, Rabier soapait sur l'estrade de i'auîil avec son compagnon le lieutenant de zéphyr^, quand on annonça le mairj.
Ce magistrat, suivi solennellemjul de son cortège de notid)les, portait, sur un grand plat de cuivre, une magnifique liurc de sanglier.
— Le maire et les notables, dit l'interp-èto, offrent ce présent au préfet, an nom des Irdjit mts du village, en le remercimt de ladou:eur avec laquelle il nous a traités depuis son débarquement dans l'île.
Babior répondit :
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— Les Français sont venus dans ce pays animés de l'esprit de justice ; les habitants n'auront rien à redouter de nous, tant qu'ils resteront soumis.
Après cette phrase de pathos oITiciel, le capitaine demanda à l'interprète :
— Il y a donc ici des sangliers?
— Beaucoup.
— Informe le maire de mon désir de faire une battue.
L'interprète entretint un moment le fonctionnaire annamite et reprit :
— Le maire donnera ce soir les ordres nécessaires: demain tout sera prêt au point du jour.
Rabier s'empressa d'envoyer un exprés prévenir Hugues de cette bonne fortune.
Le commandant, alléché par cette partie de chasse, se mit en route aussitôt. Chemin faisant, il rencontra une pirogue : son Ovsprit déliant flaira mimédiatement un rebelle. Il venait de saisir, en effet, un des principaux officiers de Quan-Dinh. Franc et ouvert avec ses amis, cet homme étrange n'en avait pas moins le génie soupçonneux des Montagnards de 93 ; comme eux, il voyait la trahison partout. Cette vigilance excessive lui permit souvent d'arrêter des complots à leurs débuts ; ce qui le confirma dans son système.
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A Taube, on était sur pieds. Une dizaine d'habitants vinrent prendre les provisions et les bagages. Le maire s'avança à la lùte d'une centaine d'Annamites à peu près nus et munis de longs bâtons. On se mit gaiement en route, Hugues en tête, le lieutenant de zéphyrs suivi de son ordonnance, Rabier accompagné d'un matelot armé d'une carabine. Les chasseurs arrivèrent au bord d'un marais couvert de broussailles. Le magistrat annamite leur montra, dans le sol argileux, de nombreuses empreintes de pieds fourchus; il plaja les Européens, fit cerner un grand espace par ses hommes, et la battue commença.
Les Cochinchinois frappaient de tous côtés les fourrés avec leurs perches en poussant de grands cris. Tout restait immobile dans les hautes herbes, le maire hocha la tète d'un air désappointé.
Tout à coup un des batteurs resta le bras levé, l'œil fixe, désignant d'un regard terrifié un groupe de palmiers nains.
— Un seigneur tigre! dit le maire en blêmissant.
— Alors à la baïonnette ! s'écria l'ordonnance du lieutenant de zéphyrs.
Les trois otTiciers et le marin suivirent cet insensé, le doigt sur la détente de leurs fusils.
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Un grand bruit se fil entendre dans les broussailles, une bête puissante en brisait le branchage.
— II a caponné, le lâche î dit le zéphyr triomphant.
Sous les palmiers nains, on trouva quelques débris de sanglier.
La chasse était finie. On voyait clairement a l'expression du visage des l)atteurs qu'on n'en pourrait plus rien tirer. Le maire adressa, de son côté, aux officiers ce propos subtil :
— Les sangliers sont partis quand monseigneur le tigre est venu.
— Nous pourrions peut-être, en cherchant bien, dit Hugues, dont les yeux pétillaient de convoitise, retrouver monseigneur.
Cette idée ne sembla point sourire au magistrat du village, aussi trouva-t-il cette réplique assez fine :
— Les sangliers courent, son excellence court après eux maintenant; il n'y arien à faire ici, le mieux est de nous en aller.
Il follut bien céder, et rentrer bredouille à la pagode.
LE BALAI
LE BALAI
Nous descendions le Balaï, un des bras du delta du Cambodge; des émissaires de Quan-Dinh y avaient paru; nous allions visiter les villages de ses rives pour raffermir leur fidélité peut-être ébranlée.
Les ardeurs du soleil de midi nous obligeaient à recbercber l'ombre des toitures de nos barques. Le courant nous emportait; les Annamites, accablés par la cbaleur, h demi endormis sur leurs avirons, ne faisaient point entendre leurs chansons monotones. Un profond silence régnait sur les bords du fleuve ; la nature muette semblait, elle aussi, avoir besoin de repos.